La nature au bout du crayon

Portrait de Lisa Voisard.
© Olivier Vogelsang

Lisa Voisard trouve dans la nature et les animaux une source d’inspiration inépuisable.

Graphiste de formation et aujourd'hui illustratrice à plein temps, Lisa Voisard vient de publier un second livre consacré au fabuleux monde des arbres. Un ouvrage poétique et didactique, plein de fraîcheur

Le tilleul, l’if et le marronnier. Voilà le trio gagnant de Lisa Voisard. Le premier la séduit pour ses feuilles romantiques en forme de cœur et sa douceur mellifère; le deuxième, habitant des sous-bois, la titille par son aspect mystérieux et les jeux de lumière; le troisième lui rappelle l’enfance. Mais cette difficile sélection ne limite en rien sa passion pour l’ensemble des spécimens. Dans Arborama*, son nouveau livre, l’illustratrice de 29 ans présente une cinquantaine de feuillus et de conifères que l’on peut découvrir au quotidien. La jeune femme a conçu l’ouvrage de A à Z et s’est entourée de spécialistes pour s’assurer de la justesse des informations scientifiques et culturelles transmises. A la clef, une publication de belle facture accessible aux enfants dès 7-8 ans, mais susceptible d’intéresser un large public. Cet album succède à un premier recueil qu’elle a consacré aux oiseaux. «Mon but? Inviter les personnes à prêter attention aux arbres. A les observer et les reconnaître», précise Lisa Voisard; et d’ajouter, dans un autre registre: «Par leur caractère statique, ils nous apprennent la patience. Certains, très âgés, comptent plus de 120 ans. Ils se dressent tels de vieux sages, traversant le temps. Magiques et apaisants», s’enthousiasme la créative, qui aime imaginer le vécu de ces doyens, muets témoins des évolutions architecturales, et d’un air davantage vicié... Brève digression dans le discours de la jeune femme qui trouve, dans la nature et les animaux, une source d’inspiration inépuisable.

Feuille blanche excitante

«Ce sont mes thèmes phares», souligne l’artiste, qui a grandi dans la campagne vaudoise, à proximité d’une forêt, et qui dessine depuis l’enfance. «J’ai toujours trouvé la feuille blanche excitante, comme une porte ouverte sur l’infini.» Fille unique jusqu’à l’âge de 14 ans, Lisa Voisard trompe sa solitude en laissant courir ses crayons avec bonheur. A l’école, elle excelle dans les branches artistiques. Des stages convaincants dans le graphisme – offrant davantage de garanties en matière de viabilité – la conduisent à effectuer un CFC dans ce domaine. La diplômée travaille ensuite plusieurs années à temps partiel dans différentes agences, gardant des espaces pour des réalisations personnelles. Il y a deux mois, elle franchit un pas supplémentaire et se lance en indépendante. Une décision audacieuse aussi liée à la pression des délais auxquels la salariée était soumise en entreprise. «Le stress a mangé des années de ma vie. Dans le monde du travail, il faut faire tout, tout de suite. J’ai choisi une existence plus simple, nécessitant moins de moyens. Je ne consomme pas à tout va et dispose de quelques économies au besoin», précise la créative, qui a développé une approche artistique bien à elle. Un style épuré, quasi minimaliste, coloré et sensible. Ce «droit au but» s’exprime également dans des illustrations présentant des intérieurs d’appartements design, une autre des thématiques qu’elle privilégie. «J’aime créer des ambiances avec des objets, des meubles, des plantes...» ajoute la passionnée qui, en revanche, écarte le plus souvent de ses planches les humains.

Guitare libératrice

«La raison? On prend déjà bien assez de place comme ça», sourit Lisa Voisard, qui s’est tournée vers une alimentation végétarienne, presque végane, au quotidien. Et contribue à son niveau à protéger la planète – «qui n’est pas infinie, même si on agit comme si» – entre participation à des manifestations pour le climat et efforts personnels. «J’ai commencé par m’interroger sur ma consommation, les dégâts de l’élevage intensif, le paradoxe consistant à aimer les animaux et à accepter pourtant qu’ils soient abattus pour finir dans l’assiette. Je n’ai plus eu envie de cautionner ce système. Je limite aussi mes déchets», note celle qui se déplace le plus souvent à vélo. Et consacre volontiers ses loisirs à la randonnée qui la ressource. Autre centre d’intérêt majeur: la guitare électrique. La Vaudoise en joue, compose et chante dans le groupe de metal Anachronism depuis douze ans. De quoi, affirme-t-elle, la faire voyager, et un bon canal pour libérer les émotions. Hypersensible, elle trouve de la sérénité dans toutes ses activités créatives et dans la méditation. Elle adore également cuisiner et découvrir des saveurs. Une dernière passion qui contribue à son bonheur, comme le fait, aujourd’hui, de bénéficier de davantage de liberté dans l’organisation de son emploi du temps.

Avec ses deux chats...

«Je suis devenue actrice de ma vie. On a tendance à exagérer la notion du risque quand on opte pour l’indépendance. Je me suis créée un poste. J’ai diversifié mes activités entre création de papeterie et décoration de textiles vendus dans des boutiques, expositions et mandats. D’autres peuvent agir de même. Osez, foncez», sourit la sympathique illustratrice qui trouve aussi de la joie dans les moments passés avec ses proches. Sans oublier ses deux chats partageant son quotidien lausannois dans un espace dépareillé, faisant la part belle à la récupération. «Ils sont drôles, communicants, affectueux, apaisants. Chacun possède sa personnalité», note l’amie des animaux, travaillant volontiers en leur compagnie. Mais également dans la nature, «tellement bénéfique et profonde». Si Lisa Voisard estime que nous faisons partie d’un tout – «Il n’y a pas l’humain et le reste, tous les êtres sont voisins sur cette Terre» – elle apprécie l’idée qu’on ne sache pas tout. Qu’on ne puisse tout calculer. Une part de mystère comme celle entourant son prochain livre en gestation. Alors que, dans l’intervalle, entre crayons et finitions à l’ordinateur, ses dessins restent autant de supports à ses poétiques rêveries.

Arborama, Editions Helvetiq, 2021, 208 p., disponible en librairie au prix de 35 francs.

Site de Lisa Voisard: lisavoisard.ch