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«Nous n’allons pas laisser les patrons marcher sur ce droit!»

Conférence de presse
© Olivier Vogelsang

Les représentants du comité référendaires pour la défense des salaires minimums présentent leurs arguments à la presse, à Berne, ce 30 juin.

La gauche et les syndicats lancent le référendum contre la décision du Parlement de faire primer les conventions collectives sur les salaires minimums cantonaux et communaux.

Dont acte. La gauche et les syndicats avaient promis de lancer un référendum si le Parlement décidait que les conventions collectives de travail (CCT) de force obligatoire doivent primer sur les salaires minimums cantonaux et communaux. Ce que la majorité de droite des Chambres fédérales a entériné le 19 juin. Par conséquent, le référendum a officiellement été lancé ce 30 juin à Berne par le comité «Défendons les salaires minimums», composé de partis politiques et des deux faîtières syndicales, l’Union syndicale suisse (USS) et Travail.Suisse. C’est déjà le branle-bas de combat pour la récolte des 50’000 signatures nécessaires, qui doit aboutir d’ici au 8 octobre tout en démarrant à l’orée des grandes vacances. 

A Berne, le comité référendaire a dénoncé la violente attaque du patronat et du camp bourgeois contre la protection des salaires et contre des décisions démocratiques. «En Suisse, des dizaines de milliers de personnes travaillent pour des salaires qui suffisent à peine pour vivre, rappelle Vania Alleva, vice-présidente de l’USS et présidente d’Unia. C’est pour lutter contre la pauvreté malgré le travail et garantir le minimum vital que plusieurs cantons et villes ont introduit des salaires minimums légaux en tant que mesure de politique sociale.» Et d’ajouter que cela évite aux contribuables de devoir «subventionner indirectement les employeurs par le biais de l’aide sociale», quand ces derniers versent des salaires de misère.

 

Attaque contre le pouvoir d’achat

Mais avec la disposition votée au Parlement, de nombreuses personnes seraient à l’avenir exclues du champ d’application des salaires minimums. Et cela notamment dans des branches où les rémunérations sont particulièrement basses. Genève et Neuchâtel, les seuls cantons où le salaire minimum cantonal prévaut actuellement sur les CCT, ont obtenu la garantie que ça resterait le cas. En revanche, ce serait sans la compensation du renchérissement, ce qui signifie une baisse du pouvoir d’achat. «Une employée de service ayant suivi une formation initiale de deux ans, une coiffeuse formée ou encore une employée spécialisée du nettoyage textile seraient ainsi privées de 135 francs par mois», précise Vania Alleva. 

Quant aux endroits où un salaire minimum vient d’être adopté en votation mais n’est pas encore entré en vigueur, comme dans le canton de Vaud, des dizaines de milliers de personnes risquent de ne jamais en voir la couleur et de devoir se contenter de ce que prévoient les CCT. Ce qui peut représenter jusqu’à plusieurs centaines de francs de manque à gagner par mois.

Pour Léonore Porchet, conseillère nationale Verte et vice-présidente de Travail.Suisse, le salaire minimum est aussi une mesure féministe: «Il agit surtout là où les inégalités se concentrent, inégalités qui touchent d’abord les femmes.» L’élue vaudoise note que les bas salaires concernent principalement des branches telles que la vente, le nettoyage, les soins, la restauration, l’aide à domicile ou les services, où les femmes sont majoritaires. «A Genève, plusieurs années après l'introduction du salaire minimum, les évaluations montrent qu'il n'a pas provoqué d'augmentation significative du chômage. Mieux encore: les effets ont été particulièrement positifs pour les femmes. Dans les emplois directement concernés, les rémunérations ont augmenté d’environ 15% en moyenne. Cela veut dire qu’une vendeuse, une employée de nettoyage une coiffeuse qui gagnait par exemple 3800 francs par mois a pu passer à environ 4370 francs. Le salaire minimum réduit la précarité et donne un peu plus d’air à des personnes qui galèrent. Nous lançons ce référendum parce que nous refusons qu’un outil qui a fait ses preuves soit affaibli. Nous n’allons pas laisser les patrons marcher sur ce droit!»

 

Un putsch du patronat

Ce que dénonce le comité référendaire, c’est aussi une attaque contre la démocratie directe et le fédéralisme. Des valeurs pourtant régulièrement mises en avant par les partis de droite, comme le fait remarquer Cédric Wermuth, co-président du Parti socialiste suisse. «Ce que le Parlement national tente de faire ici, passez-moi l’expression, n’est rien de moins qu’un putsch des patrons et des profiteurs des bas salaires contre la démocratie directe», tonne-t-il, en rappelant que les salaires minimums cantonaux et communaux ont été approuvés lors de votations populaires avec des résultats allant de 51,7% dans le canton de Vaud, à 58,2% à Genève et même 69,9% en Ville de Zurich, entre autres.

L’un des arguments du camp bourgeois et du patronat est de dire que les salaires minimums nuisent au partenariat social dont sont issues les CCT. Mais la gauche et les syndicats rétorquent que les CCT, qui sont des accords de droit privé, ne peuvent pas se substituer à des décisions du peuple souverain. Le Conseil fédéral et la plupart des cantons sont aussi de cet avis. «Les membres du Parlement qui ont dit oui à l’attaque contre les salaires minimums ont enfreint la Constitution», lance Adrian Wüthrich, président de Travail.Suisse. 

Christian Dandrès, président du Syndicat des services publics, abonde: «On marche sur la tête! Le patronat conçoit le partenariat social comme un instrument de dumping salarial», lâche-t-il, en soulignant le fait que les salaires stagnent depuis dix ans alors que le coût de la vie ne cesse d’augmenter. Pour le comité référendaire, défendre les salaires minimums bénéficie à l’ensemble des salariés, en mettant un frein à la sous-enchère. «Cette loi est une attaque massive contre les bas salaires, les femmes et l’ensemble des travailleurs et des travailleuses. Le travail doit garantir la subsistance», conclut Vania Alleva.

Une vidéo de Julia Neukomm (Work) et Virginie Zimmerli (L'Evénement syndical).

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