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Jusqu’à 350 emplois menacés au Bureau international du travail

bâtiment
© Jérémy Toma

Les fonctionnaires internationaux sont un peu hors-sol, avec des règles qui leur sont propres et aucun relais à l’extérieur en matière de chômage et d’assurance maladie.

Les retards de paiement des Etats-Unis mettent l’organisation dans une situation financière délicate et inédite. Inquiets, les employés et leur syndicat s’organisent pour limiter la casse.

«En tant qu’organisation internationale du travail, on est bons pour donner des recommandations à tous les pays du monde, mais à l’interne, on n’a pas le savoir-faire pour gérer une situation de licenciement collectif.» Séverine Deboos, présidente du syndicat du personnel du Bureau international du travail (BIT), tire la sonnette d’alarme. Des bouleversements majeurs secouent l’organisation. Sur les 3500 employés, 10% sont sur la sellette, principalement à Genève.

 

Voici le contexte: le BIT – qui est le secrétariat permanent de l’Organisation internationale du travail – fonctionne grâce aux contributions obligatoires des Etats membres, calculées sur la base de leur poids économique, ainsi qu’aux contributions volontaires (dons supplémentaires des Etats ou de fondations). «Le plus gros contributeur sont les Etats-Unis, qui représentent 22% de notre budget, explique la syndicaliste. Or, depuis l’arrivée au pouvoir de la nouvelle administration américaine en 2025, tout a changé. Après être partis de l’OMS et de l’Unesco, ils ont stoppé l’an dernier leurs contributions volontaires au BIT, laissant sur le carreau quelque 200 collègues dans le monde qui géraient ces projets.»

 

Le nerf de la guerre

Ce n’est pas tout, ils ont aussi remis en cause leur contribution obligatoire. «Ils n’ont payé ni 2024, ni 2025, ni 2026, ce qui représente environ 128 millions de francs. Ils ne disent pas clairement qu’ils ne vont pas payer, mais ils ne paient pas, et cela nous met dans une position financière très délicate, car nos budgets tiennent comptent de ces contributions qui ne rentrent pas.» Derrière tout ça, rien de plus que du marchandage politique. «Des enjeux importants seront votés lors de la prochaine Conférence internationale en juin, notamment sur le droit de grève et l’économie de plateforme. L’argent est un levier pour faire pression et obtenir certaines choses. Notre peur, c’est que d’autres Etats jouent le même jeu et qu’il y ait un effet boule de neige...»

 

Avec des coûts salariaux très hauts, représentant 60%, voire 70% du budget total, les économies se feront sur le dos du personnel. Une première dans l’histoire du BIT qui, jusque-là, a toujours pu offrir une sécurité de l’emploi à ses fonctionnaires internationaux. «Cette tendance va nous contraindre à être plus efficaces, car il y aura à l’avenir moins d’argent, surtout si on doit s’asseoir sur l’apport des Etats-Unis, soulève Séverine Deboos. Les Etats investissent davantage dans le réarmement que dans le développement. L’an passé, 90 personnes sont parties à la retraite anticipée, ceux qui quittent le BIT ne sont pas remplacés, mais ça ne va pas suffire. Il y a toujours un manque à gagner équivalent à 350 postes. La direction annoncera en septembre si elle doit licencier en janvier 2027. Ce climat est très anxiogène pour le personnel depuis un an. On ne sait pas ce qu’il va se passer et on n’a pas les outils pour gérer un séisme de cette ampleur.»

 

Dialogue social

En effet, les fonctionnaires internationaux sont un peu hors-sol, avec des règles qui leur sont propres et aucun relais à l’extérieur en matière de chômage et d’assurance maladie.

Un sondage auprès du personnel a été lancé afin de récolter des idées sur des alternatives aux licenciements, avec l’aval de la direction. «Les collègues ont envie de se mobiliser, mais ils ont aussi peur pour leur emploi.» En tant que membre de la Communauté genevoise d’action syndicale, le syndicat a sollicité l’aide des partenaires sociaux. «Unia et la Fédération des entreprises romandes ont accepté d’agir en tant qu’experts pour nous accompagner. On se réjouit de cet engagement et de ce soutien. Notre mission est d’œuvrer pour le bien de l’humanité, mais là c’est à notre tour d’avoir besoin d’aide pour continuer à aider les autres.»