La pièce Laisse béton (Merci Renaud) s’inspire de l’histoire d’un militant climatique qui s’érige contre une multinationale. A voir au Théâtre du Loup à Genève, dès le 10 février.
Une épopée dans l’air du temps, entre criminalisation du mouvement climatique et toute-puissance des multinationales. A travers sa nouvelle pièce coécrite Laisse béton (merci Renaud), le metteur en scène Jérôme Richer s’inspire de la mise en détention provisoire à la prison de Champ-Dollon – pendant trois mois – de Jérémy*, cet étudiant en sociologie soupçonné d’avoir saboté deux engins du cimentier Holcim à Genève.
Pour mémoire, le mandat d’arrêt date de juin 2022 et l’arrestation de mars 2023. De nombreuses manifestations de soutien ont eu lieu dans la ville du bout du lac pendant les trois mois de sa détention. Si le Tribunal fédéral a considéré cet emprisonnement comme arbitraire, le dossier n’est pas clos puisque aucun procès n’a encore eu lieu.
«Je traite de sujets qui m’agitent et que j’ai envie de voir au théâtre», résume Jérôme Richer, qui s’est penché sur l’exploitation minière et le béton il y a plusieurs années déjà. Si l’idée émane de lui, Laisse béton a été corédigé avec deux autres artistes, Julie Gilbert et Antoine Rubi. En ressort une écriture hybride qui dépasse la somme des parties. Ensemble, au-delà de l’affaire Jérémy*, ils abordent pêle-mêle la révolte de la jeunesse, la colline du Mormont, la Syrie, les cathédrales en béton, la dégradation du vivant… Sans oublier le bonheur et la joie.
Travail collectif
Cette première écriture collective est aussi la première production de la nouvelle codirection du Théâtre du Loup (sis, ça ne s’invente pas, au chemin de la Gravière), constituée donc de Jérôme Richer, Julie Gilbert et Jean-Louis Johannides.
Une pièce «positionnée» et «documentée», mais «non pas militante», selon les mots du premier, qui entend éviter tout manichéisme: «Nous ne voulons rien prémâcher, ni asséner de vérités, mais ouvrir des questions afin de ne pas nous adresser qu’aux convaincus.»
Le metteur en scène s’insurge cependant contre la criminalisation des mouvements pour le climat de ces dernières années. «Avant le Covid, la Grève du climat était bien vue. Après, on a assisté à un basculement. Le terme écoterrorisme est apparu en France. En Suisse, les peines pécuniaires et les sursis, même pour les Aînées pour le climat, ont eu un effet de dissuasion. Avec la droitisation du monde, les inégalités et la répression des manifestants s’accentuent partout…»
Sur scène, six acteurs et actrices (Philippe Annoni, Léon Boesch, Lou Golaz, Jean-Louis Johannides, Lola Riccaboni, Mariama Sylla) et un musicien (Vincent Bertholet de l’Orchestre tout puissant Marcel Duchamp et du duo Hyperculte) incarnent, entre autres personnages, des activistes du climat, une mère révoltée, deux maillons de la multinationale du béton, des policiers... Loin du combat de David contre Goliath, ils interrogent: une lutte locale peut-elle se faire l’écho de combats mondiaux? Pourquoi une telle répression face à ceux qui défendent l’environnement et une telle impunité des multinationales? Pourquoi ce «deux poids deux mesures»? Une machine endommagée est-elle plus importante qu’une terre polluée?
* Prénom d’emprunt utilisé par les médias et les milliers de personnes qui ont soutenu le jeune militant.