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Just Eat s’apprête à licencier des centaines de livreurs

cycliste just eat
© Olivier Vogelsang

Dans les cantons de Vaud et de Genève, grâce à l'application de la décision du Tribunal fédéral, les coursières et les coursiers de Just Eat ne devraient pas être touchés par le licenciement collectif annoncé par la plateforme de livraison.

La société de livraison de repas veut faire appel à des indépendants. Pour Unia, cela signifie copier le modèle illégal d’Uber Eats.

Des centaines de livreuses et de livreurs vont perdre leur emploi salarié. Leur employeur Just Eat, la plus grande plateforme de livraison de repas en Suisse avec 700 employés environ, veut recourir à des indépendants. Une situation qui va précariser encore un peu plus ces travailleurs. 

Unia dénonce une indépendance fictive qui prend exemple sur Uber Eats. Or, concernant ce dernier, le Tribunal fédéral a déjà statué en 2022 que ses livreurs avaient le statut de salariés, et non d’indépendants. La plateforme doit donc assumer ses obligations d’employeur, en payant notamment les cotisations sociales. «Les cantons de Genève et de Vaud ont assumé leur responsabilité en mettant en œuvre cette décision. Ce qui n’est pas le cas ailleurs, par manque de volonté politique», déplore Janine Rey, responsable de l’économie de plateforme d’Unia. «En Suisse alémanique et au Tessin, les livreuses et les livreurs d’Uber Eats travaillent sans protection sociale et avec des salaires indignes. C’est ce modèle illégal que Just Eat veut imiter.» A noter que celles et ceux travaillant en Suisse romande ne devraient pas être touchés.

«Comme pour Uber Eats, les caisses de compensation AVS et les tribunaux ne reconnaîtront vraisemblablement pas ce “statut d’indépendant”, car les coursières et les coursiers travaillant pour le compte de Just Eat, ne peuvent pas avoir leur propre clientèle. Ils sont intégrés dans son organisation de travail et reçoivent ses directives», écrit le syndicat, dans un communiqué. Celui-ci appelle l’entreprise à renoncer à cette voie et à respecter la Convention collective nationale de travail de l’hôtellerie-restauration (CCNT). Il demande aussi à Migros, partenaire de la plateforme, de ne pas encourager ce type de dumping salarial.

Grande précarité

Unia souligne, par ailleurs, que les conditions des employés de Just Eat sont déjà précaires: de nombreuses personnes sont engagées via des agences de travail temporaire, et une partie des livraisons sont confiés à des sous-traitants qui paient mal et à la commande leurs coursiers. De surcroît, la société a supprimé récemment des lieux de rassemblements pour ses employés (Rider hubs) dans plusieurs villes, ne met plus de vélo à leur disposition et remplace l’encadrement du personnel par des outils numériques.

Dans une interview publiée notamment dans 24heures, le directeur, Lukas Streich, répond que ce licenciement collectif s’explique par les attentes de la clientèle qui «ne veut plus seulement se faire livrer des repas le soir ou à midi». «Elle veut aussi, par exemple, un hamburger à 2 h du matin et un matcha latte l’après-midi. Nous devons pouvoir livrer avec plus de souplesse. C’est tout simplement impossible avec des livreurs salariés dont les horaires sont fixés deux semaines à l’avance, comme c’est le cas aujourd’hui.» Il ajoute que la Loi sur le travail interdit les livraisons après minuit, ce que permet le statut d’indépendant. Pour Janine Rey, «cela démontre qu’une des stratégies derrière ce modèle, c’est de contourner la Loi sur le travail». «Nous appelons donc les autorités cantonales à interdire ce système de fausse indépendance», martèle la responsable syndicale.

La période de consultation étant en cours, le patron de Just Eat ne donne pas de chiffres quant au nombre de licenciements, confirmant que la Suisse romande n’est pas affectée par la mesure. 

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