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«Je fais ma part, tel le colibri»

Portrait Laurence Chays
©David Prêtre

Passionnée de nature, Laurence Chays œuvre au respect du vivant.

Grâce au jardinage et à la musicothérapie botanique, Laurence Chays crée des ponts entre les humains et les plantes.

Aloha! «Bienvenue» en hawaïen va bien au-delà d’une simple salutation. Littéralement, il exprime l’action de partager son souffle de vie. Un mot puissant que porte à merveille l’association créée par Laurence Chays. A Montperreux, petit village français du Haut-Doubs, cette militante du lien humain (et au-delà) œuvre à des projets collectifs, tels qu’un jardin pédagogique avec l’école du village, des ateliers de ukulélé, de la méditation, des conférences... Jamais à court d’idées, elle cultive la convivialité. En ce dimanche de fête de la courge, l’association Aloha propose une visite du petit potager riche en biodiversité, alors qu’auparavant le terrain était réservé à la pétanque. «Mettre les mains à la terre permet de reprendre contact avec le vivant, souligne-t-elle, souriante et généreuse. Pendant très longtemps, je n’avais ni la main verte ni des connaissances sur le monde végétal. J’essayais avec des bouquins, mais ça ne rentrait pas. Finalement, j’ai beaucoup appris grâce à des ateliers sur les plantes sauvages comestibles. Chez moi, j’ai mon potager du paresseux, avec beaucoup de plantes vivaces et sauvages. Tout pousse un peu tout seul.»

Sa sensibilité écologique remonte à l’enfance. «Ecraser un insecte m’a toujours été impossible. Mon père, passionné de chasse et de pêche, me traitait déjà d’écolo, se souvient Laurence Chays. Mais je ne fais la morale à personne, je tiens à rester modérée. L’important, c’est l’état de conscience avec lequel on agit.» Petite fille, elle grandit dans une famille d’hôteliers-restaurateurs, suit malgré elle la voie parentale. Après des études hôtelières à Besançon, sans motivation aucune, elle travaille comme réceptionniste pendant plusieurs années. Elle se marie, devient maman de deux filles, s’épanouit dans le cocon familial. Professionnellement, sa reconversion dans l’insertion professionnelle de jeunes en difficulté offre enfin un sens à son travail. Après quinze ans d’engagement, son chemin l’amène à se former en marketing, à expérimenter le statut d’indépendante, avant de rejoindre l’entreprise de menuiserie et d’agencement d’intérieur de son mari. Depuis la retraite de celui-ci, Laurence Chays gère des gites au bord du lac de Saint-Point. Et, surtout, œuvre à des projets collectifs bénévoles.

Musique des plantes

Au fil de ses rencontres, elle découvre la musique des plantes. Curieuse, elle se rend à l’autre bout de la France, à Gaujacq, au Plantarium de Jean Thoby. Ce pépiniériste mène, depuis 2012, des expériences avec de nombreux scientifiques sur les applications de la musicothérapie botanique dans le cadre agricole, hospitalier, thérapeutique ou encore artistique. Basée sur l’interaction entre les vibrations des plantes et les ondes cérébrales des humains et des animaux, la pratique est simple: un capteur pince une feuille de la plante, un autre est placé dans la terre au niveau racinaire. Le flux électrique est ensuite transcodé en notes de musique grâce à un boîtier électronique. «En entendant chanter les plantes, le vivant nous percute. La plante s’incarne, devient une personne. C’est magique!» explique Laurence Chays, de la lumière dans les yeux. Au Plantarium, elle découvre aussi le biodynamiseur botanique de Gaujacq. Des tiges de carbone, de cuivre, de fer ou d’oligoéléments, en fonction des besoins, sont plongées dans un récipient d’eau, dynamisée ensuite par de la musique. L’or bleu informé est ensuite dilué dans une citerne et pulvérisé sur les cultures.

«De bouche à oreille les résultats parlent d’eux-mêmes. Les vaches et les veaux qui écoutent la musique des fougères ou du lierre, plantes privilégiées car très anciennes, sont moins malades»
Laurence Chays, fondatrice de l'association Aloha

Laurence Chays se souvient avoir été extrêmement touchée par les témoignages de maraîchers, d’arboriculteurs et de pépiniéristes lors de son séjour à Gaujacq. «Certains ont sauvé leur ferme en passant des traitements chimiques à l’eau informée. Le vivant est rentré dans leur vie et tout a changé, dont leurs rapports humains. Ils se sentaient mal d’avoir tant pollué la terre. Ils en pleuraient même.» A son retour dans le Haut-Doubs, elle transmet ses connaissances à des agriculteurs de la région, investit dans un biodynamiseur collectif. «La première année, j’ai réussi à en motiver cinq d’essayer. La deuxième année, ils étaient sept et maintenant vingt. De bouche à oreille les résultats parlent d’eux-mêmes. Les vaches et les veaux qui écoutent la musique des fougères ou du lierre, plantes privilégiées car très anciennes, sont moins malades. Et j’ai été stupéfaite, il y a quelques semaines, d’apprendre que la grande majorité des paysans ayant utilisé l’eau informée, ont réussi à récolter autant de foin que l’an passé, malgré les conditions climatiques extrêmes de cet été!» 

Une prise de conscience

«Avec la musique des plantes, une porte s’ouvre, c’est une prise de conscience du monde vivant. Pas besoin de grands discours, j’invite tout le monde à devenir autonome, car la technique est simple», explique Laurence Chays, qui propose des ateliers de sensibilisation à la musicothérapie botanique. Face au scepticisme ambiant, elle mentionne les listes de faiseurs de secret en cas de brûlure utilisées dans des hôpitaux. «Tout est énergie», résume-t-elle, en racontant des moments merveilleux de musique vécus avec des enfants, des personnes âgées ou handicapées, particulièrement sensibles aux vibrations des plantes; et même avec sa vieille chienne. «Je lui fais écouter notre fougère chaque matin. Ça l’aide au niveau moteur. Si j’oublie, elle vient me le réclamer. Si j’ai mal quelque part, je fais pareil. Je me sens comme une passeuse qui crée des liens entre les mondes, entre le matérialisme et celui plus subtil des énergies et de la spiritualité. Je fais ma part, tel le colibri.» Ce minuscule oiseau qui, dans un conte amérindien, tente d’éteindre un incendie. Il sait qu’il n’y arrivera pas seul, mais agit. Juste avant d’accueillir les visiteurs du potager collectif, Laurence Chays confie encore: «Je rêve d’un monde qui se remettrait à l’endroit, où la fraternité, l’entraide et le respect du vivant redeviendraient les valeurs premières.»

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