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Les patrons sont-ils des monstres?

Richement documenté, l’ouvrage de Vincent Beaufils nous dit que les patrons peuvent être mégalos, autocrates et intrigants, mais aussi très … performants.

En lisant cet ouvrage signé par le directeur du magazine «Challenge», on apprend plein de choses sur le monde patronal, français surtout, mais pas seulement.

Tavares: 36,5 millions d’euros

Directeur général de Stellantis (Fiat-Chrysler et PSA/Peugeot-Citroën) de 2021 à 2024, Carlos Tavares a touché, en fin de carrière, un salaire annuel de… 36,5 millions d’euros! Lorsqu’on lui a demandé si ce n’était pas excessif, il a répondu en ces termes: «Je fais simplement remarquer qu’il y a pour les patrons des grands groupes industriels, comme pour les joueurs de football ou les pilotes de Formule 1, un marché.» Le comble, c’est qu’un tel revenu sera cautionné par Jacques de Saint-Exupéry, administrateur salarié de Force ouvrière (FO) chez Stellantis! Il y a aussi des excès à d’autres étages des grands groupes. Vincent Beaufils évoque ainsi les honoraires de Rachida Dati, ministre de la Culture, «dont personne jusqu’ici n’a pu prouver la réalité de la prestation auprès de Renault-Nissan.»

Arnault soutient Hollande!
A la tête d’une fortune personnelle de 184 milliards de dollars, Bernard Arnault, PDG du groupe de luxe LVMH,  est considéré comme l’un des hommes les plus riches du monde. A l’époque, son entourage considérait François Hollande comme «un des rares hommes politiques qui comprend l’économie, et qui sait parler aux chefs d’entreprises». Bernard Arnault avait d’ailleurs appelé à voter pour François Hollande à l’occasion de l’élection présidentielle de 2012. Parmi d’autres éléments, cela permet de comprendre le grand virage social-libéral de François Hollande. Par la suite, Bernard Arnault s’était toutefois rabattu sur Emmanuel Macron, «une personnalité hors du commun». En l’espèce, il est vrai que ce qui compte, ce ne sont pas les convictions, mais «les entrées à L’Elysée».

Délocalisations : l’Allemagne plus sociale.
Les grands patrons de presque tous les pays occidentaux pratiquent des délocalisations, histoire d’abaisser les «coûts» salariaux et d’accroître leurs profits. Mais les pratiques sont sensiblement différentes d’un pays à l’autre. Alors qu’en France, seul l’argent ou presque compte (300 sites industriels fermés par an pendant des années), les patrons allemands sont plus modérés, Car ils peuvent construire des usines partout dans le monde, mais à conditions de ne pas diminuer les effectifs en Allemagne et d’y conserver la recherche. Cela permet de comprendre pourquoi la part de l’industrie dans le produit intérieur brut (PIB) est de 18% en Allemagne et de 10 % seulement en France. Mais la force des syndicats allemands y est aussi pour quelque chose.

L’exception Michelin
Dans ce monde de requins patronaux, il y a toutefois des exceptions. Michelin a ainsi mis en place, le 1erjanvier 2024, dans les 175 pays où la multinationale opère, un «salaire décent». Celui-ci doit permettre à une famille de vivre «normalement», en termes de nourriture, de logement, de soins ou de loisirs. En cas de fermeture d’usine dans une ville où le groupe est souvent le premier employeur, Michelin s'engage en outre à retrouver un emploi aux salariés concernés et à revitaliser économiquement la zone qu’il quitte.

Tous ceux qui vivent dans ce monde des grands patrons sont-ils pour autant heureux? Bien sûr, ils n’ont aucun problème matériel, contrairement à des millions de travailleuses et de travailleurs. Mais ces fonctions de PDG ou de directeur général font souvent peur. A tel point, explique l’auteur, que beaucoup de cadres ne veulent pas monter le dernier échelon pour devenir PDG. Ce serait peut-être plus simple s’il n’y avait pas que l’argent et la performance.

 

 

 

 

 

 

 

 

Vincent Beaufils, «Les patrons sont-ils des monstres?» Editions de L’Observatoire, 217p.

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