Tout augmente, sauf les salaires
Pas besoin d'attendre l'annonce des primes d'assurance-maladie de l'an prochain pour savoir qu’on va encore prendre un coup au porte-monnaie. Par ailleurs, vu le regain de tension au Moyen-Orient, et le cours du pétrole qui joue au yoyo, il ne faut pas trop compter sur une baisse significative de l'inflation dans l'immédiat. Avec une économie aussi tributaire des énergies fossiles, pas étonnant que notre pouvoir d'achat soit à la merci des soubresauts géopolitiques qui secouent d'autres continents.
De plus, cette dépendance ne fait qu’aggraver le dérèglement climatique, comme le dénoncent les dizaines de milliers de personnes qui manifestent ces jours dans toute la Suisse sous le slogan «Pas d'étés à 50 degrés!». Et cela a aussi un impact concret sur les finances des ménages, puisque la sécheresse extrême de l’été qui s’achève engendre de faibles récoltes dans l’agriculture, ce qui se traduira par une hausse du prix des denrées alimentaires cet hiver.
Les revendications salariales des syndicats, qui réclament une augmentation générale de 2,5%, sont donc plus légitimes que jamais (lire en page 7). Quand tout augmente, on ne peut pas accepter que seuls les salaires stagnent. D'autant que, malgré une situation compliquée au niveau mondial, certains secteurs résistent plutôt bien dans notre pays. Et que la productivité continue d'augmenter. Il serait donc temps que les travailleurs et les travailleuses récoltent les fruits de leurs efforts.
Les écarts entre hauts et bas revenus sont de plus en plus indécents. Il faut être aveugle pour ne pas voir qu'il s'agit d'une bombe à retardement sur le plan social. Il y a déjà 8,4% de la population suisse qui vit sous le seuil de pauvreté, et 1,5 million de personnes qui sont à peine au-dessus. Signe tangible de cette paupérisation, les files d'attente aux points de distribution de nourriture, qui nous avaient choqués durant la pandémie de Covid, sont désormais devenues monnaie courante.
Hélas, nos autorités ne font pas grand-chose pour y remédier, au contraire. A Genève, par exemple, le projet de budget austéritaire qui vient d’être présenté ne fera qu’accroître les inégalités. Le Conseil d’Etat veut en effet sabrer dans le social, la santé et la formation, alors qu’en parallèle, la droite a fait passer en commission un projet de réduction de l’impôt sur la fortune. De son côté, le Canton de Vaud compte limiter cette année les coupes budgétaires en piochant dans ses réserves. Mais le gouvernement prévient déjà qu’en cas d’acceptation dans les urnes, ce 27 septembre, de la baisse d’impôts de 12% - qui bénéficiera avant tout aux contribuables les plus aisés - des mesures d’économie supplémentaires seront inévitables. C'est toujours la même recette: on baisse les impôts des plus riches et pour combler le trou dans les finances étatiques, on réduit les prestations qui aident les revenus modestes et la classe moyenne à garder la tête hors de l’eau. Du pur cynisme!
L'augmentation des salaires se justifie également par le fait que le changement climatique rend les conditions de travail de nombreuses personnes de plus en plus éprouvantes. Et ce ne sont pas les cols blancs qui souffrent le plus des canicules, mais celles et ceux qui exercent les métiers les moins bien payés, les plus pénibles et les plus dangereux, à l'instar des travailleurs de la construction, du personnel soignant et de toutes les petites mains de l'économie. Le nombre d'années d'études et les diplômes ne doivent pas être les seuls critères de rémunération, sauf si l'on veut perpétuer les injustices sociales.
Les négociations qui commencent pour un ajustement des salaires et pour le renouvellement de conventions collectives de travail s'annoncent donc chaudes. Restons mobilisés, ce n’est pas le moment de baisser les bras!