Vaud: défis sociaux pluriels

Cortège du 1er Mai à Lausanne.
© Olivier Vogelsang

Venus de Lausanne mais aussi d’Yverdon, de Nyon, de Vevey et de la vallée de Joux, plus de 500 participants ont défilé dans les rues de la capitale vaudoise réunis sous les bannières syndicales, des partis de gauche et d’associations et groupements divers. Un cortège haut en couleur, musique et revendications plurielles. Sur la place de la Riponne, point de départ du rassemblement, différents orateurs se sont succédé. Ouvrant les feux, Arnaud Bouverat, secrétaire régional d’Unia Vaud, a souligné que le monde espéré de l’après-Covid ne s’est pas réalisé, estimant plus impératif que jamais l’appel à la paix, à la liberté et à la solidarité lancé par les organisations de travailleurs sur fond de guerre en Ukraine. Un credo repris par Bounouar Benmenni, président d’Unia Vaud, qui a élargi son intervention aux luttes sociales en cours. «Dans notre pays, l’importante Convention nationale de la construction doit être renouvelée et améliorée d’ici à la fin de cette année, mais la Société suisse des entrepreneurs balaie toute amélioration et envisage un vide conventionnel», s’est-il indigné, annonçant la manifestation prévue le 25 juin prochain à Zurich pour protester contre cette situation. Un combat qui ne se limite pas à ce secteur. «Il est aussi celui de nombreux autres collègues dont les conditions de travail sont en cours de négociation, comme dans l’industrie des machines, celle horlogère, le second œuvre romand et le commerce de détail.» Et l’homme d’insister sur une nécessaire revalorisation des salaires face à des gains de productivité injustement redistribués, l’inflation et la flambée prévue des primes maladie. Une revendication concernant aussi le domaine de la santé. Vanessa Deroche, du SSP, a relayé la colère des soignants confrontés aux mesures d’économies dans la branche. Cette infirmière, responsable d’unité, a illustré la problématique en mentionnant sa paie: 4300 francs pour une activité à 80%. Et a invité la foule à scander un «personnel surmené, patients en danger». La tribune improvisée a servi encore à la défense de différentes causes comme l’introduction d’un salaire cantonal minimum, d’un congé parental ou le plafonnement des hauts revenus. Hérissé de drapeaux et de pancartes, barré de banderoles, le défilé s’est mis ensuite en marche en musique avant de procéder à une nouvelle halte. Un arrêt qui aura permis à Aurélien Baud, de la Grève du climat, d’alerter sur la situation environnementale. «Le tableau s’assombrit jour après jour. Il nous reste deux ans et onze mois pour inverser la tendance», a averti en substance le jeune homme, avant d’évoquer, dans un discours sensible, des pistes afin de sortir de l’impasse productiviste. Il a entre autres mis l’accent sur l’exigence de se réinventer et de construire des alliances pour une justice climatique et sociale. Marie-Odile Heim, de la Grève féministe, s’est concentrée pour sa part sur la lutte contre AVS21. Cette infirmière au chômage de 60 ans – alors que la demande en personnel est pourtant élevée dans le domaine – a lancé un «cherchez l’erreur...». Et a suggéré aux hommes de se mobiliser avec les femmes pour que l’âge de la retraite ne soit pas, demain, relevé à 66, voire 67 ans. Virginie Zürcher, de Syndicom, a clôturé les allocutions, appuyant notamment, en ces temps troubles, sur une indispensable liberté de la presse. Avant d’inviter l’assemblée à œuvrer ensemble pour davantage de solidarité. Si Walter, un ressortissant d’Uruguay croisé dans le cortège, voit dans le 1er Mai la possibilité d’extérioriser nombre de revendications, il déplore que «l’unité affichée souvent ne se concrétise pas dans la réalité». «Il faudrait nommer des ambassadeurs animés d’un esprit de négociations pour tisser des liens entre les groupes.» Le 1er Mai s’est terminé par des moments de convivialité et animations dans les jardins du casino de Montbenon.