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La géographie selon Donald

Il y a quelques semaines, sur les ondes de France Inter, le célèbre psychologue Boris Cyrulnik, à qui l’on doit notamment l’élaboration du concept de résilience, lançait une bordée mémorable. La charge était aussi puissante qu’articulée dans des termes d’une précision chirurgicale, avec ce phrasé flegmatique et distancié que l’on connaît au célèbre invité du jour. Le Français disait en substance qu’il était erroné de qualifier Donald Trump de fou, car les fous sont par définition irresponsables. Le président des Etats-Unis, lui, manifeste des comportements qui, pour étonnants et imprévisibles qu’ils soient, relèvent davantage de l’attitude d’un psychopathe, un trait comportemental sans doute acquis en bas âge, durant la période d’élaboration de sa personnalité. Le diagnostic pencherait donc vers un trouble du développement plutôt que vers une pathologie d’ordre psychiatrique. Cyrulnik ajoutait encore que l’homme au visage orangé est sans doute sous l’emprise de pulsions incontrôlables et se trouve dans l’incapacité de les inhiber. Si bien qu’une pulsion peut, un jour, venir contredire celles qui guidaient ses pensées et ses actes la veille. Ce qui compte à ses yeux n’est pas tant la cohérence que l’instant présent et, dans le présent, l’accumulation d’argent et la réussite personnelle.

D’un coup de crayon, Donald renomme depuis le cœur du Bureau ovale. Tel un enfant persuadé de posséder des superpouvoirs, il procède: hop, un golfe d’Amérique par-ci et un lac d’Amérique par-là

On ne voit guère comment donner tort au savant: les exemples s’accumulent, semaine après semaine, pour illustrer ce jugement. On pourrait encore moins le contredire en considérant la manière dont Trump appréhende le monde au-delà des frontières nationales. Passons sur la promesse non tenue faite à ses électeurs, qui envisageait la fin d’une Amérique interventionniste et le début d’un repli durable sur elle-même. On sait, depuis l’entame du second mandat, que l’esprit (ou, mieux, la pulsion) du va-t-en-guerre a largement pris le dessus, avec des actions visant à neutraliser des dirigeants indésirables, Nicolás Maduro en tête, ainsi qu’à anéantir le régime iranien — les raids sur Téhéran n’y sont pas parvenus — et à étrangler l’économie du pays.

Ce qui apporte encore de l’eau en abondance au moulin de Cyrulnik, c’est la manière dont ce même président entend redessiner les cartes de l’atlas mondial. On se souvient bien sûr de Gaza, qu’il a un jour imaginée reconstruite en une sorte de riviera, grâce au soutien d’investisseurs opaques (dont des membres de sa famille) et de pays pas toujours très recommandables. On n’a pas oublié non plus ces autres pulsions, annexionnistes, qui ont visé le Groenland, territoire considéré comme une excroissance naturelle, voire divine — ah, cette image de Trump en Christ, générée par l’IA… — des Etats-Unis. Et le golfe du Mexique? Pourquoi donc devrait-il porter le nom d’un pays récalcitrant? D’un voisin par lequel transitent drogue et migrants en situation irrégulière? Et enfin, le lac Ontario ne doit-il pas, lui aussi, retrouver sa vraie nature, à l’instar de tous les bassins américains? Ah, il confine avec le Canada? Peu importe. D’un coup de crayon, Donald renomme depuis le cœur du Bureau ovale. Tel un enfant persuadé de posséder des superpouvoirs, il procède: hop, un golfe d’Amérique par-ci et un lac d’Amérique par-là. Trouble du développement, vous avez dit? 

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