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Du soutien pour les travailleuses du sexe neuchâteloises

Soutien au projet THAYS
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Selon Médecins du Monde, il faudrait encore 140 000 francs pour pérenniser le projet THAYS.

Le programme THAYS offre soins et informations aux personnes qui exercent à Neuchâtel. Mais le programme devra s’arrêter sans financement supplémentaire des autorités.

Muni de centaines de strings ­– accessoire indispensable des travailleuses du sexe (TDS) – de toutes les couleurs, une vingtaine de défenseurs du programme THAYS se trouve devant le Château ce mardi 30 juin à Neuchâtel, où se déroule la dernière séance du Grand Conseil avant la pause estivale. En sortant, tous les députés se font offrir le sous-vêtement… et les réactions ne trompent pas. Beaucoup sourient, un peu gênés, en repartant leur string à la main. Car oui, parler de travail du sexe reste tabou.

C’est précisément pour créer un lien avec ces travailleuses – sans jugement – que le programme THAYS a été mis sur pied par Médecins du Monde à Neuchâtel. Il facilite l’accès aux soins et à l’information pour les TDS. Mais ce programme a un coût: 220 000 francs par an, financé à moins de 40% par des fonds publics. Sans soutien plus conséquent, le dispositif pourrait tout simplement fermer ses portes. D’où l’action menée par Maëlle Redois, responsable du projet, qui nous livre ses impressions.

Dans quelle situation se trouve le projet THAYS?
Il y a urgence. Il risque de fermer l’an prochain, faute de financements publics. Ce qui signifie que des centaines de femmes et de personnes qui exercent le travail du sexe en général se trouveront dans des situations de précarité qui vont augmenter.

Vous dites qu’il manque 140 000 francs pour permettre de poursuivre vos activités. Pourquoi Médecins du Monde et les fondations qui vous financent aujourd’hui ne peuvent pas continuer à payer cette facture?
La situation financière des organisations actives dans la coopération internationale est compliquée. Et surtout, nous effectuons un travail qui relève de l’accès aux soins, qui est une compétence cantonale. Nous avons progressivement épuisé les fondations qui pouvaient nous soutenir et celles-ci ne souhaitent plus se substituer au canton. Les personnes exerçant le travail du sexe ont, comme toute autre personne, le droit d'accéder aux soins et à la prévention. Par ailleurs, les clients des TDS, c’est Monsieur Tout-le-monde et donc la santé des travailleuses est aussi une question de santé publique. Dans les autres cantons romands, les programmes similaires au projet THAYS sont entièrement financés par des fonds publics, cantonaux ou communaux. C’est pour cela qu’on vient aujourd’hui au Château. Les budgets se dessinent durant l’été et on veut que cette problématique soit considérée, qu’il y ait une prise de conscience de la part des acteurs politiques.

Maëlle Redois, responsable du programme THAYS
Maëlle Redois et une vingtaine de soutiens au projet THAYS ont distribué des strings devant le Parlement neuchâtelois. Accroché à chaque string, une situation vécue par une travailleuse du sexe.

Concrètement, qu’est-ce que c’est que le programme THAYS?
Nous avons deux intervenantes, une infirmière et une travailleuse sociale, qui effectuent un travail de proximité auprès des TDS qui exercent dans le canton. On estime qu’il y a environ 1200 travailleuses par an qui y transitent. Notre rôle est de les rencontrer – sur leur lieu de travail, dans notre permanence ou par téléphone – pour les aider dans de nombreux domaines.

Lesquels?
Les TDS sont des personnes extrêmement mobiles, même si certaines vivent aussi à Neuchâtel. En général, elles changent de lieu de travail toutes les deux semaines et une grande partie d’entre elles sont allophones. Elles ne connaissent pas notre système et sont largement stigmatisées. Par conséquent, elles n’osent pas aller consulter un médecin ou dénoncer les violences qu’elles subissent. Nous sommes des personnes de confiance et d’écoute pour elles. On est là pour les orienter dans le réseau et les accompagner si besoin. Comment renouveler un traitement? Que faire quand un préservatif craque ou pire, quand un client retire son préservatif sans prévenir? Où se faire dépister? Comment obtenir un permis régularisé? Ou même qu’est-ce qu’il faut inscrire dans sa déclaration d’impôt de travailleuse du sexe? Pas grand monde ne sait le faire! Nous si, et on est là pour les aider.

Vous parlez de violences subies. C’est très fréquent?
Cela dépend des violences. Je pense que 100% des TDS ont déjà subi des violences psychologiques, comme des insultes, la négociation sur le prix de la prestation ou pour le retrait de la capote. Il y a aussi des violences économiques: les clients qui ne paient pas, par exemple. Et enfin des violences physiques, des viols. Mais heureusement, ça ne concerne pas toutes les travailleuses. En 2025, nous avons dû gérer une soixantaine de cas de violence sur 450 TDS rencontrées. Mais il y a évidemment aussi beaucoup de personnes qui ne nous en parlent pas.

Plusieurs travailleuses nous réclament un syndicat. Mais le problème, c’est qu’elles devraient assumer publiquement leur activité pour le créer ou rejoindre une organisation existante. Or beaucoup préfèrent rester dans l’anonymat
Maëlle Redois, responsable du projet THAYS

Pourquoi ces femmes pratiquent-elles cette profession?
Au sein du programme THAYS nous rencontrons forcément plus de personnes qui vivent de mauvaises expériences, ce qui n’est pas représentatif de toutes les TDS. Mais parmi la majorité de celles que nous rencontrons, c’est l’aspect pratique du travail du sexe qui attire. Elles ont souvent des enfants qu’elles laissent chez elles. Avec ce travail, elles peuvent gagner rapidement de l’argent pendant deux semaines, puis rentrer et s’occuper de leurs enfants pendant quatre à six semaines. Et elles font des allers-retours. Mais il faut aussi compter les frais. A Neuchâtel, la prostitution est interdite dans la rue, donc tout se passe dans des salons. La travailleuse doit payer sa place entre 500 et 700 francs par semaine, auxquels s’ajoutent les publicités, pour environ 350 francs par mois. Je parlais de négociations tout à l’heure. Une prestation avec pénétration vaginale est généralement facturée autour de 300 francs. Or certains clients sont prêts à payer 3000 francs pour pouvoir retirer leur préservatif. On sait que les pratiques à risque peuvent augmenter avec la précarité, même si toutes nous disent privilégier leur santé.

Y a-t-il des contacts avec les syndicats pour ces travailleuses à Neuchâtel?
Des organismes existent au niveau suisse, comme le Sex Worker Collective, mais il n’y a pas de syndicat à Neuchâtel. Plusieurs travailleuses nous le réclament, notamment pour fixer des prix minimums, parce que ceux-ci baissent ces dernières années. Mais le problème c’est qu’elles devraient assumer publiquement leur activité pour créer ou rejoindre un syndicat, or beaucoup préfèrent rester dans l’anonymat. Honnêtement, ce serait fantastique que le projet THAYS soit directement mené par les TDS, mais ce n’est malheureusement pas à l’ordre du jour. On essaie déjà de sensibiliser les institutions publiques pour que les travailleuses puissent bénéficier des droits qui sont les leurs – je rappelle qu’en Suisse, cette activité est légale – comme bénéficier d’une assurance perte de gain. Elles doivent avoir accès à des conditions de travail justes, au même titre que les autres travailleurs.

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