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Les syndicalistes colombiens contestent Nestlé

Syndicalistes colombiens manifestent
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José Manuel Uribe, le président de Sinaltrainal Edwin Mejia, le secrétaire général Carlos Soto et Juan Gonzalez (de g. à dr.) étaient à Berne pour faire valoir les revendications des travailleurs.

En Colombie, les syndicalistes de Sinaltrainal se battent, au péril de leurs vies, pour la sécurité et les droits des travailleurs de la multinationale. Entretien avec le dirigeant Carlos Soto, lors de sa visite en Suisse.

Wilberto Quintero Medina, 49 ans, a travaillé pendant plus de 20 ans pour l’usine de lait en poudre de Nestlé, dans la ville colombienne de Valledupar. Il était également depuis de nombreuses années un dirigeant du syndicat Sinaltrainal, qui représente les travailleurs du secteur colombien des boissons et de l’alimentation. Dans la soirée du 28 avril 2025, six balles l’ont atteint dans le dos et il est décédé pendant son transport à l’hôpital. Les motifs et l’identité des auteurs de ce meurtre n’ont toujours pas été élucidés à ce jour. Mais pour Carlos Soto, secrétaire général de Sinaltrainal, il est clair que ce meurtre est lié aux activités syndicales de Medina. Soto déclare: «L’assassinat de Medina a eu lieu la semaine suivant une réunion nationale de notre syndicat dans la ville. Une centaine de syndicalistes ainsi que le ministre colombien du Travail se trouvaient alors à Valledupar.» La même semaine, des tracts contenant les noms de syndicalistes et des menaces de mort auraient également circulé. 

Une histoire syndicale sanglante
La mort de Wilberto Quintero Medina s’inscrit dans une longue liste de crimes commis contre des syndicalistes: pour eux, la Colombie est l’un des pays les plus dangereux. Dans le dernier rapport de la Confédération syndicale internationale (CSI), on déplore non seulement les victimes, mais aussi le non-respect systématique du droit du travail. Selon les données du ministère colombien du Travail,  3323 syndicalistes ont été assassinés entre 1971 et 2023, dont 39 appartenaient au syndicat Sinaltrainal. Le cas de Luciano Romero, ancien employé de Nestlé et dirigeant syndical, a attiré l’attention internationale. Il a été enlevé, torturé et assassiné en 2005, après avoir reçu de nombreuses menaces. En raison de l’implication de dirigeants de Nestlé, cette affaire a également donné lieu à une procédure judiciaire contre Nestlé en Suisse. La plainte déposée devant un tribunal de Zoug contre Peter Brabeck, alors directeur général de Nestlé, a toutefois été rejetée pour des raisons de forme. La nouvelle version de l’initiative sur la responsabilité des entreprises vise à renforcer les règles de responsabilité des multinationales et à permettre ainsi des demandes de dommages et intérêts en Suisse.

Visite chez Nestlé à Vevey
Carlos Soto fait actuellement partie de la délégation colombienne participant à la 114e Conférence de l’OIT en Suisse. Il a profité de l’occasion pour se rendre au siège de Nestlé à Vevey et y faire valoir les revendications du syndicat. En effet, avec l’arrivée du nouveau directeur général pour la Colombie et l’annonce de la suppression de 16'000 emplois dans le monde, la pression sur les 2000 employés de Nestlé en Colombie s’est encore accrue. Carlos Soto souligne: «Au cours des deux dernières années, 230 personnes ont été licenciées dans les quatre usines Nestlé de Colombie, parmi lesquelles des collègues atteints de maladies professionnelles et d’autres sur le point de prendre leur retraite.» La grande majorité de ces personnes licenciées sont également membres de Sinaltrainal. Nestlé a licencié ces employés pour incapacité de travail ou à la suite de procédures disciplinaires. Mais l’automatisation croissante des usines entraîne également des licenciements. Nestlé souhaite devenir le numéro un de l’industrie alimentaire colombienne et investit donc dans de nouvelles machines, mais pas dans de meilleures conditions de travail. De plus en plus souvent, on fait appel à des employés sous contrat temporaire ou issus de la sous-traitance.

340 kilomètres à pied pour négocier
Carlos Soto ajoute: «Pour pouvoir négocier une nouvelle convention collective avec Nestlé, nous avons dû lancer une campagne de protestation au cours de laquelle nous avons marché 340 kilomètres jusqu’à Bogotá.» C'était en 2025. Grâce à l'intervention du ministère colombien du Travail et de l'ambassade de Suisse, une rencontre avec la direction de Nestlé a pu avoir lieu. Mais au lieu d'un nouveau contrat, la multinationale s'est contentée de prolonger l'accord en vigueur depuis plus de 40 ans. Le syndicaliste fait remarquer que «Nestlé interprète cet accord de manière arbitraire, ne respecte pas bon nombre des clauses et poursuit sa politique antisyndicale.»

Il affirme par ailleurs que l’entreprise dicte à Sinaltrainal quelles personnes peuvent être libérées de leurs obligations professionnelles pour mener des activités syndicales, refuse les congés pour la participation à des assemblées nationales et empêche le syndicat d’accéder aux usines. De plus, le travail le dimanche deviendrait de plus en plus la norme, alors que le dimanche ne devrait être un jour ouvrable qu’avec l’accord mutuel des parties et dans des cas exceptionnels.

La réduction de la durée hebdomadaire du travail à 42 heures, prévue par la nouvelle loi sur le travail, est également ignorée. Carlos Soto souligne encore ceci: «Nous ne savons pas ce que cette campagne menée ici en Europe signifie pour notre sécurité en Colombie, mais si nous ne nous opposons pas aux menaces et à la répression, la situation ne fera qu’empirer pour les employés de Nestlé dans le monde entier.»

Interrogé par nos soins, le service de presse de Nestlé répond: «Nous respectons le droit de nos collaborateurs à s’organiser en syndicats et à mener des négociations collectives. Nos relations de travail reposent sur un dialogue ouvert et le respect de la liberté syndicale. En Colombie, 100 % de notre personnel opérationnel est syndiqué au sein de 13 syndicats actifs au total. Cela témoigne d’une représentation des travailleurs forte et diversifiée. Nous entretenons des échanges respectueux et constructifs avec toutes les représentations locales des travailleurs, y compris Sinaltrainal.»

Solidarité d’Unia-Industrie
L’assemblée des délégués du secteur Industrie a adopté une résolution le 12 juin, soutenant ainsi la campagne de Sinaltrainal en faveur des droits fondamentaux des syndicalistes. Les délégués appellent Nestlé à veiller au respect des droits syndicaux en Colombie, à protéger la vie des travailleurs et travailleuses de Nestlé et à leur permettre de mener une vie digne. Avec un chiffre d’affaires de près de 90 milliards de francs, Nestlé a réalisé l’année dernière un bénéfice net de 9 milliards de francs. Cela représente un bénéfice de 32'000 francs par personne pour l’ensemble de ses quelque 276'000 collaborateurs dans le monde. Pourtant, le groupe souhaite réaliser des économies et a donc annoncé le licenciement de 16'000 collaborateurs dans le monde d’ici 2027.

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