Une vidéo de Olivier Vogelsang.
«Depuis Brigue jusqu’à Monthey, je connais tous les recoins d’Unia Valais»
Avant d’être élu à la présidence d’Unia Valais, Pasqualino Gallicchio a assuré la présidence de la section Sion-Sierre. Depuis trois ans, il occupe également un poste de suppléant au sein du Comité central du syndicat.
Peut-on dire de certaines personnes que leur vocation syndicale relève d’un destin tout tracé? D’un allant de soi qui ne se discute pas? On pourrait le croire à l’écoute des propos de figures comme celle de Pasqualino Gallicchio. Intronisé il y a à peine un mois à la présidence d’Unia Valais, l’homme semble avoir profondément ancrée en lui la défense des droits des travailleurs, comme un réflexe inné. Et si l’on remonte loin dans le temps pour trouver les racines de cet engagement, on ne peut échapper au parcours de ses parents, qui lui ont sans doute transmis ce que l’on appelle la conscience de classe. Celle incarnée par un père et une mère arrivés en Suisse en 1977, après avoir quitté cette région enclavée entre les Pouilles, la Calabre et la Campanie qu’est la Basilicate. Lui, ouvrier dans le bâtiment, a adhéré au syndicat il y a plus de quarante ans et demeure aujourd’hui encore membre d’Unia. Elle, de son côté, a longtemps travaillé comme femme de ménage.
Un «secundo» atypique
De cette condition, leur fils garde des souvenirs marquants: «Les Italiens, les Ritals, comme on nous appelait, ont longtemps fait l’objet de discriminations et de préjugés, et j’ai malheureusement vécu cela personnellement. Plus indirectement, j’ai aussi été touché, comme tous ceux qui ont des racines italiennes ici en Valais, par les récits de la tragédie de Mattmark et par le profond sentiment d’injustice qu’a laissé dans les esprits le procès qui a suivi. Il a fallu attendre soixante ans pour que le Conseil d’Etat valaisan, représenté en 2025 par Mathias Reynard, présente enfin des excuses officielles. Quant à la Confédération, elle se tait toujours.» Le syndicaliste dit conserver de ces événements une forme de cicatrice. Sans doute est-ce cela, conjugué à son parcours familial, qui l’a poussé vers l’engagement militant. Son activité s’est ensuite transformée en profession et a pris un tour plutôt singulier.
Pour comprendre pourquoi, il faut revenir sur quelques éléments biographiques du quadragénaire, eux aussi peu ordinaires. Pasqualino Gallicchio n’est pas le plus classique des «secundos». A l’âge de 12 ans, il quitte sa Sion natale et franchit les Alpes pour rejoindre un internat à Domodossola. A l’époque, ses parents espèrent retourner définitivement en Italie et, afin de faciliter cette transition à leurs enfants, les placent par avance dans un environnement italophone. Le retour tant espéré ne se concrétisera pourtant jamais. Cela ne l’empêche pas, après sa scolarité obligatoire et l’obtention de sa maturité, de s’inscrire en sciences politiques à l’Université de Bologne. «L’été venu, je rejoignais mes parents en Valais et je travaillais sur les chantiers comme peintre en bâtiment et plâtrier, ce qui me permettait de financer mes études.» C’est ainsi qu’un profil double s’est construit: des traits profondément italiens ont coexisté avec une identité helvétique et valaisanne.
Une assistance aux frontaliers
A 25 ans, fraîchement diplômé, Pasqualino Gallicchio met à profit ce parcours atypique pour intégrer Ital-Uil, une organisation patronale au service des citoyens italiens résidant en Suisse ou bénéficiant du statut de frontalier. Sa mission? «Nous nous occupons de l’instruction et du traitement des dossiers liés aux assurances sociales suisses et italiennes. Nous défendons les droits des citoyens auprès des organismes italiens chargés des rentes. Enfin, nous proposons des consultations afin de faciliter l’accès aux subsides pour les personnes en perte d’autonomie ainsi qu’aux rentes d’invalidité.»
Parallèlement, il prête main-forte à l’agence consulaire italienne de Sion, puis au consulat général de Genève, avec lequel il collabore toujours. Il y a aussi son parcours syndical au sein d’Unia, qui a pris de l’ampleur au fil des années. Militant depuis 2001, Pasqualino Gallicchio est nommé à la présidence de la section Sion-Sierre en 2014, avant d’occuper, dès 2023, un poste de suppléant au Comité central. Puis, vient l’ultime consécration: la présidence d’Unia Valais. «Je ne cherchais pas particulièrement à occuper ce poste. Ma candidature s’est imposée comme une évidence pour les militants, les secrétaires syndicaux et les préposés aux caisses de chômage Unia du canton. Il faut dire que je les côtoie toutes et tous. De Brigue à Monthey, je connais tous les recoins d’Unia, et cela a constitué un atout dans le processus de désignation.»
Les étrangers, une ressource
Cette double fonction, entre Ital-Uil et Unia, présente un autre avantage. Le syndicaliste accompagne un nombre important d’affiliés au syndicat, dont beaucoup de frontaliers. On estime entre 1800 et 2000 le nombre de personnes qui franchissent chaque jour la frontière depuis Domodossola et sa région ou depuis le val d’Aoste. Pour toutes ces personnes, le président fournit conseils et assistance, aussi bien en matière de droit du travail suisse que de prévoyance sociale italienne. Depuis 2009, il se rend deux samedis par mois dans la ville piémontaise, de l’autre côté du tunnel du Simplon, afin d’y assurer des permanences spécialement destinées à ce public. «Dans ce domaine, avec le temps, j’ai fini par maîtriser aussi bien les articles de loi qui régissent le système helvétique que ceux applicables sur le versant italien, auxquels s’ajoute tout l’arsenal des accords bilatéraux.»
La main-d’œuvre étrangère à laquelle il est confronté demeure, à ses yeux, essentielle. «Il ne faut pas oublier que, durant la pandémie de Covid-19, elle a été exceptionnellement exemptée de confinement en Italie parce que, sans elle, les chantiers, les usines et les soins en Valais se seraient tout simplement effondrés. Cela doit nous amener à réfléchir plus largement à l’apport des travailleurs étrangers résidant en Suisse. Nous devons nous mobiliser pour que l’initiative du chaos de l’UDC ne passe pas la rampe.»
D’autres défis l’attendent désormais à la tête d’Unia Valais. Ses priorités? «Continuer à augmenter le nombre d’adhérents, c’est le nerf de la guerre. Ils sont désormais plus de 12 000, ce qui est très réjouissant, mais il faut poursuivre dans cette voie. Il faudra également renforcer notre présence dans le secteur industriel valaisan.»