Les multinationales font la loi

La démocratie a du plomb dans l’aile. Face au pouvoir du monde économique, que ce soit au travers de l’influence des lobbies et de l’argent à disposition pour des campagnes, la désinformation sévit. Un exemple saisissant est celui de la force de frappe des opposants à l’initiative pour des multinationales responsables. Depuis début février, leur lobby diffuse massivement des annonces en ligne afin d’attirer les citoyens sur leur site de campagne, présenté abusivement comme un outil indépendant de vérifications des faits. C’est l’ancien conseiller d’Etat Dick Marty qui dénonce l’arnaque, en tant que coprésident du comité d’initiative pour des multinationales responsables. Une initiative portée par une vaste coalition d’organisations, dont les syndicats, demandant des règles contraignantes afin que les sociétés répondent de leurs violations des droits humains et environnementaux.

Derrière ces informations prétendument factuelles diffusées sur internet se cachent l’agence de relations publiques Furrerhugi, lobbyiste du géant des matières premières Glencore et proche du conseiller aux Etats PLR Ruedi Noser. Le journal alémanique Republik révèle même que Tamedia a soutenu la création de ce site. Un moyen pour le groupe de presse de gagner encore un peu plus d’argent grâce aux annonces publicitaires du lobby des multinationales? Cette affaire fait écho au deuxième contre-projet, proposé par la conseillère fédérale Karin Keller-Sutter, avalisé en décembre au Conseil des Etats qui n’impose au final aucune règle contraignante aux sociétés. Glaçant! La destruction de l’environnement, et avec elle le dérèglement climatique, tout comme les violations des droits humains ne font pas le poids face au pouvoir des transnationales à l’origine de ces crimes, avec le blanc-seing de la majorité de droite en vertu de la loi du marché et du plus fort.

La Suisse aime choyer ses multinationales. Ces dernières – comme le rappelle, dans un communiqué, Alliance Sud, l’une des organisations à porter l’initiative – ont, de surcroît, la possibilité de transférer leurs bénéfices là où elles sont le moins imposées, notamment en Suisse. Les pays en développement perdent ainsi des centaines de milliards de francs chaque année. Cette évasion fiscale n’est nullement combattue par le Conseil fédéral qui rechigne même à la réforme frileuse de l’imposition des multinationales proposée par l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE). Pendant ce temps, des mines de Glencore polluent l’air, le sol et l’eau en Zambie, au Congo, au Pérou, et ailleurs. Partout, des humains souffrent des maladies générées par l’extractivisme forcené. En Inde, Syngenta vend un pesticide interdit en Suisse, le «Polo», qui contaminent les sols et les corps. Ici, les compagnies de télécommunication continuent de pousser à la surconsommation de téléphones portables alors que l’extraction des minerais et des métaux nécessaires à leur fabrication est entachée de conflits armés, d’exploitation des travailleurs et d’écocide.

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