JTI, employeur modèle? De l’enfumage...

Siège de Japan International Tobacco à Genève.
© Thierry Porchet

Près d’un quart des effectifs du siège de la multinationale à Genève vont être supprimés malgré l’excellente santé financière de l’entreprise.

Soutenu par Unia, le personnel de Japan Tobacco International (JTI), qui va supprimer 268 postes à Genève, exige davantage de respect. Des mesures de lutte dans l’air...

Procédure de consultation bâclée, plan social indigne d’une grande multinationale, échec de la médiation à la Chambre des relations collectives de travail (CRCT): soutenus par Unia, des cols blancs de Japan Tobacco International à Genève ont dénoncé la semaine passée un manque de respect de la direction à leur égard. Une situation d’autant plus inacceptable que l’entreprise a, à plusieurs reprises, été nommée par le magazine Bilan «employeur de l’année». A l’origine du différend entre le personnel et les responsables: une procédure de consultation éclair qui n’a pas garanti les conditions cadres nécessaires à la recherche approfondie de solutions pour la sauvegarde des emplois et des indemnités de départ clairement insatisfaisantes. Rappelons que l’entreprise a annoncé, le 2 septembre dernier, la suppression de 268 postes sur les 1100 que compte Japan Tobacco International (JTI) à Genève. Si la restructuration s’inscrit dans le cadre d’une réorganisation mondiale, elle a néanmoins surpris le personnel du bout du lac dans sa mise en œuvre. «Il y a un an et demi, JTI a averti ses collaborateurs de transformations au sein de l’entreprise, mais personne n’a parlé de licenciements. Les employés ont été sous le choc quand ils en ont pris connaissance. Leur déception explique notamment leur mobilisation», précise Alessandro Pelizzari, secrétaire régional d’Unia Genève. Depuis, la machine s’est emballée, laissant les employés amers.

Espoirs douchés

«Nous demandions en toute bonne foi un délai de consultation suffisamment long pour travailler sérieusement sur des alternatives aux licenciements, alors que la direction avait prévu à peine deux semaines», témoigne un employé. Le personnel n’a pas davantage obtenu d’informations élémentaires sur les objectifs de la restructuration qui a occupé les responsables une année et demie, «à huis clos, sous l’égide de consultants de McKinsey». Le collaborateur précité souligne encore que l’entreprise bénéficie «d’une excellente santé financière après vingt ans de croissance et affiche une nouvelle fois une année commerciale record». Un contexte qui aurait dû favoriser un dialogue constructif et la prise en compte des requêtes du personnel pour limiter la perte de postes et obtenir un plan social juste. Espoirs douchés. «On leur a coupé l’herbe sous les pieds», s’indigne Alessandro Pelizzari dénonçant encore un traitement des employés genevois différent de celui de collègues frappés, dans d’autres pays, par la restructuration. «Le plan social prévu se révèle nettement inférieur aux standards en vigueur.» Et un autre collaborateur de JTI, comptabilisant de longues années d’ancienneté, d’appuyer: «Ce qui nous arrive est choquant et déstabilisant, les messages de la direction se suivent, et ils sont de plus en plus froids et troublants. Je ne reconnais plus l’entreprise que j’ai rejointe il y a plus de dix ans et je me demande si j’ai bien fait de quitter la succursale dans mon pays, où les employés sont traités de manière plus respectueuse.» Alessandro Pelizzari note encore: «Le style de management a changé. La ligne dure adoptée surprend les employés qui sont de leur côté conciliants et constructifs.»

Fort de café...

L’attitude intransigeante de JTI se révèle d’autant plus surprenante que la société est signataire d’un partenariat avec l’Organisation internationale du travail pour la promotion des droits des employés. Elle figure d’ailleurs parmi les bénéficiaires de la réforme fiscale cantonale adoptée récemment. «Une révision supposée éviter la perte d’emplois. Or, depuis son acceptation, plusieurs multinationales ont annoncé des licenciements. Fort de café», note au passage le syndicaliste. Quoi qu’il en soit, en l’absence de discussion possible, les employés ont, fin septembre et avec l’aide d’Unia, saisi la CRCT afin de tenter une médiation. Sans succès. A l’heure où nous mettions ce journal sous presse, lundi 14 octobre, le personnel – dont plus d’une centaine d’employés ont adhéré au syndicat – envisageait d’effectuer une pause prolongée devant l’entreprise. Affaire à suivre...