Le serpent qui se mord la queue

A Genève, les associations patronales ont lancé la semaine dernière leur campagne en faveur de la révision de la Loi cantonale sur les heures d’ouverture des magasins (LHOM). Soumise en votation le 28 novembre, la modification étendra les horaires des commerces de 18h à 19h le samedi et autorisera leur ouverture trois dimanches par an. Emmenés par Unia, la gauche et les syndicats ont lancé un référendum contre ce projet imposé par la droite patronale sans concertation et en bafouant la volonté populaire. En 2016, le peuple avait en effet donné son feu vert à des ouvertures le 31 décembre et trois dimanches par année sous condition de l'existence d'une convention collective de travail étendue, qui se fait toujours attendre. Au bout du lac, le dialogue social n’est invoqué par les patrons que lorsque cela les arrange bien. L’année passée, ils appelaient ainsi le peuple à refuser le salaire minimum, la main sur le cœur, ils disaient vouloir privilégier le partenariat social. Aujourd’hui, ils s’assoient allègrement dessus.

Certains se bercent encore de l’illusion qu’élargir les horaires permettra de lutter contre la concurrence du commerce en ligne et du tourisme d’achat, comme si l’offre et les prix n’étaient pas les éléments déterminants. Ouvrir plus longtemps va-t-il mettre des pièces dans notre portemonnaie? Non, mais à ce jeu, il peut y avoir des gagnants – les grands distributeurs – et des perdants ­– les petits commerçants. Premier acteur de la vente en ligne dans notre pays et disposant de deux supermarchés en France voisine, Migros gagnera à tous les coups ­– s’il y a quelque chose à gagner. Malins, les représentants des plus grandes surfaces se sont bien gardés de participer à la conférence de presse des associations d’employeurs, laissant de petits commerçants monter au front.

Il existe bien un moyen d’augmenter le chiffre d’affaires du commerce. Nul besoin d’ouvrir le dimanche, il suffit d’améliorer le pouvoir d’achat des travailleurs modestes et précaires... Mais les mêmes qui nous demandent de consommer plus s’opposaient au salaire minimum… C’est un peu le serpent qui se mord la queue. Et puis, remarquons qu’une fois encore, il nous est proposé de rester dans le cadre de l’hyperconsommation. Ces patrons ont-ils entendu parler du réchauffement climatique? Ce n’est pas en élargissant les horaires des commerces que nous allons réduire nos émissions et nos dépenses énergétiques. C’est bien un autre avenir que nous devons inventer. Dans l’immédiat, il faut que nous soyons nombreux et nombreuses le 28 novembre à dire que nous ne souhaitons ni travailler ni faire des courses les samedis soir et les dimanches. Nous voulons, au contraire, sortir et rencontrer des amis, être en famille et profiter du calme. Soyons raisonnables, la vie est trop courte pour que nous passions nos week-ends dans les magasins.