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Hong Kong à l’heure de la grande purge contre les syndicalistes

Manifestants avec bougies
©Keystone/AFP Anthony Wallace

Lee Cheuk-yan (2e à droite) lors d’une veillée en commémoration de la répression exercée contre les manifestants de la place Tienanmen, le 4 juin 2020.

COMBATS Emprisonné depuis plus de quatre ans, le dirigeant Lee Cheuk-yan est accusé d’«incitation à la subversion de l’Etat». Avec d’autres activistes, il encourt une longue peine de prison.

C’est un procès attendu, qui place sous la loupe le modèle de gouvernance chinois et son système judiciaire répressif. Il s’est ouvert le 22 janvier dernier à Hong Kong et une douzaine d’activistes de tous bords y sont jugés, durant plus de deux mois. Ils devront répondre de leur rôle dans les manifestations qui, chaque année, commémoraient la répression de Tiananmen et réclamaient des droits démocratiques dans ce territoire rétrocédé à la Chine en 1997. Parmi ces leaders dissidents, à la tête de la Hong Kong Alliance, on retrouve une figure du syndicalisme de la grande métropole, pilier de l’opposition prodémocratique: Lee Cheuk-yan. Ancien secrétaire général de la plateforme syndicale Hong Kong Confederation of Trade Unions (HKCTU), désormais dissoute, l’homme est emprisonné depuis 2021, poursuivi au titre de la Loi sur la sécurité nationale de Hong Kong. Son cas, comme celui de dizaines d’opposants – dont la célèbre avocate Chow Hang-tung –, permet d’éclairer la montée en puissance de l’appareil autoritaire mis en place ces dernières années par le pouvoir central de Pékin. Celui-ci a déployé dès 2020 des lois restrictives visant à sauvegarder la sécurité nationale de ce qu’on appelle la «Région administrative spéciale de Hong Kong». L’incitation à la subversion compte parmi les éléments d’un dispositif visant à écraser tout mouvement en faveur de la démocratie. Et c’est précisément d’incitation à la subversion de l’ordre étatique que Lee Cheuk-yan est accusé. Une charge lourde qui pourrait lui valoir dix ans de prison ferme. 

Emprisonnements arbitraires
Outre l’attaque à toute activité contestataire, le régime de Xi Jinping s’en prend par la même occasion à un modèle syndical qui a joui longtemps d’une grande liberté d’action. De fait, les organisations indépendantes évoluant autrefois dans ce domaine comptent aujourd’hui parmi les grandes victimes de la purge en cours dans l’ancienne colonie britannique. Il suffira de rappeler, comme le fait sur son site la Confédération syndicale internationale (CSI), que onze syndicalistes ont été arrêtés de manière arbitraire entre 2020 et 2024. Que huit d’entre eux ont été condamnés à des peines allant de 19 à 81 mois de réclusion. Et que Winnie Yu, secrétaire générale de l’organisation du personnel hospitalier Hospital Authority Employees’ Alliance (HAEA), subit actuellement une peine de six ans et neuf mois d’emprisonnement. Sa faute? Avoir participé aux primaires des élections du Conseil législatif en 2020 pour le compte de son syndicat. Elle a été accusée, de ce fait, de conspiration en vue de renverser le gouvernement. 

Comme elle, l’ancienne présidente de la HKCTU, Carole Ng, a connu les geôles chinoises, où elle a passé quatre ans et six mois, peine achevée en septembre 2025. Citons encore le cas de Christopher Mung, directeur général de la même organisation, désormais exilé et placé sous le coup d’un mandat d’arrêt. Depuis son intégration sur la liste des ennemis de la République populaire de Chine, ses avoirs ont été gelés et son passeport a été annulé. Ces cas d’école en matière de répression des libertés n’augurent rien de bon pour le sort qui sera réservé à Lee Cheuk-yan et à ses camarades de lutte.

Plus de 200 organisations dissoutes
D’autres événements permettent de compléter le cadre catastrophique qui caractérise actuellement le paysage syndical dans la région. Durant la même période, allant de 2021 à 2024, plus de 200 organisations ont été contraintes à la dissolution, parmi lesquelles on compte le syndicat des enseignants Hong Kong Professional Teachers’ Union, fort alors de 90000 membres. D’autres organisations indépendantes de syndicalistes et de journalistes font l’objet d’une surveillance sévère, tandis que des figures ayant décidé de s’exiler volontairement sont épiées à distance quand elles ne subissent pas une répression transnationale. 

Il est à mentionner encore qu’en mars 2024, un autre paquet de lois a vu le jour. Il vient étoffer une ordonnance de sécurité nationale qui sanctionne de nouvelles infractions. Parmi lesquelles, celle concernant l’«ingérence étrangère», dont on trouve par ailleurs des variantes en Russie et dans certains Etats limitrophes. Elle est désormais largement utilisée pour réprimer tout exercice des droits syndicaux et toute activité de solidarité internationale. En 2025, enfin, un amendement à l’ordonnance spéciale sur les syndicats frappe toute organisation ayant perçu des dons de l’étranger et interdit aux membres reconnus coupables d’infractions à la sécurité nationale d’exercer leurs fonctions. En raison de la vague d’arrestations, dont les premiers coups de filet remontent à janvier 2021, la très grande majorité des opposants, issus des rangs syndicalistes ou de la société civile – quarante-sept en tout – croupit en prison. Un paysage de désolation auquel n’auront échappé que ceux qui ont quitté Hong Kong à temps.

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