L’heure de dire oui

Nouvel obstacle dans la mise en œuvre d’un processus qui, pourtant, aurait depuis longtemps déjà dû couler de source. Le référendum contre le mariage pour tous a formellement abouti le 27 avril dernier avec plus de 61000 signatures validées. A l’origine de cette démarche d’un autre temps, un comité interpartis, composé essentiellement de représentants de l’Union démocratique fédérale (UDF) et de l’UDC. Pour ce groupe, «le mariage est et doit rester l’union naturelle d’un homme et d’une femme, qu’il s’agit de protéger». Son combat d’arrière-garde se fonde sur des «convictions morales» et une vision pour le moins étriquée, pour rester poli, de ce qu’il nomme «l’ordre social». L’idée que les couples de lesbiennes puissent, en cas de oui à la nouvelle loi acceptée par le Parlement en décembre dernier, bénéficier du don de sperme lui paraît inconcevable. Quand bien même, cette interdiction dénuée de fondement est contournable. Non sans complications. Les femmes homosexuelles désirant devenir mères n’ont aujourd’hui pas d’autres choix que de se rendre à l’étranger. Avec les difficultés administratives et financières susceptibles de survenir. Avec, peut-être, le désagréable sentiment d’agir dans la marge quand bien même la démarche se révèle aussi compréhensible que normale et communément admise dans nombre d’Etats voisins de la Suisse. Pour les opposants, pas question pourtant d’ouvrir cette brèche, eux qui déjà s’inquiètent de voir des couples d’hommes accéder à la possibilité de recourir à des mères porteuses. Une étape loin de se profiler dans une Suisse largement en retard en comparaison européenne sur le front de l’égalité des droits des LGBTQIA+. Et qui, avec sa version du partenariat enregistré, introduit seulement en 2007, a créé des couples homosexuels de seconde classe, privés de l’accès à la naturalisation facilitée et interdisant l’adoption d’enfants autres que ceux du partenaire. Ce statut s’est concrétisé par une union au rabais, sans cérémonie du «oui» comme lors d’un mariage traditionnel, sans, non plus, la nécessité de témoins. Plus que des symboles, un manque de considération des personnes concernées. Sans oublier la création d’une nouvelle case en matière d’état civil contraignant les personnes pacsées à révéler leur homosexualité.

Ces injustices pourront demain être corrigées. Et ce alors que les mentalités sur l’orientation sexuelle ont d’ores et déjà largement évolué, même si les familles arc-en-ciel doivent encore trop souvent s’expliquer, voire se justifier.

Il est plus que l’heure de passer la vitesse supérieure – l’initiative parlementaire a été lancée en 2013 – et d’inscrire enfin dans la loi l’égalité de traitement. N’en déplaise à ses adversaires, l’amour ne connaît pas d’identité de genre. Le désir d’enfants n’est pas l’apanage de couples hétérosexuels, la prédominance de ce type d’union ne garantit en rien un développement plus harmonieux de la progéniture. Seule compte la qualité de la relation entre les êtres, la force du lien et la protection suprême des enfants qui sera améliorée avec l’acceptation du projet. Rappeler ces lapalissades semble anachronique mais vraisemblablement encore nécessaire face à une frange de réactionnaires qui entendent imposer leurs normes, leurs schémas de pensée et leurs croyances dans un domaine qui appartient pourtant à la sphère privée. Alors que l’adoption de la législation, sur laquelle nous voterons probablement en automne, n’enlève rien à personne.

Gageons que la population saura faire preuve de bon sens et, en acceptant le mariage pour tous, contribuera à aplanir les difficultés et les souffrances inutiles de communautés restant trop souvent discriminées et stigmatisées...