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Le combat syndical, dans la joie

Isabelle Houenou
© Thierry Porchet

Militante syndicale et employée de longue date dans l’industrie horlogère, Isabelle Houenou est la première femme à présider Unia Neuchâtel.

Après une longue journée de travail de contrôle qualité dans une entreprise horlogère à La Chaux-de-Fonds, Isabelle Houenou vient de rentrer dans son petit appartement à Colombier. Avec le sens de l’accueil et une bonhommie contagieuse, la quinquagénaire plonge dans ses souvenirs. «Déjà petite, à 7 ou 8 ans, je me rebellais contre les injustices au sein de ma famille. Mon frère ne devait pas faire la vaisselle, alors que moi oui! Mais j’avais dit à ma mère de me donner 50 centimes pour la faire.» Ses premières négociations salariales en somme. Féministe de toujours, révoltée face aux inégalités, elle vit pleinement sa crise d’adolescence, une crête sur la tête. «J’étais dans le mouvement punk. Pour être autonome afin de quitter la maison, je voulais faire un apprentissage dans la vente, car c’était le plus court», se remémore celle qui a grandi à La Chaux-de-Fonds. Sauf que ses parents insistent pour un apprentissage de commerce. «Je me suis déguisée en “standard” pour l’entretien d’embauche. Mais ensuite, j’y suis allée avec mon long manteau noir et mon look “à la Cure” (du nom du groupe, ndlr). J’ai commencé le 8 août 1988. J’ai fait 8 mois, se souvient l’adepte des chiffres et des signes du destin. Je ne supportais pas d’être assise à un bureau. J’aimais surtout dépanner la photocopieuse. Enfant, je démontais et remontais une petite radio.» S’engage alors un parcours professionnel atypique, à commencer par un apprentissage de mécanicienne sur machines à écrire, métier qui deviendra rapidement obsolète.

 

Engagée politiquement

Elle se marie, devient mère, vit au Locle, puis dans le Val-de-Ruz. «Après un moment d’arrêt pour m’occuper de mes deux enfants, je me suis engagée politiquement dans le Parti socialiste pendant vingt ans comme membre, militante, puis secrétaire, présidente de section et conseillère générale à Savagnier. J’ai été, après la fusion des communes, secrétaire au Parti socialiste neuchâtelois.» Parallèlement, en 2006, elle travaille pour une grande entreprise à Fontainemelon dans le réglage de machines CNC (commande numérique par calculateur) pendant cinq ans, avant de faire huit ans de réglage de tour numérique dans une société horlogère, puis opératrice-régleuse prototypiste durant une année. 

C’est peu dire qu’Isabelle Houenou a de l’expérience et une vision large du métier et du monde ouvrier. Elle confie avoir subi des discriminations dans certaines boîtes. «Des collègues hommes ne se gênaient pas de nous dire que les femmes ne savaient pas travailler. Sans compter que nous étions, et sommes, toujours moins payées. J’ai aussi connu le timbrage pour aller aux toilettes! Et, alors que je voulais progresser dans la programmation, on m’a proposé un poste de secrétaire d’atelier, une voie complètement différente et qui stoppait ma progression.» 

 

Physiquement difficile

Ces dernières années n’ont pas été faciles. Elle divorce, change d’emploi, devient opératrice avec un travail en deux équipes, souffre d’une inflammation des nerfs d’Arnold et d’une tendinite. «Heureusement, j’ai pu sortir de la production et trouver un poste dans le contrôle qualité dans un grand groupe horloger.» N’empêche, dans son poste actuel de contrôle des pièces, la position assise et statique reste pénible. «De l’arrière des oreilles jusqu’au bout des doigts, en passant par les cervicales, les épaules et les bras, ça coince, explique-t-elle, sans se départir de son sourire. On nous avait parlé d’établis où l’on pouvait travailler debout, mais les investissements ont été gelés, malheureusement. C’est la crise!»

Hormis ses quelques années au foyer, Isabelle Houenou a toujours été syndiquée. Son engagement actif au sein d’Unia naît de l’organisation de la Grève féministe du 14 juin 2023. Une révélation qui la motive à intégrer le comité industrie de la région, puis à rejoindre le groupe d’intérêts femmes et le comité central comme représentante de l’industrie depuis la fin de l’année passée.

Quand Christian Weber a annoncé qu’il allait quitter la fonction de président, elle se voyait devenir vice-présidente. «Finalement, voilà que je me retrouve présidente! Heureusement, Christian est encore là», indique-t-elle. Sa longue expérience politique, mais aussi de monitrice de gymnastique, sans compter son sens de l’engagement et de l’humour, sont autant d’atouts pour la première femme présidente d’Unia Neuchâtel. Ses combats principaux seront ceux de l’égalité salariale et de l’amélioration des conditions de travail pour toutes les travailleuses et les travailleurs. L’éternel optimiste explique: «Si l’on voit le verre à moitié vide, on n’avance pas. En me levant le matin, j’ai toujours envie d’améliorer les choses. Je rêve qu’on puisse travailler quatre jours par semaine en étant payé décemment. C’est en se battant ensemble avec le sourire et dans la joie qu’on y arrivera.» 

Une vidéo de Thierry Porchet. 

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