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«J’ai dessiné mon propre chemin»

Sophie de Quay
@Thierry Porchet

«Dans la famille, on a toujours aimé chanter. Toutes les occasions étaient bonnes», raconte Sophie de Quay.

Auteure, compositrice et interprète, la Valaisanne Sophie de Quay entend, à travers son art, jeter des ponts entre les cultures et les générations. Cordes sensibles.

C’est une jeune femme solaire et pleine d’allant. Une personne optimiste, persévérante et audacieuse. Mais aussi d’une sensibilité à fleur de peau. Une éponge, comme Sophie de Quay se définit elle-même. L’auteure, compositrice et interprète de 35 ans se sert de son talent pour canaliser ses sentiments et ses émotions, soigner ses bleus à l’âme, transformer ses fragilités en force. Et trouve sur scène, avec son public, un ancrage face à «un monde qui vacille et la bouleverse» mais dont elle cherche quand même à percevoir la lumière. Pour son auditoire, elle espère communiquer la joie et le réconfort qu’elle a trouvés dans la musique. Et appréhende son métier comme une mission. «Je désire jeter des ponts entre les cultures et les générations. Contribuer à déconstruire préjugés et stéréotypes», indique la Valaisanne, qui a déjà largement roulé sa bosse, se frottant à différents modes de vie et mentalités. 

Le chant, une histoire de famille

Fille de diplomate née à Sion, Sophie de Quay – du nom de jeune fille de sa mère – passe une partie de son enfance à Berne. A l’âge de 7 ans, elle déménage à Singapour à la suite de la nomination de son père comme ambassadeur. Dans cette cité-Etat, le karaoké est roi. Et la jeune Sophie s’y adonne avec bonheur. «Dans la famille, on a toujours aimé chanter. Toutes les occasions étaient bonnes», raconte avec enthousiasme l’artiste qui, à 12 ans, doit refaire ses bagages, son père s’apprêtant à occuper le poste de consul de Suisse à New York. L’adolescente découvre alors la comédie musicale. Et suit des cours de danse et de chant avec Tina Shafer. Cette dernière a formé Céline Dion et Avril Lavigne, et trouve intéressant son timbre de voix grave, enveloppant, puissant. Quatre ans plus tard, Sophie de Quay part seule pour Genève où vit déjà sa sœur et effectue en internat un bac littéraire. Avant d’intégrer à Paris une filière de chant professionnel une année durant. Autant d’étapes de vie qui se sont parfois avérées difficiles, l’expatriée étant contrainte de laisser des amis derrière elle. Mais, avec du recul, elle juge néanmoins son parcours, couplé à de nombreux voyages en Asie du Sud-Est avec ses parents, positif et chanceux. Une trajectoire qui a contribué à son ouverture et à la découverte de la diversité du monde comme à ses inégalités et ses injustices.

Démarche formatrice

De retour de la Ville Lumière, Sophie de Quay renoue avec sa passion pour la culture chinoise avec laquelle elle s’est familiarisée à Singapour. «J’ai toujours été fascinée par les rites, les liens entretenus avec les morts et les ancêtres.» Elle entame alors des études de sinologie à l’Université de Genève. Parallèlement, elle poursuit sur sa lancée artistique et fréquente les cours du soir aux Ateliers du Funambule, à Nyon. Manquant d’assurance pour se lancer professionnellement dans la musique, elle s’oriente ensuite quelques mois vers les relations internationales avant de fréquenter l’école hôtelière. Et effectue dans ce contexte un stage à Shanghaï afin de pratiquer la langue. «Une démarche très formatrice. Je me suis retrouvée à l’autre bout du monde une année durant, entourée de personnes parlant seulement chinois. J’ai traversé des grands moments de solitude et cultivé l’autodérision», se souvient celle qui aujourd’hui parle couramment l’anglais et le mandarin, tout en continuant à se perfectionner dans cet idiome.

Intuition et signes

La suite du parcours professionnel de Sophie de Quay – passant par un travail dans une start-up, puis dans la communication – est définie par une rencontre. Fin 2015, la Sédunoise se trouve à Crans-Montana. Des amis lui suggèrent une sortie. Elle n’est pas très motivée, mais son intuition la pousse à accepter. Grâce à un participant, la soirée lui permettra d’entrer dans un second temps en contact avec Simon Jaccard, le pianiste de Bastian Baker, avec qui elle va former un duo. A la vie comme à la scène. «C’est lui qui m’a aidée à croire en moi», affirme la chanteuse, partageant aujourd’hui son existence entre Paris et les Giettes, au-dessus de Monthey, en Valais. Un chalet isolé où, avec son mari, elle se ressource et compose des chansons entre deux tournées, en Europe et en Chine. «J’ai dessiné mon propre chemin à force de persévérance», se réjouit l’artiste, qui chante aussi en mandarin, soulignant la chaleur du public chinois. Non sans confier avoir toujours le trac avant de monter sur scène. «Je l’apprivoise en m’isolant un quart d’heure à l’avance, en faisant du reiki et en sollicitant l’aide de mes grands-parents décédés pour qu’ils me donnent du courage et de la voix.» Une posture en phase avec les croyances de Sophie de Quay, persuadée de la poursuite de la vie après la mort. «J’ai par exemple demandé à mon grand-père, à sa mort, de me faire signe. Et plusieurs fois, dans différents pays, une coccinelle s’est posée sur moi.»

Montagnes russes

Très attachée à la famille, son ciment, Sophie de Quay ne manque pas une occasion de se rassembler avec les siens. Et confie, en tête de ses craintes, sa peur de perdre des êtres aimés. Elle s’inquiète aussi de l’essor de l’IA, jugée potentiellement dangereuse pour le maintien de relations concrètes, des fake news et du délitement de valeurs fondamentales comme la solidarité, l’amour, le respect et la tolérance. Passionnée d’écriture – elle ne sort jamais sans un carnet –, Sophie de Quay projette aussi de rédiger deux livres. Le premier, sous forme de confessions, témoignerait de son hypersensibilité. Le second serait consacré aux coulisses de la vie d’artiste, balisées de «moments insolites, décalés, de rencontres avec des vendeurs de vent, de chocs des cultures». «J’aimerais alors aussi raconter ce qu’on vit entre deux concerts, ce sentiment de montagnes russes et de la foi dont il faut faire preuve pour tenir.» Pas de quoi éloigner cette irréductible optimiste du bonheur qu’elle conjugue au quotidien. «Le bonheur, c’est se réveiller et se réjouir de sa journée. Et rester alignée avec ses valeurs.» Une affirmation à laquelle la rayonnante chanteuse donne de la voix dans ses concerts électropop, communiquant son énergie positive et sa confiance dans les êtres humains... 

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