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Appel à la solidarité

Colis de nourriture pour les personnes défavorisées.
© Thierry Porchet

A la crise sanitaire s’est greffée une crise humanitaire et sociale de grande ampleur.

Un comité unitaire, dont font partie les syndicats, appelle la population genevoise à voter le 7 mars en faveur de la Loi sur l’indemnisation pour perte de revenus liée aux mesures de lutte contre le coronavirus. Ce fonds de soutien, combattu par référendum, a pour but de venir en aide aux salariés les plus précarisés passés entre les mailles du filet social lors du premier semi-confinement

Le 7 mars prochain, les citoyens genevois devront se prononcer sur la Loi sur l’indemnisation pour perte de revenus liée aux mesures de lutte contre le coronavirus. Elle prévoit un paiement rétroactif pour la période du premier semi-confinement du 17 mars au 16 mai 2020 aux travailleuses et aux travailleurs qui ont perdu leur revenu et n’ont pu toucher aucune aide, passant au travers des mailles du filet social.

Syndicats, partis et associations étaient réunis mardi 2 février en conférence de presse virtuelle pour lancer leur campagne en faveur de cette loi dont le grand principe est la justice sociale. La majorité du Grand Conseil et le Conseil d’Etat la soutiennent. Elle est combattue par l’UDC et le MCG qui ont lancé le référendum, ainsi que le PLR.

«Les effets du référendum sont catastrophiques. Alors que des personnes auraient pu toucher des indemnités rapidement, bon nombre d’entre elles se sont endettées et ont dû faire appel aux Colis du cœur. Nous assistons à une crise humanitaire et sociale. Le nombre de lits pour les sans domicile fixe n’ont jamais été aussi nombreux à Genève: 500 places. Et c’est plein», souligne Alain Bolle, directeur du CSP Genève, très inquiet au sujet des expulsions de locataires en retard de paiement pour leur loyer.

Le profil des personnes en détresse à la suite du premier semi-confinement est bigarré: acteurs du monde culturel (comédienne payée au cachet, par exemple), employées de maison, salariés aux contrats précaires dans la construction et l’hôtellerie-restauration (serveurs sur appel), intérimaires, étudiants cumulant les petits jobs… «Beaucoup de personnes en détresse, dont de nombreux Suisses, sont venues nous demander de l’aide pour la première fois de leur vie», explique Dominique Froidevaux, directeur de Caritas Genève.

Quand l’urgence dure

«Un large consensus s’est dessiné pour indemniser les entreprises, mais pas les travailleuses et les travailleurs précaires qui participent à la richesse de notre canton, et accomplissent des travaux essentiels notamment dans la garde des enfants ou les soins aux plus âgés, souligne Alejo Patiño, vice-président de la CGAS. Il est grand temps de les aider! Car bon nombre d’entre eux continuent, chaque jour, à vivre dans l’urgence pour trouver des solutions.»

Le rétroactif des indemnités que permettrait la loi est essentiel pour ces personnes précaires et pour certaines endettées. La compensation prévue doit couvrir 80% de la perte effective de revenus entre la mi-mars et la mi-mai. Elle est toutefois plafonnée à 4000 francs par mois. Soit au plus 8000 francs par individu. Le coût de cette mesure est évalué à 15 millions de francs maximum. Bien peu en regard des aides accordées aux entreprises.

«Ces indemnités représentent un investissement, car ces millions vont revenir dans l’économie», estime Alain Bolle. Le directeur du CSP souligne un autre aspect de la pauvreté générée par les mesures drastiques mises en place pour lutter contre la pandémie et les failles du système: «Des personnes auraient droit à une aide, mais préfèrent ne pas s’adresser à l’Hospice par peur que cela se retourne contre elles lors de leur renouvellement de permis. Elles ont creusé leur dette et ont fait marcher des solidarités auprès de leurs proches, mais ont aussi fait des emprunts à des taux usuriers.»

Faux débat

Les référendaires axent leur campagne contre une loi qui, selon eux, revient à cautionner le travail au noir et le séjour illégal. Des arguments mensongers, selon le comité unitaire. Joël Varone, secrétaire de la CGAS, souligne: «Nous nous battons pour un Etat de droits, pour que les travailleuses et les travailleurs ne se retrouvent pas dans une situation d’assistance. Et ce n’est pas en leur refusant des droits qu’on va leur permettre de sortir du travail au noir. Rappelons que, permis de séjour ou pas, ce sont les employeurs qui ne les déclarent pas.»

«Les sans-papiers de l’économie domestique ne sont de loin pas les seuls précaires, précise Davide De Filippo, président de la CGAS. Si le Conseil fédéral a finalement accordé aux intérimaires le droit aux RHT, la décision a été tardive et beaucoup d’employés précaires avaient déjà été licenciés.» Le monde de la culture est également particulièrement touché. Trois artistes ont témoigné de leur situation pendant la conférence de presse. Si chaque parcours est particulier, tous confient arriver au bout de leurs réserves et n’avoir aucune envie d’entrer dans une logique d’assistance. Accepter cette loi le 7 mars est ainsi un premier pas pour combler les lacunes d’un système qui a montré ses failles.


*Liste des membres du comité unitaire: ALCIP, Caritas, CCSI, CGAS, Collectif de soutien aux sans-papiers, CSP, Ensemble à Gauche, Solidarités, EPER, Fédération des artistes Kugler, Je n’y ai pas droit, Parti communiste, les Vert·e·s, Mouvement populaire des familles, Parti du Travail, Parti socialiste, syndicat Sit, Syndicat suisse des mass media, Syndicat des services publics, Syna, Syndicom, Unia, Union suisse des artistes musiciens.

Témoignages tirés du site internet de la campagne


Bashkim, ouvrier temporaire: «Quand les chantiers ont fermé en mars 2020, j’ai été licencié. Mais comme c’était avant l’extension des RHT aux travailleurs temporaires, je n’y ai pas eu droit. Le chômage m’a sanctionné parce que je n’ai pas anticipé la fermeture des chantiers en faisant des recherches d’emploi. Depuis, j’ai pris du retard avec le paiement du loyer et je risque aujourd’hui de me retrouver à la rue.»


Mariame, employée de maison: «A Genève depuis huit ans, je fais des ménages et garde des enfants. Pendant le confinement, mes employeurs m’ont dit de ne pas venir travailler et ont cessé de me payer. Comme aucun d’entre eux ne m’avait déclarée et que je n’ai pas de permis de séjour, je n’ai droit à aucune prestation sociale et je suis aujourd’hui dans une précarité extrême.»


Hugo, étudiant et serveur sur appel: «Pour financer mes études, je travaillais sur appel les soirs et les week-ends dans la restauration. Licencié dès la fermeture des restaurants, je n’ai pas eu droit aux RHT, et je n’ai pas droit au chômage, car je n’ai pas cotisé assez longtemps. Sans revenu, je suis aujourd’hui endetté.»


Jacqueline, comédienne: «Avec la fermeture des salles, tous mes spectacles ont été annulés et je n’ai reçu aucun des cachets sur lesquels je comptais pour vivre. En fin de droit au chômage, je ne pourrai toucher l’aide sociale que lorsque je tomberai en-dessous du minimum vital.»


Site de la campagne du comité unitaire sur: indemnisationnousaussi.ch

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