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Un 8 mars haut en colère!

Manifestation femmes 8 mars à Genève.
© Thierry Prochet

A Genève, les manifestantes ont exprimé leur colère en fin d'après-midi.

Partout dans le pays des manifestations se sont déroulées à l'occasion de la Journée internationale des femmes

Le temps d'agir est venu

A Genève, environ 300 personnes se sont rassemblées au Jardin anglais pour dire stop aux discriminations dont sont victimes les femmes et préparer la suite de la mobilisation

Inégalités salariales, hausse de l'âge de la retraite, précarité, violences, harcèlement et travail de care non rémunéré: le cahier de doléances des femmes est fourni. Afin que l'égalité devienne, enfin, effective en Suisse et que la majorité silencieuse soit, enfin, entendue, les Genevoises ont appelé le 8 mars à une nouvelle grève des femmes.

«Le temps des mesurettes est révolu!» Le message envoyé par Genève lors du 8 mars est clair: les femmes ont assez attendu, elles ne peuvent plus et ne veulent plus tolérer les violences et les discriminations dont elles sont victimes. «L'ampleur de la mobilisation à l'occasion de ce 8 mars en Suisse montre notre ras-le-bol face à un Parlement qui se moque des femmes, s'est exprimée Audrey Schmid, secrétaire syndicale d'Unia, au Jardin anglais, au pied des statues des Dames Genève et Helvétie. L'an passé nous avons combattu fermement la hausse de l'âge de la retraite des femmes en refusant Prévoyance vieillesse 2020, et le Gouvernement revient à la charge avec la retraite à 65 ans, c'est un cauchemar. Pour que l'égalité salariale passe du principe à la réalité, nous voulons des contrôles dans les entreprises et des sanctions pour celles qui ne jouent pas le jeu.» Devant près de 300 personnes rassemblées pour l'occasion, femmes, hommes et enfants, syndicats, partis de gauche mais aussi le milieu associatif se sont exprimés sur l'urgence de mettre fin à ces discriminations. «La loi sur l'égalité entre femmes et hommes (LEg) n'a pas permis de combler les inégalités, regrette Anne Michel, du SSP. La révision de la loi, déjà fortement affaiblie, a été renvoyée en commission par les Chambres car jugée trop contraignante. Ce mépris envers les femmes est choquant et honteux.» Pour les femmes présentes, de la jeune génération aux retraitées, la cause des femmes n'est pas entendue, mais elle n'est pas pour autant perdue. «L'égalité n'est pas un rêve, mais un combat qui est possible», a scandé une militante d'Ensemble à Gauche.

Agir, maintenant!
Selon les oratrices, l'égalité entre femmes et hommes en Suisse stagne, voire recule. «En 1971, nous avons obtenu le droit de vote et, en 1981, l'égalité a été ancrée dans la Constitution, rappelle Marjorie de Chastonay, présidente des Verts de Genève qui souligne qu'une seule femme est élue au Conseil d'Etat genevois. Tout aurait dû être réglé, mais il a fallu créer la LEg en 1996 pour faire appliquer l'égalité. Et aujourd'hui, en 2018, les femmes sont toujours moins rémunérées que les hommes, et les plaintes pour inégalité salariale n'aboutissent pas ou ne permettent pas de jurisprudence sérieuse.» Les femmes suisses gagnent encore en moyenne un cinquième de moins que les hommes et 42% de la différence salariale repose sur la discrimination pure et simple. Ce sont environ 585 francs par mois qui manquent à chaque femme pour la simple raison d'être femme. Elles sont aussi les championnes de la précarité en occupant 70% des emplois à bas salaire mais aussi les temps partiels, les contrats à durée déterminée (CDD) et le travail sur appel. «Arrêtons de croire que la bonne volonté de nos élus suffira, reprend Marjorie de Chastonay. Seules les mesures contraignantes marcheront, sans quoi, nous devrons croiser les bras de manière significative.» Pour arracher des avancées, reprend Audrey Schmid, il va falloir que les femmes continuent à lutter pour leurs droits. Comme le 14 juin 1991, les organisations appellent à une nouvelle grève des femmes, massive. «Nous ne pouvons plus rester inactives, a ajouté une militante de la liste Egalité et Equité pour le Grand Conseil. Le combat est dur, mais il est nécessaire. Les lois existent mais ne sont pas appliquées car l'égalité dérange. A nous de changer la donne.»

