Une redevance SSR encore et toujours insubmersible
Le nouveau siège de la RTS, à Ecublens, concentrera à terme toutes les unités de production de la filiale romande de la SSR.
Balayée par le people et par tous les cantons, l’initiative «200 francs ça suffit!» a réussi à fédérer un vaste front contre elle. Valérie Perrin, secrétaire pour la Suisse romande du Syndicat suisse des médias, livre son analyse.
C’est une gifle qui se répète à huit ans de distance. Aujourd’hui comme en 2018, avec l’initiative «No Billag», l’UDC et ses quelques rares alliés font face à un revers majeur alors qu’ils rêvaient de s’attaquer au service public de l’audiovisuel à travers une baisse de la redevance à 200 francs. Leur échec est cuisant: 61,9% des votants a dit non à l’initiative portée par le parti de droite. Pire encore: l’unanimité des cantons a suivi cette même voie. Après avoir mené une campagne intense, Valérie Perrin, secrétaire syndicale du SSM, peut savourer la victoire et songer à la suite.
Tout le monde a été surpris par l'ampleur du «non», qui a dépassé les 60 %. Qu'est-ce que vous vous êtes dites en découvrant les résultats le 8 mars?
Comme beaucoup de gens, je me suis dit que l'on avait à nouveau sous-estimé la compréhension par la population suisse de l'importance du service public audiovisuel. Au-delà des attaques permanentes, les gens ont saisi l'importance de ce service, notamment entendu comme «bien commun» et garde-fou contre la désinformation. La SSR a vocation à favoriser la cohésion sociale et nationale et au fond, cela n’a pas été forcément un vote sur la forme du financement, mais sur un principe qui nous est cher.
À votre avis, y a-t-il eu un élément dans votre campagne pour expliquer une telle adhésion?
C'est difficile à dire. Je m'interdis de scruter dans les détails les raisons du vote tant qu'il n'y a pas d'analyses officielles. Je trouve d'ailleurs que les institutions, et même le ministre de tutelle Albert Rösti, se sont beaucoup trop avancés en prétendant que le contre-projet, comportant une baisse de la redevance à 300 francs, avait pesé sur le résultat. Il est problématique que l’élu UDC déclare le jour même que le Conseil fédéral estimait qu'il faudrait peut-être se recentrer sur l'information et faire moins de sport ou de divertissement. C'est illégitime démocratiquement. Le syndicat va réagir.
Avez-vous l'impression qu'une nouvelle attaque se prépare déjà? Peut-on s'attendre à revivre ce genre de scénarios dans 5, 6 ou 7 ans ?
Oui, clairement. Si on n'organise pas une contre-offensive proactive pour enrayer le cycle des attaques permanentes, il y aura sans aucun doute des suites. D'autant que le service public a déjà été durement touché ces dernières années. Ce résultat de 62 % n'est pas un miracle: il montre un attachement fort, malgré une stratégie qui a déjà abouti à un affaiblissement, avec des émissions disparues et une pression constante sur le personnel. La décision de baisser la redevance à 300 francs exerce déjà une pression énorme sur l'entreprise et les salariés.
Avez-vous des pistes concrètes quant à la contre-offensive qu’il faudra mettre en place?
L'idée est de constituer un front avec des alliés, comme les syndicats des services publics en général, car cette attaque n'est qu'une variation de celles que subissent tous les services publics en période d'austérité. Il faut se coordonner avec d'autres secteurs, anticiper les futures offensives avec un discours qui insisterait sur l'importance d'un paysage médiatique diversifié et qui inclurait aussi les médias privés. Il faut réfléchir à comment proposer un financement plus acceptable à l'avenir pour ne plus prêter le flanc à ces critiques.
La baisse de la redevance à 300 francs impose d’ici à 2029 des coupes drastiques, notamment sur la masse salariale. En tant que syndicat, voyez-vous des marges de négociation pour alléger ce coût social?
Ce projet de restructuration semble se faire au jour le jour. Nous allons mettre toute notre énergie pour éviter au maximum les licenciements. Il y a aussi une problématique de gros reports de charges: sur les 600 postes équivalents plein-temps à supprimer, environ 300 seraient des départs naturels non remplacés, ce qui est délétère pour le personnel restant. Ensuite, il y a la question du plan social qui doit être renégocié cette année. Plus largement, nous estimons que le message envoyé par le vote populaire devrait amener le Conseil fédéral à reconsidérer sa décision de baisser la redevance à 300 francs. Il y a eu un deuxième vote populaire en faveur du service public, et pourtant, on continue de baisser les moyens. C'est illogique. Enfin, il faut que le personnel soit un acteur de cette contre-offensive. Il a été trop longtemps muselé sous prétexte de neutralité. La neutralité n'existe pas, c'est l'objectivité qui doit être visée, et les salariés doivent avoir leur mot à dire.