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La discrimination salariale est le terreau de la violence faite aux femmes

Sommaruga
© Olivier Vogelsang

«L'égalité salariale est l'affaire des dirigeants et des dirigeantes et profite en fin de compte à toutes les parties concernées, femmes et hommes», a estimé l’ancienne Conseillère fédérale Simonetta Sommaruga.
 

EGALITE Les travailleuses gagnent jusqu'à 1700 francs de moins par mois que hommes. La Conférence des femmes de l'industrie d'Unia veut en finir avec cette discrimination.

Des femmes issues de toutes les régions et de tous les secteurs de l’industrie suisse se sont réunies le 20 mars à Berne pour la Conférence des femmes de l’industrie d’Unia. Avec l’ancienne conseillère fédérale Simonetta Sommaruga, elles ont discuté de la discrimination salariale et des inégalités. En effet, dans le secteur privé suisse, les femmes gagnent encore en moyenne 1453 francs de moins par mois que les hommes. Dans l’industrie textile et la construction mécanique, les écarts salariaux sont encore plus importants, s’élevant respectivement à 1693 francs et à 1643 francs par mois.

Pas de contrôles, pas de sanctions
La Loi sur l’égalité oblige les entreprises de plus de 100 personnes à analyser tous les quatre ans les salaires pratiqués dans leur périmètre afin de détecter d’éventuelles inégalités et à publier les résultats. Pourtant, près de la moitié des quelque 6000 entités soumises à cette loi n’ont pas publié de résultats l’année dernière. La grande majorité n’informe pas ses employés des résultats des analyses salariales, affirment les participantes à la conférence.

Simonetta Sommaruga a joué un rôle déterminant pour l'ancrage des analyses salariales dans la Loi sur l'égalité et s'est battue sans succès au Parlement pour obtenir des mécanismes de contrôle plus stricts. «Il y a trop de lacunes dans cette loi», estime-t-elle aujourd’hui. Seules une obligation de déclaration et des sanctions à l'encontre des entreprises qui ne respectent pas la loi pourraient réduire les inégalités salariales à grande échelle. Actuellement, les employés et les syndicats doivent activement exiger ces chiffres, en se référant à la législation en vigueur, et continuer à faire pression.

La mobilisation porte ses fruits
L’intervenante considère que le pouvoir de mobilisation des femmes – qui s’est manifesté en décembre dernier, à la suite d’une décision parlementaire misogyne concernant la prévention de la violence sexuelle – constitue la base de nouveaux progrès, y compris dans la Loi sur l’égalité. L’ancienne conseillère fédérale estime que la responsabilité incombe tout particulièrement aux dirigeants et aux dirigeantes. Car l'égalité salariale et l'égalité des chances commencent tout en haut de la hiérarchie et auraient également un effet positif sur le climat de travail. «L'égalité salariale est l'affaire des dirigeants et des dirigeantes et profite en fin de compte à toutes les parties concernées, femmes et hommes.»

Il faut également remettre en question les stéréotypes de genre, car ce qui est considéré comme masculin ou féminin a des répercussions concrètes sur le monde du travail et la vie en société. Ainsi, la rente des femmes reste en moyenne inférieure de 35% à celle des hommes. Et les femmes travaillent trois fois plus souvent à temps partiel que les hommes, et effectuent chaque année un travail non rémunéré d’une valeur d’environ 315 milliards de francs. Et Simonetta Sommaruga de conclure: «La discrimination salariale ne cesse de recréer l’inégalité et c’est sur ce terrain que se développe également la violence à l’égard des femmes.»

Iwan Schauwecker / Work 



 

«Un affront pour toutes les travailleuses»

La Loi sur l’égalité présente des lacunes, notamment dans les contrôles et les analyses. Or, les décisions prises le 27 mars au sein de la Commission de la science, de l’éducation et de la culture du Conseil des Etats n’arrangent rien. Pire, elles dégradent encore davantage la situation. La motion du libéral Peter Schilliger demandant l’exclusion, dans les analyses de l'égalité salariale, des indemnités pour travail en équipe et de piquet, a été acceptée. Une décision irresponsable selon l’Union syndicale suisse (USS), qui «va à l’encontre du cadre légal et de la jurisprudence et représente un affront pour toutes les travailleuses qui se battent depuis longtemps contre les discriminations salariales persistantes dans le monde du travail». L’USS rappelle que tous les éléments du salaire doivent être pris en compte. Par ailleurs, deux initiatives parlementaires pour renforcer la Loi sur l’égalité ont été rejetées le même jour. Elles émanent des Vertes, Léonore Porchet et Maya Graf, qui demandent des contrôles répétés des analyses salariales et la pérennisation de celles-ci au-delà de 2032 (terme fixé par la loi actuelle). L’USS appelle le Parlement à prendre rapidement des mesures supplémentaires pour lutter contre les inégalités, au lieu de les tolérer. 

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