Manon Todesco

 

Réactions
A l'issue des prises de parole, un petit groupe d'amies retraitées se livre avant de filer sur l'autre rive pour participer à la marche nocturne féministe. Syndiquées, membres d'organisations qui luttent pour les droits des femmes ou anciennes membres du MLF, elles se présentent comme des «vieilles féministes». «Le 8 mars est une journée d'action symbolique: il est important pour nous d'y participer. La Suisse fait du sur-place en matière d'égalité hommes-femmes, il faut se battre et on y arrivera, même si cela doit prendre du temps.» La priorité aujourd'hui? «L'égalité effective des droits est le commencement de la justice. Que les femmes gagnent au moins la même chose que les hommes, ce serait donc le minimum!» Bien sûr, maintenir la retraite à 64 ans pour les femmes est aussi une évidence, et plus largement, «mettre fin au féminicide».
MT

 

Une campagne de récolte de signatures menée avec punch

Unia Transjurane a déposé son initiative cantonale sur l'égalité salariale


Dans le canton du Jura, le 8 mars a été marqué par le dépôt de la première initiative cantonale visant à mettre en œuvre l'égalité des salaires. Unia Transjurane a aussi distribué des informations dans les entreprises, et animé, le soir, une table ronde sur la problématique.


Unia Transjurane a déposé le 8 mars son initiative cantonale «Egalité salariale? Concrétisons!» visant à matérialiser la parité des rémunérations. Il n'a fallu que neuf mois au syndicat pour récolter près de 3500 signatures alors que 2000 paraphes sont nécessaires. «Nous avons récolté les signatures avec punch, nous étions présents à toutes les manifestations publiques et beaucoup de nos membres nous ont renvoyé des feuilles», se félicite Marie-Hélène Thies, responsable du Groupe des femmes d'Unia Transjurane. «On nous a rarement refusé une signature, c'est donc un problème de fond, qui touche au cœur aussi bien les hommes que les femmes, les jeunes, mais également les anciens. Les inégalités se répercutent aussi sur les rentes; des retraitées m'ont dit que toute leur vie elles ont eu à en subir.» Outre le dynamisme d'Unia, ce succès s'explique donc sans doute par le haut niveau atteint par les écarts salariaux dans le canton du Jura, 23% selon les estimations, soit cinq points de plus que la moyenne nationale.
Encore faut-il pouvoir détecter ces inégalités. Syndiquée Unia, Maude a récolté des signatures. «Je pense qu'il y a quelques inégalités dans ma boîte, mais je n'en ai pas la preuve», explique cette opératrice en emboîtage de mouvements horlogers qui était présente à la Chancellerie pour le dépôt du texte. «Dès l'embauche, on nous fait comprendre que c'est une question taboue. Il n'y a pas de tableau des salaires, il est difficile d'en parler entre collègues et, faute de transparence et d'éléments de comparaison, nous ne pouvons pas nous défendre.» Pour Marie-Hélène Thies, vérifier les entreprises de plus de cinquante employés, comme le propose dans son projet la conseillère fédérale Sommaruga, ne suffit pas: «Sur le plan national, seulement 2% des entreprises seront concernées et la moitié des salariés, ce sera encore moins dans le Jura dont le tissu économique est formé de petites boîtes. La récente loi islandaise, avec des contrôles pour les sociétés de plus de 25 collaborateurs et des sanctions à la clé, est à nos yeux une meilleure solution.» L'initiative d'Unia Transjurane est rédigée en termes généraux et le Parlement aura pour tâche d'élaborer le texte. Avec sa majorité de droite et après les micmacs sur le salaire minimum, on n'est pas à l'abri d'un mauvais coup de ce côté-là. En prévision, Unia Transjurane va constituer un large front réunissant les partis politiques de gauche, les autres syndicats et les associations progressistes. «On va continuer à s'activer et à lutter», assure la secrétaire syndicale. «Nous allons dès à présent mener campagne dans les entreprises pour informer les travailleuses et les travailleurs.» Et le syndicat prévient qu'il dénoncera publiquement toute pratique de discrimination salariale. «On a perdu patience, on est fâché, on ne se laissera plus faire!»

