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Le prix à payer pour être soigné

Comment désengorger les urgences des hôpitaux? Le Conseil national, qui a adopté de justesse un projet parlementaire, croit avoir trouvé l’idée du siècle: taxer de 50 francs les patients qui se rendent aux urgences sans recommandation préalable par un médecin ou un pharmacien. Une mesure qui se veut dissuasive et dont l’objectif, pour la droite, est d’arrêter de surcharger les urgences pour des consultations jugées inappropriées, afin qu’elles puissent jouer leur rôle central et vital. Les femmes enceintes et les enfants ne sont pas concernés, mais quand bien même, quel message veut-on faire passer? Celui que les patients abusent? Qu’ils ne sont pas légitimes à consulter en cas de douleur soudaine, de doute ou de symptôme inhabituel qui arriverait en pleine nuit ou le week-end, car ça ne rentre pas dans les cases administratives? La réalité, c’est qu’on consulte rarement par confort, mais par nécessité. Peu de gens viennent à l’hôpital pour rien, et les chiffres le confirment: le taux de consultations dites «non justifiées» est descendu à 7% en 2023. 

 

Par ce projet, la droite dit vouloir responsabiliser la population. Dans les faits, on monnaie le droit de se faire soigner, même dans une situation d’urgence. On touche les personnes malades, donc vulnérables, et on discrimine forcément les gens les plus précaires pour qui 50 francs peut être un frein à consulter. Le risque est donc que la maladie évolue si on ne consulte pas à temps, et donc que la prise en charge soit bien plus coûteuse à terme. Sans parler de l’usine à gaz que serait une telle mesure pour les assureurs… En parlant d’assurance, une autre idée se profile, dans la même mouvance. Celle d’augmenter la franchise minimale de l’assurance maladie de 300 à 400 francs. Le Conseil fédéral veut par là «inciter les patients à faire preuve de plus de retenue dans leur recours aux prestations médicales». Cette proposition de modification de la LAMal a été qualifiée de «déconnectée de la réalité» par les syndicats. Encore une fois, ce n’est pas anodin. Il s’agit de transférer les risques et les coûts vers les assurés.

 

Le système de santé suisse, déjà aujourd’hui, est le plus coûteux d’Europe. En cumulant hausse de franchise et taxe aux urgences, il faudra payer davantage avant même d’être soigné. On met en place une santé à deux vitesses, avec les plus aisés qui continueront de consulter sans aucune hésitation, et les autres qui attendront, repousseront, en s’autopersuadant que ça passera, car il faut boucler les fins de mois. Et peut-être qu’il sera trop tard. On le sait pourtant, il vaut mieux prévenir que guérir. Mais la barrière entre la maladie et le soin est de plus en plus réelle. Et le prix du renoncement peut être lourd. A l’américaine, consulter va bientôt devenir un luxe en Suisse, et le droit à la santé dépendra du porte-monnaie. C’est le principe même de solidarité et celui de mission de service public qui sont en danger.

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