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Le grand désarroi du personnel de la RTS

Nouveau bâtiment RTS.
© Olivier Vogelsang

Depuis quelques semaines, le nouveau siège de la RTS à Ecublens est progressivement investi par les techniciens, les animateurs et les journalistes. 

Confrontés à un plan de restructuration drastique, à la menace d’une votation sur la baisse de la redevance et à un déménagement problématique à Ecublens, les employés sont en plein marasme. Témoignages.

En observant de loin et en se fiant aux simples apparences, on pourrait considérer que la RTS continue de garder des parures enviables. L’acteur romand de l’audiovisuel s’est certes séparé de ce joyau qu’était jusqu’à il y a peu le siège genevois, en cédant sa grande tour – par le biais de la maison mère, SSR – à la Fondation Wilsdorf. Mais en termes d’infrastructures, l’avenir s’inscrit encore dans un sillon tout aussi prestigieux. De l’avis d’une grande majorité des employés, le nouveau bâtiment qui a surgi à Ecublens et qui est investi progressivement, depuis quelques semaines, par les techniciens, animateurs et journalistes, offre des moyens technologiques des plus modernes et respecte des standards de sécurité exigeants. 

Pourtant, ce cadre réjouissant ne saurait cacher la réalité bien plus sombre que vit au quotidien une part conséquente des salariés. Le plan de restructuration annoncé en deux temps – en juin et en novembre derniers – par la direction de la SSR a généré à l’interne une onde de choc et un état d’anxiété considérables. L’ancienne régie fédérale, on le sait, doit économiser d’ici à 2029 la bagatelle de 270 millions de francs. Un chiffre qui sera atteint pour l’essentiel grâce au redimensionnement de la masse salariale, celle-ci représentant plus de 50% du budget. Concrètement, 900 postes équivalents plein-temps seront biffés d’ici à l’échéance prévue. Rapportés au périmètre RTS, les chiffres font froid dans le dos: «Nous estimons à 300 le nombre d’équivalents plein-temps à supprimer, note Valérie Perrin, secrétaire syndicale au sein du Syndicat suisse des médias (SSM). En 2024 déjà, 55 postes ont été touchés, et ils ont été 66 en 2025. Le mouvement va se poursuivre cette année et par la suite encore.»

Confiance rompue
On le devine sans peine, ces vagues successives génèrent toute sorte de tensions. «Dans un contexte normal, chacune d’entre elles devrait impliquer une redéfinition des cahiers des charges des employés, souligne la syndicaliste. Or, rien n’est fait sur ce front.» Voilà qui plonge dans le flou et l’incertitude des centaines de personnes. «Les préposés aux ressources humaines ne suivent pas, abonde Louise*, technicienne à Genève, quarante ans de boîte. Plusieurs collègues ont été licenciés en septembre alors que le travail ne manquait pas dans notre secteur. Du coup, face au manque de forces, la RTS se tourne aujourd’hui vers le travail sur appel et privilégie la main-d’œuvre frontalière, qui coûte beaucoup moins cher. Je suis proche de la retraite, comme plusieurs personnes dans mon corps de métier. Mais on ne sait toujours pas si nos postes seront repourvus. A l’administration, des décisions sont prises sans connaître les réalités, les exigences et les tensions du terrain. Inutile de dire que le rapport de confiance avec la direction est rompu.» 

Erreurs de gestion
Dans ses communications à la presse, la SSR n’a cessé de justifier son plan par des facteurs conjoncturels. Ainsi, la première baisse de la redevance à 335 francs, entrée en vigueur en 2021, et surtout l’effondrement des revenus liés à la publicité ont généré un manque à gagner considérable. Le projet du Conseil fédéral d’une redevance à 300 francs dès 2029 promet d’élargir un peu plus le trou dans les caisses. A ces faits incontestables, beaucoup de salariés en ajoutent d’autres, liés aux graves erreurs de gestion commises par la direction. Sara*, 58 ans, technicienne à Lausanne, n’a pas de mots assez durs pour qualifier les nombreux ratages. Le premier? «Il remonte à 2011, lorsqu’on a voulu faire converger la radio et la télévision, en créant des rédactions communes pour faire transiter des programmes d’un média à l’autre. Ce fut une idée suicidaire: les passerelles qui devaient permettre ce transfert de contenus n’ont jamais été opérationnelles. Et je ne veux pas parler de l’incompatibilité des contenus conçus pour la télé avec le média radiophonique. Gilles Marchand, alors directeur général de la SSR, a voulu miser à tout prix sur la performance et la rentabilité. Il a oublié le plus important: la mission du service public.»

La FM, un abandon néfaste 
Et aujourd’hui, qu’en est-il? «Tout ce qu’on décide se base sur des études de marché, ajoute Sara. On ne voit pointer aucune stratégie visionnaire; on ne se pose pas la question cruciale de savoir à quoi on sert. La direction est un ventre mou qui génère un ulcère. Son projet de modernisation de l’entreprise aligne des choix malheureux. On met de côté, par exemple, le broadcast, en sacrifiant les grands savoir-faire qu’il implique, pour se tourner vers le digital first, sur le web et les réseaux sociaux.» Erreur stratégique grave aux yeux des nombreux interlocuteurs contactés, qui en a impliqué une autre, néfaste: l’abandon de la bande FM et le virage vers le DAB+. Résultat? La RTS a perdu 25% de ses auditeurs et envisage désormais de faire marche arrière, avec les coûts considérable que cela comporte. 

Le spectre d’une redevance à 200 francs est présent dans tous les esprits et les recoins de la SSR. Un oui à l’initiative de l’UDC, le 8 mars prochain, déclencherait des plans d’économies dévastateurs. En attendant, une bonne part du personnel de la RTS, surtout celui implanté à Genève, s’interroge sur le déménagement à Ecublens. Le temps du trajet entre la ville du bout du lac et le nouveau siège n’est pas comptabilisé comme travaillé. Aux horaires irréguliers qu’imposent les professions de l’audiovisuel, s’ajoutent ainsi les désagréments liés à des journées qui vont commencer bien plus tôt et se terminer très tard. Au grand dam de la vie privée des employés. «On ne m’a pas demandé si j’étais d’accord de quitter Genève, conclut Louise. C’était à prendre ou accepter d’être licenciée, scénario que je ne peux pas me permettre.»

* Prénoms d’emprunt 

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