Les répercussions néfastes d’une redevance à 200 francs
La SSR compte 13 500 salariés, correspondant à 10 500 postes équivalent plein-temps. Environ 3000 postes seraient biffés si l’initiative devait être acceptée par le peuple.
La SSR est menacée dans sa mission par l’initiative UDC soumise au peuple le 8 mars. La Suisse risque de voir altérer les équilibres de sa démocratie.
Une ombre plane depuis plusieurs mois sur le monde de l’audiovisuel suisse. Elle risque d’atteindre les capacités du secteur et les équilibres du pays si l’initiative proposée par l’UDC («200 francs, ça suffit!»), visant à réduire à 200 francs par année le prix de la redevance radio et télévision des ménages, devait passer la rampe lors du vote populaire du 8 mars prochain. Les répercussions de cette contribution revue à la baisse seraient importantes pour l’entreprise et pour tout un environnement de prestataires externes déjà sous pression. Car, faut-il le rappeler, par-delà l’enjeu dont il sera question dans les urnes dans un mois, le personnel de la SSR est déjà pris à la gorge par un plan de restructuration annoncé en deux temps, en juin et en novembre 2025. L’ancienne régie fédérale affirmait alors la nécessité d’économiser, d’ici à 2029, 270 millions de francs (17% de ses ressources), en comptant sur un redimensionnement drastique de la masse salariale. Ainsi, 900 postes équivalent plein-temps seront appelés à disparaître dans les prochaines années.
6000 emplois à la trappe
Motivé par la chute des revenus publicitaires et par l’ajustement de la redevance à 300 francs – contre-mesure du Conseil fédéral défendue par… l’UDC Albert Rösti –, le plan actuel met d’ores et déjà à dure épreuve les centres de production, qui doivent répondre au mandat fixé par la Confédération tout en disposant de moyens réduits. Alors, un ultérieur rabotage à 200 francs, avec une exemption de redevance pour les entreprises, est perçu par les employés comme un véritable séisme. Pour saisir l’importance du dossier, il faut tout d’abord se tourner vers les chiffres liés à l’emploi. Actuellement, la SSR compte 13 500 salariés, correspondant à 10 500 postes équivalent plein-temps. «L’adoption de l’initiative signifierait la suppression de 6000 postes, note Valérie Perrin, secrétaire syndicale au sein du Syndicat suisse des médias (SSM). La moitié d’entre eux serait issue du périmètre de l’entreprise, l’autre moitié toucherait les acteurs externes de la branche de l’audiovisuel. Ce chiffre global ne tient pas compte des licenciements prononcés dans d’autres secteurs, qui se consacrent par exemple à l’entretien des bâtiments, à la logistique, au nettoyage.»
Il y a encore d’autres chiffres pour donner la mesure de la restructuration qui menace la SSR. Celle-ci dispose actuellement d’un budget global de 1,3 milliard de francs par an. La nouvelle redevance pousserait inévitablement à diviser ce chiffre par deux. «Avec ce montant, il serait tout simplement impossible de répondre de manière adéquate à la concession, qui impose à la SSR de consacrer au moins 50% des revenus de la redevance à l’information, le restant étant réservé au sport, aux divertissements et à la culture, souligne Valérie Perrin. Un scénario très vraisemblable et dangereux se dessinerait alors, qui obligerait à centraliser une partie conséquente des productions sur un seul site, à Zurich. Il faut alors se rendre compte que la RTS, telle que nous la connaissons aujourd’hui, ne pourra tout simplement plus exister.» Selon de nombreux observateurs, cela porterait atteinte au multiculturalisme qui caractérise depuis toujours le pays. Un trait distinctif signifié notamment par la présence solide et un tant soit peu autonome, sur le spectre audiovisuel, de toutes les minorités linguistiques.
Droit à l’information attaqué
Cet état de fait, qui n’a rien d’une fiction, s’inscrirait dans un paysage médiatique affaibli par la crise que traverse depuis deux décennies la presse écrite. Domaine dans lequel on ne compte plus les restructurations massives (Ringier et TX Group demeurent des champions en la matière) et la constante déperdition de la qualité des contenus rédactionnels. Alors, pour le Syndicat suisse des médias, une SSR à qui on aurait amputé une part conséquente de ses moyens viendrait miner un peu plus la possibilité pour les citoyens de s’informer, de se faire une opinion en se basant sur des sources sûres et sur un travail journalistique sérieux. Ce droit est d’autant plus crucial que la Suisse, avec son régime de démocratie directe, appelle le peuple à se prononcer par le vote plus qu’aucun autre pays occidental.
C’est enfin tout un biotope qui s’inquiète et craint de traverser une crise existentielle si la proposition de l’UDC était acceptée. Celui qui collabore activement avec la SSR dans la production de 80 documentaires par année, de 35 longs métrages et de six à sept séries. Ce pan de la mission de la SSR jouit aujourd’hui d’une enveloppe annuelle de 34 millions de francs, budget fixé par le Pacte de l’audiovisuel. Selon le SSM, la survie de ce vaste programme ne serait plus assurée au lendemain d’un éventuel vote favorable à l’initiative. Des dizaines de partenaires – de nombreuses boîtes de production, notamment – passeraient alors à la trappe. Et avec eux, un pan de la culture du pays serait effacé de la carte. Un dangereux gâchis si on pense que la culture est le ciment de la société.