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«Ce film parle de la construction de soi»

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© BOX PRODUCTION/PIERRE DAENDLIKER

Le film A bras-le-corps reflète avec finesse et profondeur la réalité d’une époque. Il illustre le combat d’une femme déterminée à réaliser ses rêves en dépit des pressions subies.

La réalisatrice Marie-Elsa Sgualdo signe son premier long métrage, A bras-le-corps. Un film beau et sensible qui traite de la condition des femmes dans les années 1940 et d’émancipation. Interview.

Emma, une adolescente de 15 ans, tombe enceintre à la suite d’un viol. Un événement catastrophique pour la future mère évoluant dans une communauté rurale protestante austère et répressive. Ce bouleversement va néanmoins agir comme révélateur. Et pousser la jeune femme à s’émanciper et à s’affranchir d’une morale et de règles l’enfermant dans une vie servile et de devoirs. Une existence où elle ne peut décider ni de son corps, ni de son travail, ni de son argent avant d’entrer en résistance, sur le chemin de la liberté. Le récit se déroule en 1943, dans le Jura suisse. Il aborde aussi en toile de fond le spectre de la Seconde Guerre mondiale et la réaction de la Suisse face aux réfugiés qui tentent de trouver asile sur son territoire. 
A bras-le-corps reflète avec finesse et profondeur la réalité d’une époque. Il illustre le combat d’une femme déterminée à réaliser ses rêves en dépit des pressions subies. Son auteure, Marie-Elsa Sgualdo, née à La Chaux-de-Fonds, revient sur les raisons qui l’ont conduite à réaliser ce long métrage, le premier de son parcours.

Pourquoi vous êtes-vous intéressée à la condition des femmes durant les années 1940?
Il y a d’abord un intérêt inconscient touchant aux choix que doivent toujours opérer les femmes aujourd’hui. Une thématique déjà explorée par le passé qui interroge sur le prix de leur indépendance. A bras-le-corps est aussi une lettre d’amour aux femmes de ma famille – et à d’innombrables autres – qui ont mené des combats invisibles pour l’autonomie. Le film évoque ainsi le carcan forgé par une société patriarcale et son évolution, les luttes conduites par plusieurs générations et qui restent gravées dans les cœurs.

La situation s’est bien améliorée...
Oui, au terme de longues et douloureuses batailles. Mais le contexte demeure fragile. Il nous faut rester attentifs pour plus de respect, d’équité. Il est nécessaire de consolider les acquis. Dans nombre de pays, les femmes sont toujours considérées comme des êtres inférieurs. Plusieurs Etats des USA condamnent l’avortement. Si, dans nos frontières, les droits sont respectés, l’égalité dans les faits n’est toujours pas réalisée. Le film dénonce les discriminations et aborde aussi la question des classes sociales, plaidant en faveur de plus d’horizontalité.

Votre réalisation montre aussi une Suisse refoulant les réfugiés à ses frontières. Avec l’idée d’interroger cette face sombre de son histoire?
L’idée est d’inscrire le film dans une portée universelle. Mon souhait tend à faire écho à la Suisse et à l’Europe d’aujourd’hui, à notre manière de gérer la migration, aux politiques mises en œuvre. Tous les personnages d’A bras-le-corps font partie d’un système et agissent selon leurs propres limites. Je pense que les spectateurs et les spectatrices sont tout à fait capables, comme mon héroïne, de se poser des questions, de s’interroger. C’est toujours intéressant de prendre de la distance et de changer de perspective pour réfléchir au présent.

On ressent aussi dans votre long métrage le poids de la religion...
J’ai grandi dans une région protestante. Cette situation a nourri ma réflexion. Il faut prendre conscience d’où l’on vient pour mieux comprendre le présent.

L’accent est aussi mis sur la culture des non-dits. Vos personnages sont tous des taiseux.
Cet état de fait est représentatif de notre manière d’être. On ne peut pas dire que les Suisses soient de grands communicants. C’est par le verbe que les choses arrivent. Emma, elle, n’a pas de mots. Comme elle ne peut pas nommer les choses, elle les subit d’autant plus. L’actrice qui l’interprète, Lila Gueneau, a travaillé sur les non-dits à travers ses postures, ses expressions, ses émotions. Et a réussi à narrer ce qui se passe au-delà de la parole. Cette actrice attire la lumière et rayonne sur l’écran qu’elle habite totalement grâce à l’authenticité de sa présence, à laquelle on s’attache d’emblée. Magique.      

Percevez-vous votre protagoniste comme un modèle de courage?
J’ai en tout cas voulu défendre ce personnage jusqu’au bout, cette femme qui extrait dans sa force intérieure le courage de résister, de prendre sa vie en main, de ne pas se conformer, ressource ultime de l’individu face aux dérives d’une société. J’ai voulu défendre son droit au respect. Ses choix. La posture de la protagoniste reflète cette volonté avec l’idée qu’elle soit un miroir pour tout un chacun. A bras-le-corps porte sur la construction de soi dans un contexte donné et sur ce qu’on est prêt à sacrifier pour devenir la personne désirée.

Avez-vous déjà en tête une autre réalisation?
J’ai des pistes, mais c’est encore trop tôt pour en parler. La seule chose que je peux affirmer c’est que l’héroïne sera de nouveau une femme...  

Dates des avant-premières ici

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