Manor: droits syndicaux bafoués

Succursale Manor à Lausanne.
© Olivier Vogelsang

Unia s’insurge contre l’attitude antisyndicale de Manor et les pressions que l’entreprise exerce sur les employés pour qu’ils travaillent une heure de plus hebdomadairement, sans compensation financière.

Manor a annoncé la suppression de près de 500 postes de travail. Unia dénonce des pressions sur le personnel inacceptables et exige le retrait des licenciements

Coup de massue pour le commerce de détail. L’enseigne Manor, propriété de la famille Maus, a annoncé, le 17 août dernier, la suppression de 476 places de travail, soit 91 à son siège à Bâle et 385 dans ses différents magasins. Ces coupes représentent la perte d’un poste sur vingt dans la société qui emploie 8900 personnes. Manor justifie cette restructuration par sa volonté de développer les ventes en ligne. Et cela après que la pandémie de coronavirus a durement touché le secteur non alimentaire, accélérant un processus débuté à la fin de l’année dernière. «Nous protestons contre cette baisse des effectifs et exigeons que l’enseigne fasse marche arrière. Nous nous attendions à des licenciements, mais certainement pas de cette ampleur. Et dénonçons les méthodes de l’entreprise», commente Anne Rubin membre de la direction Unia du commerce de détail. Pressions inacceptables sur les employés, attitude antisyndicale, procédure de consultation opaque: les critiques d’Unia à l’encontre de l’enseigne sont plurielles. «On exerce du chantage sur les employés pour qu’ils augmentent leur temps de travail. On leur demande de passer de 41 heures à 42 heures hebdomadaires, sans compensation financière, sous peine de faire partie des personnes licenciées. Personne ne sait encore qui va perdre son travail. Manor divise ainsi son personnel par la peur et ne lui laisse pas la possibilité de proposer des alternatives à la réduction d’effectifs. Scandaleux», souligne la collaboratrice d’Unia, fustigeant aussi l’attitude antisyndicale de l’enseigne qui prétend pourtant avoir des contacts étroits avec les partenaires sociaux.

Procédure opaque

«De quels partenaires s’agit-il? Mystère. Et l’entreprise interdit carrément aux travailleurs de parler avec le syndicat. On ne sait pas davantage qui compose les commissions du personnel», poursuit Anne Rubin, précisant qu’Unia est en relation avec des salariés de Manor dans toute la Suisse et les invite à se mobiliser et à défendre leurs droits. «Nous exigeons la tenue d’une procédure de consultation transparente qui permette d’élaborer de réelles alternatives à la suppression de postes envisagée. Elle est, à ce stade, complètement opaque. Les employés ne sont au courant de rien et ignorent qui les représente dans ces discussions. Ils n’ont jamais vu non plus de proposition de plan social.» Au regard de l’envergure nationale de la société, Unia estime que cette procédure doit être menée dans l’ensemble des magasins et durer suffisamment longtemps pour que tous puissent y participer. Anne Rubin s’indigne encore du comportement de l’enseigne qui avait prévu de longue date cette restructuration, bien avant le Covid-19, et n’a pas moins largement profité de l’aide de l’Etat via la RHT (réduction de l’horaire de travail). «Les employés ont accepté des baisses de salaires pour que leurs places de travail soient maintenues et Manor licencie aujourd’hui massivement.»

Des moyens en suffisance

Aussi, Unia revendique la compensation rétroactive des pertes de salaires induites par la RHT. Elle exige par ailleurs un plan social digne de ce nom intégrant des mesures pour la formation, les retraites anticipées et la garantie des acquis en cas de replacement. Le syndicat note encore que la famille Maus, «avec une fortune de 3 à 4 milliards, a les moyens d’un plan social généreux». Unia demande à l’entreprise de créer un fonds destiné à la formation ou à la reconversion, dans cette période de transformation digitale générant d’importantes pertes d’emplois. A ce sujet, Anne Rubin estime que l’enseigne n’a pas su prendre à temps le tournant numérique et former en conséquence ses employés.

Quoi qu’il en soit, le syndicat invite le personnel à s’organiser, rappelant que plus la mobilisation sera forte, plus les chances d’obtenir des résultats seront grandes.

Le groupe Manor se compose de 59 grands magasins, 30 supermarchés et 27 restaurants. Il est présent sur l’ensemble du territoire.