Une planète à défendre

«Même si nous ne reconnaissions qu’une valeur décorative aux milieux naturels, il faudrait laisser aux prochaines générations des possibilités de repenser leurs relations avec le milieu vivant. Or, ces possibilités ne tiendront que dans les quelques lambeaux de nature encore intacte que nous saurons leur transmettre. Ainsi la conservation de milieux comme celui du Mormont n’est pas un cadeau à la nature, c’est un acte de prévoyance et un devoir civil.» Ces mots ne datent pas d’hier. Mais de 1975 déjà. Ils ont été écrits par le botaniste Pascal Kissling à l’intention des autorités pour la sauvegarde de ce site exceptionnel niché dans le canton de Vaud. Presque 50 ans plus tard, les témoignages de soutien à la Zad (zone à défendre), la première de Suisse, font écho à ce que les naturalistes avaient déjà mis en lumière: l’importance de préserver la biodiversité et de repenser nos liens avec le vivant.

Au-delà de ses orchidées sauvages uniques, qui ont donné le nom au collectif qui les protège depuis cinq mois, le Mormont est aussi un sanctuaire celtique unique en Europe. Il y a plus de 2000 ans, nos ancêtres fêtaient certainement les divinités de ce lieu sacré lors de rituels païens mêlant faune, flore et esprits. La valeur écologique et culturelle de cette colline n’est ainsi plus à prouver. Et pourtant le système néolibéral, dont fait partie intégrante le cimentier Holcim, veut continuer à la détruire. Depuis plusieurs années, l’Association pour la sauvegarde du Mormont s’élève contre cette marche funèbre par des actions en justice. Ultime recours encore en suspens, celui auprès du Tribunal fédéral. Depuis octobre 2020, des militants écologistes ont choisi une autre méthode, celle de l’occupation pacifiste. La première Zad est née portant les valeurs propres à ces lieux d’autogestion et d’utopies concrètes. Résolument anticapitalistes, ceux-ci expérimentent de nouvelles formes de liens plus coopératifs, plus créatifs et respectueux. Aux dimensions sacrées, historiques et naturelles du Mormont s’ajoute un vivier d’apprentissages pour le monde d’après. L’amour au lieu de la guerre. Le don plutôt que la prédation.

La production de béton est excessivement polluante, et doit donc diminuer drastiquement, au profit du bois, de la paille, du chanvre, de la terre, entre autres biomatériaux, sans compter les possibilités de recyclage. Un changement de système s’impose. Mais il ne doit pas se faire au détriment de la classe ouvrière. Comme le souligne la Grève du climat, les salariés d’Holcim, comme ceux travaillant dans d’autres secteurs polluants, ont droit à des formations pour une reconversion vers des métiers durables. Les populations du Sud exploitées par les multinationales doivent également être soutenues dans leurs luttes pour des conditions de travail dignes et un environnement sain. Aux Philippines, en Inde ou en Jordanie, de nombreux syndicats s’élèvent déjà contre les méthodes de LafargeHolcim, responsable de plus d’une centaine de cas de pollution et de violation des droits humains selon un récent rapport de Greenpeace. La justice climatique est essentielle à cette transition nécessaire, si nous souhaitons que nos enfants puissent encore se promener dans des températures humaines au cœur de forêts préservées, au Mormont ou ailleurs, dans une solidarité retrouvée. C’est ce rêve qu’incarne la Zad de la colline.

En savoir plus: sauvonslemormont.ch, zaddelacolline.info

Ces lignes ont été mises sous presse lundi. Elles ne peuvent donc pas relater les possibles événements d’hier.