VOTATIONS La Suisse votera le 8 mars sur le fonds climat. Défendue par la gauche et les syndicats, cette initiative demande que la Confédération investisse dans la transition énergétique, sans toucher au pouvoir d’achat.
Une Suisse climatiquement neutre d’ici 2050. C’est ce qu’a voulu la population en acceptant la loi sur le climat et l’innovation, en 2023, et la loi sur les énergies renouvelables en 2024. Mais il sera impossible d’y arriver sans un fonds climat. C’est le message martelé par le comité d’initiative qui réunit Verts, socialistes, syndicats, organisations écologistes, parti évangélique et Jeunes verts libéraux. Ils appellent à voter oui, le 8 mars prochain, à l’objet intitulé «Pour une politique énergétique et climatique équitable: investir pour la prospérité, le travail et l’environnement».
Lors d’une conférence de presse le 13 janvier, ils ont rappelé ce constat: «En tant que pays alpin, la Suisse est particulièrement touchée par les effets de la crise climatique: nos glaciers fondent, les journées de canicule, les inondations et les phénomènes météorologiques extrêmes se multiplient. Elle se réchauffe deux fois plus vite que la moyenne mondiale, en affichant déjà 2,9 °C de plus qu’à l’ère préindustrielle.» La catastrophe de Blatten n’est que la pointe de l’iceberg.
Autonomie de la Suisse
Le texte de l'initiative stipule que la Confédération devra investir chaque année 0,5 à 1 % du PIB (entre 4 à 8 milliards de francs), dans la transition énergétique, la rénovation des bâtiments et le passage à des technologies respectueuses du climat. Il indique aussi que «le financement et la mise en œuvre des mesures doivent être socialement équitables».
Le fonds climat, comme l’explique Lisa Mazzone, présidente des Vert.e.s suisse, permettrait de soutenir l’assainissement énergétique du million de bâtiments qui en a besoin, créant ainsi de l’emploi (lire ci-dessous). De nouvelles liaisons ferroviaires pourraient être aussi réalisées, tout comme le verdissement des villes pour éviter les îlots de chaleur. «Chaque franc investi pour le climat rapporte davantage à l’économie et à la société», assène-t-elle.
Cédric Wermuth, coprésident du PS Suisse, explique: «Seuls les Etats qui renoncent aux énergies fossiles peuvent éviter de rester des pions sur l’échiquier géopolitique. Au lieu d’investir cet argent en Suisse, nous continuons à envoyer chaque année des milliards à l’étranger pour acheter du pétrole et du gaz. L’initiative pour un fonds climat nous permet enfin de moderniser les infrastructures suisses de manière socialement acceptable et avec la force nécessaire.»
Vice-présidente de l’USS et présidente d’Unia, Vania Alleva met en exergue ces entreprises suisses qui, dans le cadre de l’accord douanier avec les Etats-Unis, sont prêtes à investir 200 milliards de dollars (160 milliards de francs). «Cette somme permettrait de financer un fonds climat pendant 20 à 40 ans! Il est temps de donner un coup de pouce à la protection du climat et à l'économie nationale.»
La crise climatique coûte déjà
Du côté des opposants, les partis de droite, le Parlement et le Conseil fédéral à majorité bourgeoise, on soulève notamment le spectre de la hausse des impôts. Ce que réfute les initiants. Le fonds climat ne prévoit «aucun nouvel impôt ni aucune nouvelle taxe».
Les effets négatifs de la crise climatique sont déjà coûteux financièrement, à hauteur de près d’un milliard de francs par an, mentionne le comité d’initiative. Même le Conseil fédéral, pourtant contre l’initiative, indique des coûts de l’ordre de 34 milliards de francs par an d’ici 2060.
«Le GIEC estime que 2 à 4 % du PIB mondial doivent être investis chaque année pour atteindre la neutralité carbone d’ici 2050. Comme la plupart des pays riches, la Suisse n’investit pas à cette échelle, analyse Anthony Patt, professeur de politique climatique à l’Ecole polytechnique de Zurich. Pourtant, il est prouvé que les aides publiques, telles que celles prévues par l’initiative pour un fonds climat, sont efficaces, nécessaires et justes.»
Même l’ancien vice-président de la Banque nationale suisse, Jean-Pierre Danthine, soutient l’initiative. Fervent partisan du frein à l’endettement, qui a pour but de protéger les générations futures, il souligne que le fonds climat vise justement cet objectif. «Si nous voulons permettre à nos descendants de vivre aussi bien que nous, des investissements sont nécessaires. Et plus nous agissons tôt, plus ces investissements seront rentables.»
Pour plus d’informations: www.fonds-climat.ch