Trois ans et demi. C’est le temps qu’il a fallu au Conseil fédéral pour accoucher d’un timide projet de loi sur la deuxième étape de mise en œuvre de l’initiative «pour des soins infirmiers forts». Quelques mois auront suffi à la commission chargée du dossier au Conseil national, dominée par la droite, pour vider ce texte de sa substance. Pourtant, la proposition du gouvernement était déjà très en deçà des objectifs de l’initiative populaire qui, en novembre 2021, avait remporté un succès sans appel dans les urnes. Avec 61% de oui, la majorité du peuple et des cantons s'était clairement prononcée en faveur d’un renforcement des soins infirmiers. La pandémie de Covid sévissait alors et on entendait encore l’écho des applaudissements aux balcons qui, au début de la crise, remerciaient le personnel soignant pour s’être retrouvé en première ligne contre le coronavirus.
Cela avait déclenché une prise de conscience sur la dureté du métier exercé par les personnes qui prennent soin de nous lorsque nous faisons face à des problèmes de santé. Lourde charge de travail, situations stressantes, horaires irréguliers et de nuit sont le lot quotidien des infirmières et des infirmiers. Tout cela pour des salaires loin d’être mirobolants. Pas étonnant que le nombre de celles et ceux qui, épuisés, abandonnent la profession en cours de route ne cesse de grossir, aggravant la pénurie de personnel médical. Après l’entrée en vigueur, en 2024, du premier volet de l’initiative, portant sur la formation, la deuxième étape est censée améliorer les conditions de travail dans la branche. Mais force est de constater que le bel élan de solidarité manifesté lors de la crise sanitaire s’est essoufflé. Du moins chez les élus de droite. Pour eux, pas question de réduire la durée maximale de la semaine de travail, ni de mieux payer les heures effectuées le dimanche et les jours fériés.
Cette tendance à bafouer la volonté populaire devient hélas récurrente dans le camp bourgeois, qui abuse de sa position de force au Parlement. Mauvais perdant, il rechigne régulièrement, après une défaite en votation, à se plier au verdict du peuple. C’est également le cas, par exemple, avec la 13e rente AVS, à laquelle le Conseil national ne veut octroyer qu’un financement temporaire. Mais disposer de la majorité parlementaire ne permet pas pour autant d’imposer sa loi envers et contre tout, surtout dans un système de démocratie semi-directe tel que le nôtre. C'est d'autant plus vrai que, vu les scores de ces initiatives dans les urnes, il est clair que les partis de droite sont en porte-à-faux – sur ce genre de sujets – avec une part non négligeable de leur propre base électorale. Alors oui, renforcer les soins infirmiers représente un certain coût. Mais on ne lésine pas sur la santé. C’est une question de priorités. Quand il s’est agi de voler au secours de Credit Suisse, on a bien sorti des milliards d'un chapeau…