Le fossé des inégalités continue de se creuser
Près de la moitié de la population mondiale vit dans la pauvreté et souffre de la faim.
En Suisse, 41 ultrariches se partagent une fortune totale de quelque 197 milliards de francs, communique Solidar Suisse. Un montant qui a encore augmenté.
A l’occasion du Forum économique mondial (WEF) de Davos, qui s’est terminé le 23 janvier dernier, Oxfam a publié son traditionnel rapport sur les inégalités à l’échelle planétaire. Selon celui-ci, la fortune des milliardaires a augmenté l’an dernier d’environ 16%. Cette croissance, trois fois plus rapide que les moyennes des cinq dernières années, a atteint un montant record de 18300 milliards de dollars. Parallèlement, près de la moitié de la population mondiale vit dans la pauvreté et souffre de la faim.
En Suisse, les disparités ne sont pas moins flagrantes. Dans un communiqué de presse, Solidar, partenaire d’Oxfam, calcule que 41 ultrariches se partagent un magot total d’environ 197 milliards de francs. «Rien qu’en 2025, cette fortune a augmenté de 14,6 milliards de francs», chiffre Solidar. Et l’ONG d’imager le fossé des inégalités dans nos frontières: «A titre d’exemple, il ne faut en moyenne que 107 minutes à un milliardaire pour gagner l’équivalent du salaire annuel moyen en Suisse.» Pour l’organisation, une telle concentration de richesses crée un déséquilibre de l’influence au niveau politique.
Une concentration des richesses nuisible à la démocratie
«La démocratie ne doit pas se monnayer», alerte Susanne Rudolf, responsable de campagne chez Solidar. L’ONG estime en effet que la réalité décrite est loin d’être sans conséquence. Elle note que les inégalités servent les intérêts des personnes les plus privilégiées, en mesure dès lors d’imposer leurs thèmes prioritaires et d’influencer les décisions politiques. «Le rapport d’Oxfam montre qu’une part majeure du paysage médiatique mondial, y compris les réseaux sociaux et les plateformes d’intelligence artificielle, appartient à une poignée de milliardaires. Six d’entre eux contrôlent, à eux seuls, neuf des dix plus grandes entreprises des médias sociaux.»
En Suisse, s’inquiète Solidar, la concentration des richesses se manifeste surtout par le financement des campagnes de votations, notamment sur des sujets fiscaux et économiques. «A cela s’ajoute un problème structurel: les liens étroits entre l’administration fédérale, les groupes d’intérêts et les multinationales nuisent à la transparence du système démocratique. Lorsque le pouvoir économique et la politique s’allient, il devient difficile de savoirs quels intérêts dictent les décisions et qui en profite réellement.» Dans ce contexte, Solidar demande, aux côtés d’Oxfam, des règles claires passant notamment par une taxation plus équitable des grandes fortunes, des critères stricts pour encadrer le lobbying et l’influence en politique, ainsi qu’un financement transparent des campagnes de votations.