Depuis sept ans, l’association Co&xister recueille bovins, moutons et cochons ayant échappé à l’abattoir ou à la maltraitance. Reportage dans le sanctuaire de Virginia Markus.
La quiétude pourrait être le maître-mot de cet endroit. Niché dans le Chablais vaudois, à Frenières-sur-Bex, le sanctuaire de Co&xister accueille une quarantaine d’animaux, qui coulent des jours heureux sur trois hectares de terrain. A l’origine de cette association, Virginia Markus, militante antispéciste, consacre le plus clair de son temps à prendre soin de ces bêtes, à les chouchouter même. Ils ont tous un petit nom, auquel ils répondent, et se blottissent contre elle à la moindre occasion pour obtenir un câlin. Elle ne cache pas sa joie de nous présenter Alan, un cochon rose de 250 kilos qui revient de loin. «Il a été hospitalisé à Zurich quatre semaines, où il a failli mourir plusieurs fois à cause de complications liées à des calculs rénaux.» Aujourd’hui, il est sorti d’affaire. Couché à l’ombre d’un arbre, paisible, Alan mesure sans doute sa chance, car son destin devait être tout autre. «Il est né dans un élevage en Suisse alémanique où il devait être engraissé et tué à 6 mois, explique Virginia Markus. Sa mère est morte à sa naissance. En général, les éleveurs ne biberonnent pas les porcelets, ils les claquent au sol pour s’en débarrasser. Dans ce cas, l’éleveur a voulu les épargner et m’a confié Alan et ses frères Stu et Doug.»
Histoires de vie difficiles
Les histoires de ces animaux sont toutes différentes et semblables à la fois. Tous ont échappé à l’abattoir ou à la maltraitance, voire aux deux. Il y a ces vaches qui viennent d’éleveurs reconvertis, ou celles qui ont été placées, car elles étaient la préférée ou la dernière du cheptel. Ces cochons roses ont été sauvés d’un laboratoire d’expérimentation. «Les cochons ayant plus de 99% d’ADN commun avec les humains, ils servent entre autres de tests pour les maladies cardiaques et les maladies liées à la sédentarité, comme le diabète ou l’obésité. Ils finissent à l’abattoir après les services rendus, mais là, c’est une employée du labo qui a négocié pour nous les donner.» Très fragile, le cochon rose, qui ne vit que 8 ans au maximum car son corps finit par lâcher, bénéficie d’ostéopathie toutes les six semaines et de compléments alimentaires au quotidien.
Enfin, il y a ces cochons nains, qui ont souvent fait l’objet de séquestre vétérinaire. «Monoké, truie handicapée, vient d’une pseudo-ferme pédagogique où elle a été nourrie avec du pain et des viennoiseries. Elle était tellement obèse qu’elle n’arrivait plus à se déplacer, elle marchait sur ses coudes. Ici elle a réussi à perdre 20 kilos, mais elle reste très atteinte, notamment par l’arthrose, souligne celle qui s’est formée sur le tas. J’ai travaillé dans une clinique vétérinaire pendant un an, j’y ai beaucoup appris, mais on est obligés d’expérimenter par nous-mêmes, car peu de vétérinaires connaissent les animaux de rente.»
Coin de paradis
Ici, tout le monde vit en harmonie, dans le respect des affinités de chacun. «Chez les bovins, on a toutes les races, tous les âges et tous les gabarits qui cohabitent, et je me rends compte que, plus il y a de diversité, plus l’harmonie règne. Il y a moins d’effet de dualité et de compétition.» Du côté des vaches comme des cochons, ce sont les femelles les matriarches. «Bien qu’elles soient plus petites en taille, elles sont respectées par les mâles. Elles sont très cadrantes et fermes.» Les moutons, eux, pâturent.
Est-ce que la famille à quatre pattes va s’agrandir? Pas vraiment, répond la militante. «Je tiens à l’équilibre dans chaque clan et à maintenir une capacité d’accueil correspondant à la charge financière et de travail que je suis certaine de garantir. Si on veut continuer à offrir un cadre de qualité pour chaque animal, on doit poser des limites claires sur le nombre d’individus accueillis. Mais je trouve quasiment toujours des solutions pour placer les animaux qui en ont besoin.»