Jérôme Béguin

 

«Il faut des contrôles, il faut des sanctions»

A l'occasion de la soirée conviviale organisée par Unia Transjurane au SAS de Delémont, quelque septante personnes ont suivi une table ronde sur le thème de l'égalité salariale. Invitée, Corinne Schärer, membre du comité directeur d'Unia et responsable de la politique d'égalité du syndicat, en a profité pour féliciter la région Transjurane pour le dépôt de son initiative en faveur de l'égalité salariale: «C'est une très bonne chose, cela montre qu'il est possible de récolter des signatures sur cette thématique qui touche les gens.» «Aujourd'hui, c'est un jour de colère, a poursuivi la responsable syndicale. Trente-sept ans après l'inscription de l'égalité dans la Constitution fédérale, l'égalité salariale n'est toujours pas une réalité, les droits des femmes ne sont pas respectés. Et voilà que le Conseil des Etats se refuse à traiter d'un changement nécessaire de la loi! Un projet pourtant très modéré! Il faut que nous nous mobilisions dans la rue, mais aussi dans les entreprises. Une manifestation nationale est prévue le 22 septembre et ensuite il faudra envisager de lancer une initiative fédérale, voire une nouvelle grève des femmes.» Second intervenant, Thomas Sauvain, secrétaire de l'Union syndicale jurassienne, a tiré un bilan plutôt négatif de ces dernières décennies: «Les progrès sont infimes, pour moi rien n'a changé depuis la grève des femmes de 1991, il paraît évident que la politique du volontarisme ne fonctionne pas.» Martine Docourt, coprésidente des Femmes socialistes suisses, a abondé dans son sens: «Il y a toujours une excuse pour ne pas mettre en œuvre des mesures, on trouve toujours des raisons pour dire que ça ne fonctionne pas.» Pour cette Jurassienne d'origine, aujourd'hui députée neuchâteloise, il faut utiliser «tous les leviers possibles jusqu'à ce qu'on arrive à une telle pression que les mesures s'imposent». «Les employeurs doivent absolument contrôler les salaires et, s'ils ne font pas ce travail, il faut les sanctionner», a souligné Corinne Schärer.

«Il faut aussi des quotas»
«Il faut des contrôles et des sanctions, certes, mais aussi des quotas», estime Thomas Sauvain. «Ce n'est pas le Parlement, dominé par les hommes, qui va aller dans le sens des femmes. Ce n'est sans doute qu'avec des quotas qu'on arrivera à faire évoluer les mentalités, car il faudra bien changer ces dernières pour arriver à l'égalité salariale. Et les inégalités salariales ne sont qu'un aspect de la domination patriarcale. C'est quand même fou qu'on en soit aujourd'hui encore à discuter du droit des femmes à disposer de leur corps», a constaté le syndicaliste. «Il est vrai que si on remplace Blocher par sa fille, ça ne va peut-être pas changer beaucoup les choses», a-t-il encore plaisanté. Pour Martine Docourt, le changement commence par l'éducation et cela dès le plus jeune âge: «A la crèche, lorsqu'un enfant est malade, on appelle en premier la maman», a relevé la socialiste en invitant à «agir sur les stéréotypes». Concluant les interventions, Corinne Schärer a attiré l'attention sur le caractère encourageant du mouvement contre les violences sexuelles et le sexisme: «De jeunes femmes sont prêtes à lutter, on est encore loin du changement, mais il y a des signes positifs.»
La soirée s'est poursuivie avec des concerts des Fées Minées et de DJ Miss Ghyss.

