Persona non grata. La nomination de la footballeuse allemande Marie-Louise Eta au poste de coach de l’Union Berlin aurait dû être une simple information dans les rubriques sportives des journaux. Mais au lieu de parler de son palmarès, de sa vision du jeu et de son projet sportif pour les joueurs de ce club, le débat a dérapé. On a assisté à une déferlante de commentaires sexistes et d’insinuations vulgaires et graveleuses à son égard. Des propos qui n’auraient jamais été formulés si Marie-Louise Eta avait entraîné une équipe de femmes ou si un homme avait été choisi à sa place. Manifestement, face à une femme, on perd tout sens de la mesure, on s’autorise tout. Ces propos ne sont pas juste une anecdote, ce serait minimiser, voire excuser leur gravité. Au contraire, ils sont révélateurs d’un sexisme ordinaire et décomplexé, avec des fondations encore très robustes.
Mâles froissés. Si dans ce sport, la légitimité des mecs va de soi, celle d’une femme reste visiblement à prouver. Pourtant, sur son CV, tout y est. Son parcours est solide. Elle a joué au FFC Turbine Potsdam qui, dans les années 2010, a gagné ni plus ni moins que le championnat allemand et la Ligue des champions féminine. Les compétences sont là, l’expérience du terrain aussi. Mais voir une femme accéder à un poste dans le football masculin de haut niveau, ça froisse les ego de certains. C’est une première, certes. Et c’est un symbole fort. On aurait aimé que la nouvelle soit reçue comme une belle avancée, logique et progressiste, dans un sport qui se veut universel. Mais c’est souvent ce qui se passe quand une femme arrive au pouvoir. Le milieu du ballon rond n’y échappe pas. Alors qu’au fond, la seule question légitime est de savoir si Marie-Louise Eta est, ou pas, compétente pour ce poste. Mais là, on botte en touche.
Jouer fair-play. Dans cette affaire, on peut quand même saluer le soutien affiché par son club, l’Union Berlin, et certaines voix du milieu. Dénoncer le sexisme, c’est refuser de le banaliser et c’est le minimum. Se taire aurait été une forme de complicité. Marie-Louise Eta, quant à elle, a gardé son sang-froid, préférant rester loin des clichés et assurant vouloir convaincre uniquement par ses résultats. Voilà un tacle de qualité. Le contrat de l’entraîneuse court jusqu’à la fin de la saison, espérons que cette affaire pathétique ne lui portera pas préjudice quand la question de son renouvellement sera étudiée. A l’honneur cette année avec la Coupe du monde, espérons aussi que le football sera à la hauteur de ses discours modernes. Ce sport qui fait vibrer tant de peuples, qui fait rêver tant d’enfants – de plus en plus de petites filles d’ailleurs –, et qui déchaîne les passions doit montrer l’exemple en prônant des valeurs de tolérance et d’égalité.