«On se prépare à d’autres attaques contre le service civil»
Le Groupe pour une Suisse sans armée estime que le texte accepté dimanche 14 juin rate sa cible.
La Suisse a validé la modification de loi qui rend l’accès au service civil moins attractif. Déception pour les milieux antimilitaristes, qui doivent déjà se préparer pour la prochaine bataille.
Il sera plus difficile pour les jeunes Suisses d’opter pour le service civil plutôt que pour l’armée. Le «non» de la Suisse romande n’a pas fait le poids face au «oui» des cantons alémaniques. La modification de la loi sur le service civil a été acceptée par 52,5% du peuple, ce dimanche 14 juin. L’objectif de cette modification de loi est d’augmenter le nombre de recrues qui choisissent le service militaire, non pas en rendant ce dernier plus attractif, mais en pénalisant les jeunes qui s’orientent vers le service civil. Pour ce faire, six mesures ont été imaginées, parmi lesquelles l’obligation de servir au minimum 150 jours dans le service civil, quel que soit le nombre de jours de service déjà accomplis dans l’armée. Ainsi, une recrue à qui il resterait 43 jours à effectuer en caserne et qui souhaiterait passer au service civil verra la durée de son engagement largement allongée. Avant la modification de la loi, il aurait dû servir durant 65 jours, ce sera désormais 150. Par ailleurs, les officiers et les sous-officiers qui passent au service civil ne bénéficieront plus de conditions particulières et les médecins et les étudiants en médecine ne pourront plus effectuer leur service civil en dans leur domaine professionnel. Rayyân Rehouma, secrétaire politique du Groupe pour une Suisse sans Armée (GSsA) répond à nos questions.
Dans quel état d’esprit êtes-vous, après le résultat de dimanche?
Il y a de la déception et de la frustration, parce que c’était serré. On a quand même vu qu’une partie importante de la population veut garder une alternative forte à l’armée. Mais la technique du «salami» a fonctionné: on fractionne les attaques contre le service civil pour donner l’impression d’une petite modification de loi. Or ce que propose le texte est absurde. Ça ne va pas gonfler les effectifs de l’armée, mais on va simplement se retrouver avec plus de personnes qui vont essayer de se faire passer pour inaptes… La réforme tape à côté de sa cible.
Le contexte géopolitique mondial a-t-il aussi joué un rôle dans le résultat final selon vous?
C’est sûr que depuis le début de la guerre en Ukraine, on voit que la propagande militariste est de plus en plus déployée et un climat de peur se propage. Notons d’ailleurs que cette propagande n’a pas de sens en Suisse, puisque l’effectif de l’armée est déjà supérieur au maximum légal (ndlr: 146'700 soldats actuellement, alors que la limite maximale légale est fixée à 140'000). Et il faut aussi dire que le Département fédéral de la défense, de la protection de la population et des sports (DDPS) a un beau budget de promotion, avec lequel on ne peut pas rivaliser. Mais malgré ces quatre années de battage pro-guerre, on voit qu’il y a encore de nombreuses personnes qui tiennent au service civil.
Vous craignez d’autres attaques contre le service civil?
Évidemment! Pour les partis bourgeois, ce n’est qu’un premier pas vers le démantèlement complet du service civil. La réintroduction de l’examen de conscience ou la fusion avec la protection civile sont discutées à Berne, mais nous continuons à nous battre! C’est pourquoi nous lançons un appel pour défendre le service civil, tout en maintenant notre service d’aide aux recrues qui ne se sentent pas à l’aise avec le service militaire.