Dnata: zéro heure garantie...

Passagers à l'aéroport de Genève.
© Neil Labrador

Les syndicats ont à nouveau maille à partir avec les entreprises actives sur le site de l’aéroport de Genève entre Dnata et ses contrats jugés illégaux et Swissport qui a claqué la porte des négociations.

Unia dénonce des «contrats de la honte» chez Dnata et demande l’intervention du Conseil d’Etat

«Afin d’optimiser sa rentabilité à l’aéroport de Genève, Dnata a développé des contrats “zéro heure garantie”. Pire que du travail sur appel, ce mode de management est une véritable forme d’esclavage moderne.» Secrétaire syndical d’Unia, Yves Mugny dénonce avec vigueur la situation de plus de 300 employés de Dnata tributaires de gains aléatoires. Ces derniers, payés à l’heure, ne bénéficient en effet d’aucune assurance quant au taux de leur activité. Avec, pour conséquence, des revenus susceptibles de varier de moins de 1000 francs à 4000 francs par mois. Une manière de faire, selon les juristes d’Unia, contraire à la jurisprudence du Tribunal fédéral (TF) qui estime que «le travailleur doit pouvoir compter sur un certain taux d’activité pendant toute la durée des rapports de travail, sans être soumis au bon vouloir de l’employeur s’agissant de sa rémunération moyenne». Aussi, le syndicat a une nouvelle fois interpellé l’entreprise pour qu’elle cesse immédiatement cette pratique qualifiée d’illégale. Sans succès. Le prestataire de services d’assistance au sol, précise le collaborateur d’Unia, a rétorqué ne pas être soumis à la jurisprudence invoquée, son personnel relevant du «travail sur appel improprement dit». «Cette notion juridique, toujours selon Dnata, permettrait d’échapper aux règles édictées par le TF», s’insurge Yves Mugny notant que, pour trancher sur cette divergence d’interprétation, il faudrait porter l’affaire au TF, entraînant alors une procédure d’au moins deux ans. Avec, dans l’intervalle, une situation «intenable» pour les collaborateurs de Dnata dont l’un d’entre eux a écrit au syndicat: «La plupart des mois nous n’arrivons pas à atteindre les 100 heures, parfois pas même les 50 heures. Des horaires irréguliers qui ne nous donnent aucune possibilité d’avoir un autre travail à côté. Quand on en parle à la direction pour se plaindre, ils nous disent de trouver autre chose, mais dès que nous le trouvons, ils nous disent que ce n’est pas possible, car Dnata est notre employeur principal.»

Dans ce contexte, Unia a demandé au Conseil d’Etat de réagir. Le syndicat avait déjà, le 26 juin dernier, remis une pétition par laquelle 1784 employés de l’aéroport sollicitaient l’intervention de Mauro Poggia en charge du Département de la sécurité, de l’emploi et de la santé pour garantir des postes à un taux et un salaire décents et limiter au maximum le nombre de places précaires. «Il est temps que cette pétition soit enfin suivie d’effets!»

Swissport: risque de vide conventionnel

Coup de théâtre à la table des négociations réunissant les représentants syndicaux du SSP et de SEV-GATA et la direction de Swissport: le 2 décembre, l’entreprise a mis brusquement un terme aux pourparlers entamés en juin dernier en vue du renouvellement de la Convention collective de travail (CCT) qui arrivera à échéance à la fin de l’année. La partie patronale a quitté la séance avant même sa clôture. «Ce comportement pour le moins inattendu laisse un sentiment bizarre, comme un manque de volonté de partenariat social. Après cinq mois de discussions, la situation a abouti à un blocage», commente Jamshid Pouranpir, du SSP, non sans préciser que la société est restée sourde à l’ensemble des demandes des travailleurs. «Elle n’a fait aucun pas vers nous.» Les syndicats partenaires avaient présenté un cahier de revendications portant entre autres sur une revalorisation salariale, une amélioration du statut des auxiliaires et des parents, et une progression des conditions liées au temps de travail. Ils avaient fait valoir la pression accentuée sur les employés, à cause de la charge de travail et de la multiplication des tâches. «L’amélioration salariale était attendue vu l’augmentation des primes maladie et des loyers et au regard des bons chiffres de Swissport. Nous nous sommes heurtés à un mur. Même les propositions sans conséquences sur les finances de la société n’ont pas été prises en compte.» Dans ce contexte, la délégation syndicale a suggéré de saisir, conjointement avec la direction de Swissport, la Chambre des relations collectives de travail (CRCT) et de maintenir la CCT trois mois supplémentaires pour permettre de nouvelles discussions. L’employeur, inflexible, a refusé cette solution, souhaitant reconduire la CCT en l’état hormis quelques modifications mineures. A ce stade, le SSP et SEV-GATA ont décidé, sur mandat des travailleurs, de se tourner seuls vers la CRCT. «Nous risquons, dès fin janvier, de faire face à un vide conventionnel. En rompant les discussions, Swissport a porté un coup au partenariat social.»