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Rompre le silence

«L’Etat d’Israël commet un génocide en Palestine et la France est complice. N’acceptez pas l’inacceptable, alors sanctionnez Israël et libérez la Palestine!» Ces mots sont ceux de l’actrice française Adèle Haenel, invitée de La Grande Librairie, émission diffusée sur France 5 le 9 septembre. Elle était venue y présenter son livre Viser juste, et s’est vu proposer de conclure l’émission avec une carte blanche. Dans ce cadre, elle a fait le parallèle entre les violences sexistes et sexuelles, dont elle a notamment été victime, et le conflit en cours à Gaza. Leur point commun: le silence et l’invisibilisation. L’actrice parle du «silence télévisuel qui englue le pays» et, malgré la peur, elle ose prendre la parole pour dénoncer et «redire ce qu’il y a dans ce silence». Les réactions sont immédiates dans la sphère politico-médiatique. La droite s’insurge, la gauche soutient et France Télévisions censure, en décidant de retirer la séquence du replay. Une mesure prétendument conservatoire. La polémique est vive.

De l’autre côté de l’Atlantique, c’est le rappeur américain Macklemore qui paie le prix de ses convictions. Ce dernier, qui assurait la première partie du concert d’Ed Sheeran, a aussi qualifié les actions d’Israël de génocide et a voulu montrer son soutien aux Palestiniens en scandant «Free Palestine!» au MetLife Stadium, près de New York. Accusé d’antisémitisme par les propriétaires de salles qui ont ensuite refusé de l’accueillir, il a été évincé de la tournée. Solidaires, plusieurs artistes ont annoncé leur retrait de cette tournée, pendant qu’Ed Sheeran marchait sur des œufs. L’affaire fait le tour du monde et pose une énième fois la question de la liberté d’expression des artistes, et de leur rôle. Pour Macklemore, c’est limpide. «Il n’existe pas de position neutre entre l’oppresseur et l’opprimé», a déclaré celui qui a décidé de reverser l’intégralité des revenus liés à cette tournée à des organisations œuvrant pour le peuple palestinien.

Ce qui dérange, c’est de nommer les coupables. Saluons ceux qui osent encore le faire et inspirons-nous-en!

Dans quelques jours, le 7 octobre, on commémorera le triste anniversaire de l’attaque du Hamas contre Israël qui a mené à l’aggravation de la crise en Palestine. Selon les chiffres de l’ONU, qui rendent compte de la réalité du terrain, en trois ans, plus de 73 000 personnes sont mortes dans la bande de Gaza, dont 21 600 enfants. Plus de 173 000 ont été blessées, dont 50 000 enfants; 1,4 million de personnes ont été déplacées, 660 000 enfants sont privés d’école et le risque de malnutrition aiguë concerne 100 000 enfants de moins de 5 ans. Enfin, et ce n’est pas exhaustif, 96% des terres agricoles ne peuvent plus être cultivées, 92% des habitations ont été détruites, et il faudra sept ans pour déblayer tous les gravats. Tout se déroule sous nos yeux, entre impuissance et ignorance. Une population décimée, privée d’avenir. Comme une fatalité. Ce n’en est pas une. Ce qui dérange, c’est de nommer les coupables. Saluons ceux qui osent encore le faire et inspirons-nous-en! 

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