Alors qu’à Fribourg, La Liberté, La Gruyère et La Broye Hebdo vont fusionner leurs rédactions et supprimer dix-huit postes, à Bienne, TeleBielingue licencie l’ensemble de son personnel.
Coup de tonnerre dans le paysage médiatique fribourgeois! Le groupe St-Paul Médias, éditeur du quotidien La Liberté, de La Gruyère (qui paraît trois fois par semaine) et de La Broye Hebdo, a annoncé fin avril que les rédactions des trois titres allaient fusionner en une seule, répartie sur les sites de Fribourg, Bulle et Payerne. Cela provoquera la suppression de dix-huit postes en équivalents plein-temps (sur un total de 113), dont treize au sein des rédactions et cinq dans le département marketing.
La restructuration prendra effet au début de 2027. En plus des emplois, elle affectera aussi l’offre éditoriale, ainsi que les horaires d’impression de La Liberté, qui seront avancés en début de soirée. Pour les équipes déjà mises à rude épreuve par des mesures d’économies et une réduction d’effectifs au printemps 2025, c’est un nouveau coup dur, même s’il était attendu. L’année dernière avait également été marquée par la disparition d’un autre journal du groupe, l’hebdomadaire veveysan Le Messager, qui a cessé de paraître en décembre.
«St-Paul Médias doit prendre des mesures douloureuses, mais nécessaires pour garantir la viabilité de ses trois titres», a déclaré le 30 avril devant tout le personnel, Martial Pasquier, président du conseil d’administration de la société, cité par La Liberté. Avec Serge Gumy, directeur de St-Paul Médias, il a affirmé que le but n’est pas de verser des dividendes aux actionnaires mais de renouer avec les chiffres noirs, malgré la baisse des recettes, et d’assumer d’importants investissements, notamment dans le numérique. En dépit des mesures d’économies prises l’an dernier, les comptes sont restés déficitaires. Le groupe n’a pas indiqué combien d’économies il comptait réaliser avec cette restructuration.
Les inquiétudes du personnel
Les salariées et les salariés ont exprimé le jour même, via un communiqué de presse de la Société des rédactions, leurs inquiétudes face à la situation: «Nous attendons que le dialogue social qui s’amorcera prochainement entre les représentants des rédactions, du département marketing et la direction soit à la hauteur du coût humain de ces annonces. Nous appelons au respect de l’engagement pris par la direction de mettre tout en œuvre pour limiter les licenciements.»
Le personnel s’est aussi dit «perplexe» vis-à-vis de la stratégie du groupe, qui «donne l’impression que nous produirons davantage de contenus… avec moins de personnel. Déjà mis sous pression par une baisse constante des effectifs depuis plusieurs années, les journalistes des titres de St-Paul Médias doivent au quotidien faire des choix, et renoncer à couvrir certains sujets.» Un dilemme que les délais de bouclage avancés ne feront qu’accentuer, en compromettant la couverture de certaines actualités, en particulier dans les domaines politique, sportif et culturel. «Dans un contexte de baisse des revenus des abonnements, nous craignons que les choix arrêtés par la direction ne permettent pas d’assurer la pérennité des titres.»
A prendre ou à laisser
Une série d’entretiens individuels a été lancée, lors desquels certains employés reçoivent un congé-modification, autrement dit un licenciement suivi d’une réembauche à un nouveau poste ou à de nouvelles conditions. «Cela peut par exemple impliquer un changement de lieu de travail, de fonction ou de cahier des charges parfois important, confie Julie Rudaz, présidente de la Société des rédactions. Et ce sont des offres à prendre ou à laisser, c’est-à-dire que, si on refuse, on est licencié.» Ce n’est qu’au terme de ce processus que la direction précisera combien de personnes seront licenciées et qu’on saura si le quota légal rendant obligatoire la négociation d’un plan social est atteint.
«Pour l’instant, c’est difficile d’y voir clair, constate Etienne Coquoz, codirecteur d’Impressum, l’association des journalistes suisses. Les dix-huit suppressions d’équivalents plein-temps annoncées devraient correspondre à au moins 25 personnes, en tenant compte des temps partiels. Mais on ignore encore s’il s’agira de licenciements, de congés-modifications, de réductions du temps de travail ou de départs à la retraite anticipée. On attend le dénouement. Il y a un temps de latence qui devrait durer jusqu’en juin. D’ici là, nous soutenons les collaborateurs et les collaboratrices dans leurs démarches individuelles, nous répondons à leurs inquiétudes.»
Julie Rudaz déplore que tout cela se soit fait sans consulter les personnes concernées. «Nous espérons que des solutions intermédiaires, qui conviennent à tout le monde, pourront encore être trouvées. Nous avons par ailleurs demandé qu’un guichet de départs volontaires soit mis en place, mais en l’état, ce n’est pas prévu.» Pour elle, la direction devrait davantage écouter les salariés. «C’est aussi dans son intérêt que les gens qui vont rester soient motivés par ce qu’ils feront.»
Par ricochet, la restructuration de St-Paul Médias aura également un impact sur Le Courrier de Genève, qui reprend une partie du contenu rédactionnel de La Liberté. «Comme le journal va se recentrer sur Fribourg, nous pourrons reprendre moins d’articles, en particulier sur l’actualité suisse et culturelle, note Philippe Bach, membre du comité de rédaction du Courrier. Cela va nous obliger à être plus inventifs. Mais ce ne sera pas insurmontable.»