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A Neuchâtel, les nobles visées du nouveau secrétaire régional

Portrait de Thor Maeder-Gerber
© Thierry Porchet

Actif partout dans le monde pour des programmes de coopération et de développement, Thor Maeder-Gerber entre pour la première fois dans le monde syndical.

Après une longue expérience dans la coopération internationale, qui a fait de lui un véritable baroudeur, Thor Maeder-Gerber prend la tête d’Unia Neuchâtel. Entretien dans son nouveau fief.

Alors qu’il retrace une partie de sa vie et de son œuvre, à travers une biographie d’une densité singulière, il est difficile de ne pas visualiser le mouvement rotatif d’une mappemonde. Et d’imaginer, pour chacune de ses expériences passées, une épingle à tête rouge plantée dans chacun des pays où il a un jour posé ses bagages. Thor Maeder-Gerber a beaucoup baroudé au cours des dernières décennies, mais cette bougeotte au long cours connaîtra peut-être une trêve durable. Le quinquagénaire, résident de Villeret, dans le Jura bernois, a été nommé il y a quelques semaines au poste de secrétaire régional d’Unia Neuchâtel. Il a officiellement succédé, le 1er juin dernier, à Silvia Locatelli, partie rejoindre le comité directeur de la même organisation. Désormais plongé dans un cadre géographique plus resserré, le syndicaliste ouvre une nouvelle page de son curriculum et se lance dans des défis qu’il juge «très stimulants».

L’égalité des genres comme mission

Pour l’heure, la priorité est ailleurs. Il en parle à quelques pas de son bureau, dans une salle de réunion où il accueille chaleureusement ses visiteurs et prend le temps de présenter son parcours, d’un ton posé et affable: «Je suis encore dans cette phase où il est nécessaire de faire connaissance avec les réalités de chacun, au sein de l’équipe comme à l’extérieur. Il faut, en quelque sorte, entrer dans la vie des gens.» Les ambitions et les aspirations pour la suite ne manquent pas pour autant. Mais avant de s’y attarder, regardons dans le rétroviseur pour évoquer son passé. Longtemps engagé dans la coopération internationale, Thor Maeder-Gerber a donc parcouru plusieurs continents.

Quelques exemples? Il a œuvré pour le compte de la Direction du développement et de la coopération (DDC) dans le Caucase, au Sahel et, plus largement, en Afrique subsaharienne ou en Asie du Sud-Est. «Les projets que je menais portaient souvent, mais pas exclusivement, sur la question de l’égalité des genres. Dans les faits, il s’agissait à chaque fois de plonger dans des réalités compliquées, de comprendre qui étaient les acteurs en présence, de s’intéresser au fonctionnement de l’économie et des marchés locaux, de saisir par exemple comment était organisée la gestion des semences au Zimbabwe. Je partais toujours avec des questions précises et je me retrouvais immanquablement confronté à des réponses bien plus complexes.»

Un principe de réalité qu’il a également expérimenté aux Nations Unies, pour lesquelles il est parti en mission au Laos, mais aussi au sein d’une ONG en Tanzanie et pour Caritas Suisse en Haïti. «Je m’y suis établi en 2021. Quelques semaines plus tard, le président était assassiné et, dans la foulée, un terrible tremblement de terre a frappé le pays. La situation est devenue très difficile. J’ai dû mettre rapidement sur pied des mesures destinées à soulager la population, notamment à travers une aide financière d’urgence.»

Le nouveau secrétaire régional a également évolué dans d’autres domaines, bien éloignés de la coopération internationale. Entre 2014 et 2019, il a dirigé le Parc naturel régional du Doubs, où il a fédéré les multiples acteurs du terrain et valorisé le riche patrimoine du site. Il a aussi endossé le rôle de manager stratégique au Centre hospitalier Bienne. «Une expérience enrichissante, durant laquelle des corps de métiers très différents se sont réunis pour réfléchir aux réformes nécessaires au bon fonctionnement de l’institution.»

A la rencontre de la jeunesse

Dès lors, on pourrait légitimement se demander, au regard de ce parcours particulièrement éclectique, où se situent les affinités avec son engagement syndical actuel. «J’ai aussi un passé politique, répond l’intéressé. J’ai été élu au Conseil communal de Vevey dans les rangs du Parti socialiste. Puis, j’ai cofondé SolidaritéS dans la même ville. Avec d’autres camarades, nous avons beaucoup travaillé sur la question de l’intégration des étrangers dans la vie publique et dans les processus de décision politique. Nous réfléchissions à la manière de porter cette thématique à l’échelle cantonale. Je me souviens aussi qu’à l’époque, il y a une trentaine d’années, nous luttions déjà contre l’extension des horaires d’ouverture des commerces de détail le dimanche, un thème qui reste malheureusement d’actualité. Au cours de ces combats, menés avec des travailleuses et des travailleurs, j’ai naturellement côtoyé de nombreux syndicalistes.»

Son nouveau poste ne manque pas de défis, à différentes échelles et sur des terrains variés. Certains se sont imposés très vite dans la discussion: «Je suis sensible à la nécessité de préserver autant que possible la diversité des voix au sein du syndicat. C’est un enjeu crucial à l’heure où le nombre d’adhérents tend à diminuer un peu partout. Dans le même ordre d’idées, il faut également réfléchir au modèle de financement actuel. Cela suppose aussi d’aller davantage à la rencontre des jeunes qui entrent dans le monde du travail. On dit souvent que la nouvelle génération a perdu le sens du collectif, mais, au fond, nous savons encore peu de choses des espoirs, des attentes et des aspirations de cette jeunesse.»

Un dernier défi? Le renforcement de la présence d’Unia dans certains secteurs. «La région neuchâteloise compte une forte présence industrielle, dont une grande partie est couverte par des conventions collectives. Dans le secteur tertiaire, la situation est plus complexe, notamment parce que les salariés y sont plus mobiles et qu’il est plus difficile d’y construire une présence syndicale durable.» 

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