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Le travail nuit toujours plus à la santé

USS
© Thierry Porchet

Pour la faîtière syndicale, "une politique salariale et de répartition plus sociale n’est pas seulement une question de justice, mais aussi une nécessité économique".

L’Union syndicale suisse a présenté ses objectifs pour 2026 alors que la santé au travail se détériore toujours plus et que le pouvoir d’achat des travailleurs est mis sous pression.

«Le travail, c’est la santé», disait l’autre. Eh bien, finalement, il semblerait qu’il rend trop souvent malade. C’est ce qu’a révélé l’Union syndicale suisse (USS) lors de sa conférence de presse annuelle, à Berne le 3 février. En effet, les absences pour maladie ont fortement augmenté et représentent aujourd’hui environ 80 millions d’heures de travail de plus qu’avant la pandémie, soit une hausse d’un tiers. Les absences de longue durée, aussi en hausse, sont particulièrement préoccupantes selon les syndicats. «Plus une incapacité de travail dure longtemps, plus le risque de licenciement, d’invalidité et de séquelles durables pour la santé est élevé», souligne l’USS dans son communiqué de presse, qui ajoute que, pour la première fois depuis vingt ans, la probabilité de devenir invalide a de nouveau augmenté.

Le coût de l’arrêt
L’une des explications est l’intensification de la pression au travail. Dans la vente, la construction, le transport, la santé, le social ou de nombreux services, les travailleuses et les travailleurs rapportent des conditions de travail éprouvantes qui causent fréquemment des douleurs dorsales et des troubles psychiques. «Beaucoup continuent de travailler malgré leurs problèmes de santé, soulève la faîtière syndicale. Cela aggrave les maladies et engendre des coûts économiques élevés.»

C’est aussi un coup dur financier pour le salarié qui est en général indemnisé à 80% de son salaire pendant son arrêt maladie, sans compter les jours de carence. «Au lieu de résoudre les problèmes structurels, de nombreux employeurs misent sur des mesures alibis comme des cours de gestion du stress», dénonce l’USS.

La donne doit changer, exigent les syndicats. «Il faut du personnel en nombre suffisant, des horaires de travail et de repos fiables, ainsi qu’une application conséquente de la législation du travail pour protéger la santé des travailleurs et des travailleuses. Désormais, la Confédération et les cantons doivent passer à l’offensive et les employeurs doivent être contrôlés au moins tous les deux ans, et pas tous les vingt ans comme aujourd’hui.» Le changement de cap passe également par un refus catégorique de toute nouvelle attaque contre les dispositifs existants. «Une extension du travail dominical et une flexibilisation supplémentaire des horaires de travail ne sont pas envisageables», prévient Gabriela Medici, cosecrétaire syndicale de l’USS.

Pouvoir d’achat en berne
Malgré une bonne conjoncture économique, les salaires réels stagnent alors que les primes d’assurance maladie et les loyers ont, eux, fortement augmenté, mettant le pouvoir d’achat des actifs sous pression. «Pour un couple avec un revenu moyen, cela représente environ 6000 francs de moins par an», illustre Daniel Lampart, économiste en chef de l’USS. L’argent manque au quotidien, la consommation privée recule et l’ensemble de l’économie ralentit. Tout le monde n’est pas logé à la même enseigne, dénonce Pierre-Yves Maillard, son président: «Les personnes aux revenus bas et moyens perdent du pouvoir d’achat, tandis que les revenus les plus élevés captent toujours plus de la richesse nationale.» Les impôts sur les bénéfices et les cotisations sociales ont été réduits, et plusieurs cantons prévoient de nouvelles baisses d’impôts. «Cela aggrave les inégalités sociales et ne résout aucun problème réel de la population.»

Dans ce contexte, l’USS exige des augmentations de salaires substantielles, en particulier pour les bas et moyens salaires. De même, toute personne ayant fait un apprentissage doit gagner au moins 5000 francs par mois. Les syndicats réclament davantage de moyens publics pour les subventions aux primes, le logement abordable, les soins et l’accueil de jour des enfants. «Une politique salariale et de répartition plus sociale n’est pas seulement une question de justice, mais aussi une nécessité économique.»

L’organisation attend enfin le sort réservé au projet d’accord du Conseil fédéral avec l’Union européenne, tout comme aux attaques «incessantes» du Parlement contre la Loi sur le travail. Si l’USS préfère la négociation et la concertation censées caractériser le partenariat social, elle se dit prête à combattre avec détermination. «Nous avons montré notre capacité à lancer et à gagner des référendums et des initiatives, conclut Pierre-Yves Maillard. Nous sommes prêts à utiliser ces outils de la démocratie directe, sur tous les sujets où les intérêts du monde du travail et le service public seront menacés. Nos fédérations ont aussi montré qu’elles savent mener des luttes, y compris des grèves.» 

Plus d’infos sur le site de l'USS

Une vidéo de Virginie Zimmerli. 

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