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Migros Genève: congé-modification pour 323 étudiants

Pancarte "M comme misère".
© Olivier Vogelsang

Mardi matin, 21 juin, plusieurs étudiants employés de Migros Genève ont dénoncé avec Unia le congé-modification du géant orange. Ils refusent une flexibilisation à outrance.

Début juin, le géant orange a résilié les contrats de ses travailleurs étudiants pour modifier leurs conditions de travail. Et ce, sans en avertir l’Office de l’emploi, alors qu’il s’agit d’un licenciement collectif

Mardi matin, 21 juin, plusieurs jeunes employés de Migros Genève ont eu le courage de revendiquer leurs droits devant les vitrines de la succursale de Cornavin. Sur les pancartes: «M comme menteurs», «M comme misère», ou encore: «30 heures d’études + 10 heures de révision + 20 heures de Migros = épuisement». Ce mois, Migros a informé ses employés étudiants qu’il modifiait leurs contrats pour davantage de flexibilité. Jusqu’à présent, un étudiant pouvait avoir un contrat de 12 heures par semaine fixe, et accepter ou refuser des heures supplémentaires. Avec le nouveau contrat, il pourrait travailler entre 8 heures et 20 heures par semaine. «C’est une dégradation de nos conditions de travail qui sont déjà difficiles. Nous devons déjà travailler tous les dimanches et les jours fériés. Nous ne voulons pas devenir une variable d’ajustement et refusons cette logique de flexibilisation», dénonce Max* présent lors de l’action. La faîtière des associations étudiantes (CUAE) est là aussi pour amener son soutien, et partager son inquiétude quant à la précarisation générale des conditions de travail des jeunes.

«Nous avons été très mal informés, pas tous en même temps, et pendant nos examens! Certains gérants nous disaient de démissionner si nous ne voulions pas signer les nouveaux contrats. Au risque de subir des pénalités au chômage. D’autres nous ont assuré que rien n’allait changer. Mais alors pourquoi ce nouveau contrat?» questionne Cornelius* devant la gare Cornavin, avant de crier: «Flexibilisation, c’est non! c’est non!»

Les étudiants présents sont éreintés et craignent pour leur avenir financier. «J’ai besoin de mon job pour payer mes factures, mon loyer, l’université. Ce n’est pas de l’argent de poche, sinon je ne ferais pas ce job qui est dur, avec des journées de 10 ou 12 heures et sans dimanche ni jour férié. Dès lors, c’est difficile d’accepter une péjoration de nos conditions de travail», souligne Max. «Cela fait trop peu de temps que je travaille pour avoir le droit au chômage», indique sa collègue Emma*. Face à ce dilemme, ils ne savent pas encore s’ils signeront le contrat reçu il y a une dizaine de jours seulement.

Licenciement collectif

A leurs côtés, le syndicat Unia revient sur la genèse de ce licenciement collectif qui ne dit pas son nom. Début juin, en pleine session d’examens universitaires, des informations sur un congé-modification sont données oralement aux employés étudiants de Migros.

Nombre d’entre eux se renseignent alors auprès du syndicat qui envoie un courrier, le 3 juin, à Migros, pour attirer son attention sur le fait qu’il s’agit d’un licenciement collectif au sens de l’article 335 du Code des obligations. Une procédure de consultation est donc requise. De surcroît, selon la loi, l’Office cantonal de l’emploi doit être informé. Le 7 juin, la société coopérative Migros Genève envoie un courrier aux étudiants titré «Résiliation du contrat pour modification des conditions de travail» indiquant: «Notre collaboration nous donne aujourd’hui satisfaction. Toutefois, nous avons besoin de davantage de souplesse et de flexibilité de votre part, de manière à répondre au plus près des besoins de l’activité. Le commerce de détail stationnaire fait en effet face à de multiples enjeux; une agilité sur tous les plans est nécessaire pour sa pérennisation.» Malgré ses quelque 600 millions de francs de bénéfices en 2021, comme le rappelle, dans un communiqué, les travailleurs étudiants de Migros Genève.

Le nouveau contrat à signer prévoit un temps de travail modulable, entre 8 et 20 heures par semaine pour les nationaux et les permis C, de 8 à 15 heures pour les autres. La flexibilisation touche aussi au lieu de travail. Les employés peuvent être amenés à travailler dans toutes les succursales du canton.

Le délai de réflexion est fixé au 23 juin. A cette date, le nouvel accord signé doit être renvoyé. «Sans nouvelles de votre part d’ici là, nous considérerons que vous avez décliné notre offre. Nous mettrons alors fin au contrat de travail qui nous lie et ce, dans le délai de résiliation contractuel», indique le courrier.

Consultation nécessaire

Le 13 juin, Unia est mandaté lors d’une assemblée du personnel. Le lendemain, le syndicat écrit à Migros soulignant que ce dernier s’est «mis en défaut de la loi en ne prévenant pas l’Office cantonal de l’emploi de cette procédure et en n’ouvrant pas de période de consultation du personnel». Les revendications des étudiants: un délai d’un mois pour formuler des propositions et mieux informer le personnel; un nombre d’heures minimal garanti, notamment pour les étudiants au bénéfice d’un contrat de 10 ou 12 heures; un nombre d’heures maximal déterminé individuellement et dans une fourchette restreinte. Si des heures supplémentaires ou des affectations dans d’autres magasins sont proposées, le travailleur doit pouvoir être libre de refuser. Dans sa lettre, Migros Genève persiste et signe: «Nous n’avons adressé aucun licenciement à nos collaborateurs étudiants. Il n’y a donc pas de procédure de licenciement collectif en cours. Si, à l’issue du délai de réflexion, nous devions constater que les nouveaux contrats de travail ne nous sont pas retournés signés dans leur globalité, nous procéderions alors aux licenciements qui s’imposent, avec comme conséquence possible en effet, l’ouverture d’une procédure de licenciement collectif. Auquel cas, nous ne manquerions pas de revenir vers vous.» L’employeur rappelle: «Nos collaborateurs sont engagés pour l’ensemble du réseau de vente, et non pas pour une unité de vente spécifique.»

Par ailleurs, les étudiants demandent que deux sièges leur soient accordés au sein de la Commission du personnel (Cope), et que la gestion des plannings se fasse entièrement par les responsables des succursales. Sur ces deux derniers points, Migros souligne que la composition de la Cope vient d’être déterminée pour la période du 1er juillet 2022 au 30 juin 2026, et qu’il a rappelé à ses managers leur obligation de gérer les plannings dans leur totalité.

Au moment de l’action, le 21 juin, il ne restait plus que deux jours aux étudiants pour se décider. «Sous stress et par peur, un certain nombre ont déjà signé ce nouveau contrat», indiquait Gahla Doerig, secrétaire syndicale d’Unia Genève, durant l’action. La Chambre des relations collectives de travail (CRCT) a été saisie pour demander le gel des mesures. En raison de cette procédure, Migros n’a pas souhaité communiquer. A suivre…

* Prénoms d’emprunt.

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