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Parler pour ceux qui n’ont pas de voix

Marie Reinmann
© Thierry Porchet

«J’ai beaucoup de collègues qui souffrent en silence, qui n’osent pas faire valoir leurs droits: il faut des gens engagés pour défendre ces employés!», note Marie Reinmann.

A 32 ans, l’horlogère Marie Reinmann est le nouveau visage d’Unia chez Jaeger-LeCoultre au Sentier. En effet, elle a été choisie pour briguer la fonction de déléguée syndicale au mois de février. Elles sont deux, pour plus de 1000 employés. «Le processus a pris un an et demi, mais je n’ai pas lâché. Je me suis intéressée à ce qu’impliquait ce rôle, j’ai été au comité des horlogers d’Unia où j’ai trouvé que l’énergie était incroyable et j’ai suivi des formations dispensées par Movendo.» La décision a été mûrement réfléchie. «Je me suis posé beaucoup de questions et j’ai eu des inquiétudes: est-ce qu’on ne va pas me mettre des bâtons dans les roues?» Mais la soif de justice et l’envie de venir en aide aux autres ont été plus fortes pour cette membre d’Unia depuis dix ans. «J’ai moi-même été confrontée à des difficultés au travail l’année dernière, qui relevaient selon moi de l’injustice. Ça n’a pas été facile sur le coup, mais au final, ça m’a fait grandir et donné la niaque d’aller de l’avant. J’ai toujours été docile, on m’a éduquée dans le respect des autres, jusqu’à ce qu’on me manque de respect à moi, et là, la donne a changé. J’ai beaucoup de collègues qui souffrent en silence, qui n’osent pas faire valoir leurs droits: il faut des gens engagés pour défendre ces employés!»

 

La peur, c’est souvent ce qui freine les travailleurs de l’horlogerie. La peur de se syndiquer, la honte de dire qu’ils le sont ou encore la crainte de s’exposer en tant que représentant du personnel. «Au vu de la conjoncture économique dans le secteur, beaucoup supportent et prennent sur eux, par peur de perdre leur emploi. Nous avons aussi une grosse proportion de travailleurs frontaliers, avec des crédits immobiliers sur le dos, qui préfèrent faire profil bas», souligne Marie Reinmann, qui nous a donné rendez-vous au café de l’Hôtel des Horlogers, au Brassus, alors qu’elle est en RHT. «Les délégués syndicaux ne sont pas suffisamment protégés contre les licenciements, voilà pourquoi les gens ont de la peine à s’engager.»

 

Passionnée et déterminée

L’horlogerie est devenue une vraie passion pour la militante, même si ce n’était pas son premier choix. «Quand je suis arrivée du Cameroun, j’avais tout juste 16 ans et je voulais travailler dans l’immobilier, mais je n’ai pas trouvé de place d’apprentissage. J’ai postulé chez Jaeger-LeCoultre qui cherchait une apprentie opératrice. J’ai tout de suite adoré ce que j’ai vu: la créativité, l’innovation, c’était fabuleux. L’entreprise m’a ensuite donné la possibilité de passer le CFC d’horlogère en alternance avec l’Ecole technique de la vallée de Joux. Ce métier me passionne depuis le début, et j’ai toujours travaillé pour la même entreprise, ce qui explique que j’ai une certaine loyauté.» Guidée par la soif d’apprendre et d’évoluer, Marie Reinmann aimerait relever un autre défi dans la direction d’équipe: «J’aimerais devenir une bonne manager qui accompagne ses collaborateurs pour s’élever ensemble.»

 

En attendant, c’est la mission de déléguée syndicale qui lui incombe. «Avant, on parlait plus librement d’Unia. Aujourd’hui, les collègues sont sur la retenue ou ne connaissent même pas le syndicat. C’est dommage, car ils ne se rendent pas compte des combats qui ont été menés par les anciens. Ce ne sont pas des acquis: si on ne continue pas à se battre pour les conserver, on risque de les perdre!» Marie Reinmann remercie Unia qu’elle qualifie de pain bénit pour les employés de l’horlogerie. «Unia œuvre pour notre bien-être, il se bat pour notre CCT et, grâce à lui, nous avons des augmentations significatives de salaire.» La mission qu’elle se donne: parler pour les gens qui n’ont pas de voix. «Aujourd’hui, je me sens libre et prête à me battre pour la justice.»

Une vidéo de Thierry Porchet. 

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