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L'initiative de l'UDC menace les soins de santé à l'étranger

La résiliation de l’accord de libre circulation avec l’UE pousserait les hôpitaux européens à exiger des tarifs de soins exorbitants aux Suisses.

Nous portons tous un peu d'Europe sur nous: c’est la carte européenne d'assurance maladie bleue («European Health Insurance Card», EHIC), qui figure au verso de toutes les cartes d'assurance maladie suisses. Elle nous donne accès aux soins de santé dans l’Union européenne (UE) et dans l’Espace économique européen (EEE) si nous sommes victimes d’un accident ou tombons malades lors d’un séjour dans ces deux espaces. 

Une carte avec des avantages
La carte EHIC donne à tous les assurés suisses accès aux soins de santé pour des interventions imprévues «médicalement nécessaires», et ce aux conditions locales. Ces conditions sont souvent plus avantageuses qu’en Suisse. Et le catalogue des prestations de l’EHIC est souvent plus étendu. Parfois, les soins dentaires en font même partie. Sans les accords bilatéraux avec l’UE et la carte EHIC qui en découle, un séjour à l’hôpital en Europe – par exemple après un accident de voiture ou de ski – pourrait toutefois bientôt coûter très cher. Après une résiliation de l’accord de libre circulation entre la Suisse et l’UE, les hôpitaux européens pourraient exiger des tarifs de soins exorbitants aux assurés suisses. 

La Suisse y gagne
La carte EHIC n’entraîne pas une immigration des pauvres d’Europe de l’Est vers les systèmes de santé des pays plus riches, comme l’ont affirmé les eurosceptiques lors de la campagne sur le Brexit au Royaume-Uni. Au contraire. Notre analyse des flux financiers liés à la EHIC* montre que ce sont les pays d'Europe occidentale qui profitent le plus de cette carte. Pour la Suisse également, la carte EHIC est un avantage, car elle permet de facturer intégralement ses tarifs de soins élevés aux caisses d'assurance maladie des pays d'origine des patients étrangers titulaires de la EHIC. En 2016, les médecins et cliniques suisses ont perçu environ 74 millions de francs pour le traitement de patients étrangers titulaires de la EHIC (en moyenne 1548 euros par cas). En contrepartie, les caisses suisses n’ont dû verser qu’environ 36 millions de francs aux médecins et cliniques européens pour le traitement de patients suisses titulaires de la EHIC (507 euros par cas). Comme les cliniques européennes ne sont pas rémunérées par les caisses maladie suisses selon les tarifs suisses, mais selon les tarifs européens, le traitement des assurés suisses à l’étranger est également un avantage. Quoi qu’il en soit, le système de santé suisse profite de la libre circulation. 

Soins pour les voyageurs 
La carte européenne d’assurance maladie ne réduit certes pas les inégalités sociales. Notre étude montre même qu’elle les accentue entre les classes sociales et les régions. La carte EHIC n’en reste pas moins utile. En effet, elle concrétise un droit européen à la libre circulation permettant aux voyageurs de bénéficier de soins médicaux dans toute l’Europe, aux frais de leur pays d’origine respectif. Ce sont les assurés des caisses maladie suisses ainsi que les médecins et cliniques suisses qui en ont le plus profité. Si l'initiative «Pas de Suisse à 10 millions!» de l'UDC est acceptée en juin, nous pourrions bientôt perdre la carte EHIC, car l'UDC souhaite mettre un terme à l'accord sur la libre circulation avec l'UE. Cela pourrait coûter très cher aux voyageurs suisses qui tombent malades ou ont un accident en Europe.

 

* Lire l'article en anglais ici.

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