Aller au contenu principal
Menu

Thèmes

Rubriques

abonnement

La grève féministe ou la convergence des luttes

manif
© Thierry Porchet

Près de 15000 personnes ont manifesté dans les rues lausannoises.

MOBILISATION Samedi 13 juin, à Lausanne, la grève féministe a rappelé son caractère intrinsèquement anticapitaliste en écho à la manifestation genevoise No G7 du 14 juin.

Près de 15000 personnes (9000 selon la police) ont défilé dans les rues de Lausanne samedi 13 juin, bruyamment, en musique et en violet, avec joie et pacifisme.

En introduction, les discours sur la place de la Riponne mettent en lumière les nécessaires et incessantes luttes contre les inégalités et les violences faites aux femmes. Plusieurs collectifs soulignent leur caractère politique. «Féministe, anti-capitaliste!», entre autres cris revendicatifs, retentissent plus d’une fois. «Nos vies valent plus que leurs profits», martèle des militantes de la grève féministe au micro, s’insurgeant contre le démantèlement du service public et la hausse des primes et de la précarité, alors que des milliards vont à l’armement et à la répression. Elles réaffirment que «cette situation n’est pas une fatalité!», que ce sont «les grèves et les luttes collectives qui ont permis les avancées sociales et permettront celles de demain». 

Les votations  et le G7 en toile de fond
Au micro, face à l’extrême-droite qui «cherche des boucs émissaires et crée la misère», le Collectif des foulards violets s’insurge que la population musulmane soit ciblée par la campagne de l’UDC. A cette votation fédérale cruciale en ce dimanche 14 juin répond aussi, le même jour, celle genevoise contre les signes religieux. 

Les militantes de la grève féministe s’oppose également au «G7, vitrine de cet ordre mondial inégalitaire, avec le pillage du Sud Global, les bombardements en Iran, au Liban, le génocide à Gaza et le blocus à Cuba». Elles en appellent à l’autodétermination de tous les peuples, à la justice et à l’anticolonialisme. «Il n’y a pas de lutte féministe sans justice globale!» 

Après les discours, le cortège intergénérationnel s’ébranle en direction du pont Bessière; croise une large banderole suspendue: «Derrière le capitalisme, notre travail invisible» qui appelle déjà à la grève du care le 14 juin 2027. Puis, il passe devant quelques banques barricadées par des panneaux jaunes à la mode genevoise. Sur les pancartes, la colère s’exprime: «Féminisme au pouvoir. Capitalisme à l’abattoir», «On ne naît pas femme, on en meurt». Mais il y a aussi de la poésie et pour l’humour: «Elle se branche où la prise de conscience?»

«Derrière chaque grande femme, il y a elle-même», peut-on lire sur celle d’Elisa, jeune manifestante, qui ajoute en riant: «Et ses copines et ses sœurs…» S’érigeant contre les violences sexuelles, elle rappelle que «Les femmes n’ont pas eu le droit de vote en votant…» Avec force slogans, dénonçant le patriarcat, le capitalisme et l’impérialisme, le cortège totalement pacifique - encadré par quelques policiers arborant pour certains des gilets avec l'inscription "Polizeidialog" - arrivent au parc de Montbenon où la mobilisation continue en musique. Sur un banc, une manifestante visiblement fatiguée par la marche de deux heures sous le soleil, mais pas seulement, tient encore sa pancarte. A l'écriture violette, elle a écrit: "On n'a plus les mots..."

 

Témoignages de manifestantes

Sylvie, la soixantaine, a commencé à manifester à la retraite. «Avant, cela me chargeait trop, explique-t-elle, même si le cœur y était. C’est quand même fou: les femmes représentent la moitié de l’humanité et l’on se sent comme une minorité». Celle qui a toujours été syndiquée s’inquiète du recul des droits. «Le masculinisme fait peur et la société est toujours très patriarcal. J’admire les militantes, et même l’anti-capitalisme radical des black-block. Je les trouve extrêmement courageux.»

«Ils permettent que les plus modérés soient mieux entendus, légitimés», abonde Véronique, à ses côté, active depuis longtemps pour différentes causes. Elle n’ira toutefois pas à Genève pour la manifestation No G7, par peur des débordements. «Je connais des gens qui se sont fait gazés à Berne par la police lors de la manifestation pour la Palestine. Ils n’ont rien vu venir et ont eu vraiment la trouille.»

Marie-Christine et Nadège sont mères et filles. Depuis 2023, la grève féministe est leur rendez-vous annuel, «avec la bénédiction des hommes de la famille», rient-elles.  «Après une pause dans ma carrière professionnelle de plus de 20 ans pour m’occuper de mes enfants cela a été difficile de retrouver du travail», explique la première, qui a finalement décroché un petit pourcentage comme monitrice de devoirs. Quant à la deuxième, jeune maman, elle ne trouve «pas évident d’allaiter tranquillement dans l’espace public sans être regardé bizarrement».

Un samedi dense en mobilisations

A Neuchâtel, la grève féministe a réuni un millier de personnes. A Genève, le contre-forum a fait le plein de conférences et de tables rondes. Enfin, sur le lac Léman, juste en face d’Evian, une vingtaine de voiliers ont convergé à la frontière française, drapeaux palestiniens au vent, afin de dénoncer la complicité des puissants du G7 dans le génocide à Gaza et rappeler qu'ils ont le devoir de l'arrêter. 

Pour aller plus loin

«Déboutées, mais debout!»

manif

Le Tribunal fédéral refuse d’annuler la votation, malgré une information erronée du Conseil fédéral. Partis de gauche, syndicats et féministes ont exprimé leur colère à l’issue de l’audience.

Femmes des classes populaires: un rôle central en Ukraine

femmes ukrainienne

La guerre en Ukraine a aussi une dimension sociale, en ce sens que les femmes des classes populaires engagées dans le bénévolat jouent un rôle central dans le soutien aux combattants et aux civils.

Du malheur de naître femme

Féminicides, harcèlement sexuel dans la rue, au travail, discrimination salariale: les drames et les injustices spécifiques aux femmes ont contribué à nourrir l’actualité récente...

Manifestation contre les violences de genre à Genève