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La pauvreté gagne du terrain en Suisse

Dame faisant ses courses dans une épicerie.
©Alexandra_Wey

De plus en plus de working poors et de personnes âgées font leurs courses dans les épiceries de Caritas.

Les épiceries de l’œuvre d’entraide Caritas, sortes de baromètres de la précarité, n’ont jamais réalisé autant de ventes qu’en 2025.

Ce n’est pas un indicateur statistique officiel, mais il en dit long sur l’état de la pauvreté dans notre pays. En 2025, les épiceries Caritas ont connu un nouveau record de fréquentation. La vingtaine de magasins répartis dans tout le pays ont enregistré plus de 1,1 million de ventes, soit 10000 de plus que l’année précédente. «Un triste record», comme l’écrit l’œuvre caritative dans un communiqué de presse, voyant là «le signe que les conditions de vie des personnes touchées par la pauvreté en Suisse continuent de s'aggraver».

C’est le quatrième record de vente consécutif des épiceries Caritas, où la demande est en hausse constante. Leur directeur, Thomas Künzler – qui prend sa retraite le 1er février, passant le témoin à son adjoint Tim Murer – constate que beaucoup de points de vente comptent de plus en plus de nouveaux clients.

 

Working poors et personnes âgées
Les working poors (travailleurs pauvres) sont également plus nombreux à venir s’y approvisionner. «Les personnes peu qualifiées travaillent, mais gagnent trop peu pour vivre, déplore celui qui a dirigé ces épiceries durant huit ans. Nous constatons également une augmentation de la pauvreté chez les personnes âgées, dont le nombre de celles qui font leurs achats sur nos marchés est nettement plus élevé qu'il y a quelques années. La 13e rente AVS va aider, mais ne résoudra pas le problème du 2e pilier, puisque beaucoup d’assurés ont des trous dans leur prévoyance professionnelle.»

La demande a notamment explosé avec le Covid. «Les denrées alimentaires les moins chères ont alors connu une hausse de prix particulièrement forte pendant la pandémie, se souvient Thomas Künzler. Nous ne parlons pas ici de quelques pour-cents d'inflation, mais d'augmentations comprises entre 10% et 50%.» 

 

Jusqu’à 70% moins cher
Les magasins de l’œuvre d’entraide permettent d’acheter des aliments et des produits de consommation courante jusqu'à 70% moins cher qu’ailleurs. Une carte, délivrée aux personnes qui bénéficient de l'aide sociale ou de prestations complémentaires, est toutefois exigée pour pouvoir y faire ses courses. Les possesseurs de la CarteCulture de Caritas y ont aussi accès.

Afin d’alléger encore le budget de leurs clients, les épiceries Caritas procèdent à des baisses de prix ciblées, notamment sur les produits alimentaires de base, comme les pâtes, le lait ou l’huile, qui figurent parmi les plus vendus avec les fruits et légumes de saison. Selon le directeur, «ceux qui ont peu d'argent économisent le plus possible, surtout pour les denrées alimentaires les plus importantes.» Ces réductions ont évidemment un impact sur le chiffre d’affaires, qui a été de 17,6 millions de francs en 2025, soit légèrement moins que l'année précédente. «Notre objectif n'est pas de maximiser les profits, mais de maintenir les prix aussi bas que possible», souligne cependant Thomas Künzler. 

 

Nouveaux partenaires recherchés
Pour faire face à cette demande en hausse et disposer d’articles à prix réduit, l’institution recherche en permanence de nouveaux partenaires. Elle en a déjà plus de 400, producteurs, fournisseurs, fondations et acteurs de la grande distribution.

Après huit ans à la tête des épiceries de Caritas, Thomas Künzler constate que le fossé entre riches et pauvres ne cesse de se creuser. «Ces derniers sont confrontés à une hausse des prix des denrées alimentaires, du logement et des frais de santé. Il ne suffit pas de mener une politique d'aumônerie, il faut aussi avoir la volonté réelle d'investir davantage dans la lutte contre les causes de la pauvreté. A ce titre, je considère que la formation initiale et continue des personnes touchées par la pauvreté est un élément central.»

Plus d’informations sur: epiceriecaritas.ch 

Une vidéo de Virginie Zimmerli. 

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