Jérôme Béguin

 

Solidaires avec les migrantes et leurs enfants

Le Collectif «Appel d'elles» a remis à la Chancellerie fédérale une pétition munie de 8371 signatures réclamant davantage de solidarité avec les femmes fuyant leur pays

«Le système actuel fait que les violences subies par les femmes ne sont pas prises en compte par les mécanismes de l'asile. Leurs droits élémentaires sont bafoués parce qu'on refuse de les entendre.» Ce 8 mars, habillées majoritairement de noir, des représentantes du Collectif «Appel d'elles», accompagnées d'un chœur de militantes, ont remis 8371 paraphes à la Chancellerie fédérale. Participaient aussi à la conférence de presse organisée préalablement des exilées venues témoigner de leur situation et des personnalités politiques.
Pour mémoire, l'Appel d'elles réclame davantage de protection pour les femmes sollicitant l'aide de la Suisse à la suite d'agressions sexuelles et de viols dans leur pays d'origine ou sur la route de l'exil. Il a été lancé il y a exactement une année par une coalition d'organisations actives dans la défense et l'aide aux migrants et les droits des femmes. Concrètement, les auteurs et les signataires issus des milieux les plus divers (artistique, social, académique, politique, juridique, paysan) demandent instamment aux autorités de reconnaître les violences faites aux migrantes et d'entrer en matière sur leur demande d'asile. Il exige également la prise en charge systématique des victimes ayant des séquelles physiques et psychologiques. Et prie le Secrétariat d'Etat aux migrations et le Conseil fédéral de cesser immédiatement les renvois des exilées et de leurs enfants vers l'Italie ou tout autre pays n'étant pas en mesure de les assister. Et l'alliance de relever dans un communiqué: «De nombreux témoignages recueillis auprès des migrantes montrent qu'elles plongent dans le désespoir, tombent malades, disent préférer mourir que de repartir. Ajouter aux violences déjà vécues, cette autre forme de violence qu'est la non-entrée en matière est un traitement indigne de la Suisse. En expulsant ces femmes de Suisse au nom des accords de Dublin ou avec d'autres motivations, l'administration fédérale, qu'elle le veuille ou non, met en danger leur vie et celle de leurs enfants.»
Pour le Collectif - soutenu par une cinquantaine d'associations - le traitement réservé à de nombreuses exilées demandant l'aide de notre pays est d'autant plus inadmissible que la Loi sur l'asile reconnaît depuis 1998, «qu'il y a lieu de tenir compte des motifs de fuite spécifiques aux femmes». Dans ce contexte, il a demandé à être reçu par la conseillère fédérale Simonetta Sommaruga en charge du Département de justice et police. Le but de cette rencontre? «Débattre de comment les personnes victimes de violences sexuelles peuvent bénéficier d'une meilleure protection et d'un examen approfondi de leur demande d'asile, quelle que soit la route qui les a menées en Suisse.»
SM

 

Le 8 mars dans le monde

De Los Angeles à Séoul, en passant par Madrid et Paris, la Journée internationale des droits des femmes a été fortement empreinte du mouvement MeToo. Plus qu'une prise de conscience, davantage qu'une libération de la parole, l'affaire Weinstein a marqué un tournant. Elle a déclenché une véritable mobilisation féministe aux quatre coins du monde contre la domination patriarcale de nos sociétés. En Espagne, près de 6 millions de femmes ont cessé le travail, paralysant littéralement le pays. En Corée du Sud, des centaines de manifestants ont fait un sitting pour demander que les auteurs d'infractions sexuelles soient traduits en justice. A Paris, plus de 1500 personnes ont bravé la pluie pour dénoncer les inégalités de salaires et l'impunité du viol. A Mossoul, en Irak, le premier «marathon» féminin de l'histoire de la ville s'est déroulé pour redonner leur place aux femmes, longtemps tenues à l'écart et victimes des violences de Daech. Ce ne sont là que quelques exemples. Maintenant, reste à faire perdurer ce mouvement. Les Femen à Paris parlent même de Printemps des Femmes à venir...
MT