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Cantonale ou nationale, une convention est essentielle

Table ronde assistantes en pharmacie.
© Thierry Porchet

Dans la salle du Cazard à Lausanne, le 23 mars, la table ronde a ouvert la voie à une alliance entre patronat et syndicat pour défendre la branche. 

Assistantes en pharmacie, syndicat et patronat ont débattu sur l’avenir de la branche. Récit.

A quand une convention collective de travail (CCT) pour les assistantes en pharmacie? Cette question présente depuis six ans au sein de la branche dans le canton de Vaud n’aura pas trouvé de réponse lors de la table ronde organisée par Unia à Lausanne, le 23 mars. Reste que cette rencontre aura permis un véritable échange entre le patronat, l’Union syndicale suisse (USS) et le personnel. Et ce n’est pas rien. 
A la table: Fanny Hostettler, présidente du comité des assistantes en pharmacie; Mary-Laure Raboud, membre du comité; Martine Ruggli, présidente de PharmaSuisse; Gérald Ménétré, représentant du groupe Galenicare; et Pierre-Yves Maillard, président de l’USS, conseiller aux Etats (et ancien conseiller d’Etat vaudois de la Santé). Dans la salle: un public, dont une cinquantaine d’assistantes en pharmacie, tout ouïe.
En préambule, Giorgio Mancuso, responsable Tertiaire d’Unia Vaud, a rappelé la longue lutte – forte d’actions et d’une pétition de plus de 11000 signatures récoltées en un temps record – entamée dès 2020, quand les assistantes en pharmacie étaient au front face à l’épidémie de Covid. «Le mouvement a été lancé pour obtenir une CCT. Mais celle-ci nécessite deux parties. Et jusqu’à présent, on s’est heurté au mur de la partie patronale vaudoise», a lâché le responsable syndical, regrettant le refus de la Société vaudoise de pharmacie (SVPh) de négocier et même de participer à cette rencontre.

Une convention nationale
Le patronat n’est toutefois pas d’un bloc. Gérald Ménétré s’est dit, lui, en faveur d’une convention nationale. «A Galenicare, avec nos salaires à 4300 francs fois 13, nos 5 semaines de vacances et plus dès 50 ans, une CCT ne nous fait pas peur. Elle permettrait une sorte de simplification de la Loi sur le travail. C’est intéressant pour les grands groupes comme pour les indépendants. Un fond pour la formation serait le bienvenu.»
Martine Ruggli a plaidé pour une meilleure reconnaissance du pharmacien dans l’assurance de base: «Cela permettrait d’ouvrir la voie pour les assistantes en pharmacie. Mais ce chemin est semé d’embuches, notamment à cause des médecins estimant que les pharmaciens manquent de compétences.» 
Elle a rappelé que les financements viennent de l’Assurance obligatoire des soins (AOS) et de la Rémunération basée sur les prestations (RBP) qui régit la remise de médicaments. «Avec la révision des prix des médicaments, les pharmacies ont perdu 500 millions de francs. Et la RBP n’a pas augmenté depuis 2001. Nous sommes à un point charnière, car le Parlement a accepté de nouvelles prestations. Mais comment faire bouger l’Etat?» 
«La prochaine fois, allons-y ensemble! a rétorqué Pierre-Yves Maillard, pragmatique. Pour améliorer les tarifs des prestations auprès des autorités, l’association patronale des pharmaciens aurait tout intérêt à négocier en étant accompagnée du personnel et du syndicat. Une convention collective de travail permettrait cette alliance.» Un constat partagé par les deux représentants patronaux présents.

Précarité salariale
Les membres du comité des assistantes en pharmacie ont rappelé l’urgence. Mary-Laure Raboud a souligné la précarité des travailleuses: «Certaines n’arrivent pas à boucler leurs fins de mois, alors que notre CFC est l’un des plus difficiles.» Fanny Hostettler a précisé quelques revendications de base: «Cinq semaines de vacances, un 13e salaire, et des salaires plus élevés, ça ne nous semble pas trop demander.» La modératrice de la table ronde, la journaliste Pauline Rumpf, a alors rebondi: «La SVPh n’a pas voulu assister à la table ronde car, selon son propre sondage, le salaire médian se monte à 5000 francs environ.» Une indication qui a spontanément généré une rumeur d’indignation dans la salle. Fanny Hostettler a donné son propre exemple: «Après dix ans de métier, je touchais 4800 francs, sans 13e salaire. Changer d’employeur devient le seul moyen de renégocier son salaire.» La question de la représentativité au sein de la SVPh a été soulevée. «Ceux qui ont le droit de vote sont des pharmaciens d’un certain temps…» a renchérit la militante. Martine Ruggli a, elle-même, confié ne pas pouvoir voter, n’ayant pas de pharmacie, et avoir bon espoir que le comité s’ouvre aux assistantes en pharmacie. «Je comprends vos revendications et il est nécessaire d’améliorer vos conditions de travail», a-t-elle ajouté.
Gérald Ménétré a soulevé également une autre question, celle de la pénurie de personnel qui va encore s’accentuer ces prochaines années, alors que la population vieillit. «Avec un marché sous tension, il est donc important d’avoir un partenariat social fort.» Plus tôt dans le débat, il rappelait les transformations du métier. «D’un métier de logistique basé sur le médicament, on est passé à un métier de services basé sur la personne. La question est aussi de savoir comment on accompagne ces changements? Comment développer les compétences partout?» 
En conclusion, Fanny Hostettler a remercié les représentants patronaux et syndicaux, se disant «surprise en bien» des propos entendus. 

Des assistantes à bout de souffle

Dans le public, une cinquantaine d’assistantes en pharmacie de tout âge ont assisté à la table ronde. En aparté, quatre jeunes professionnelles confient ne pouvoir imaginer, «si rien ne change», leur avenir dans la branche. «Avec nos horaires, en travaillant à 100%, on n’a plus de vie!» lance l’une d’elles. «Comment avoir une vie de famille?» demande une autre. Ces propos font écho à la pénurie de personnel. Certaines quittent la profession, pour des études d’infirmière par exemple ou pour un métier plus confortable en termes d’horaires. «Beaucoup partent dans les assurances, relaie un pharmacien solidaire. Leur travail est malheureusement mal payé, car c’est un métier féminin. Par le passé, c’était un métier d’appoint pour le foyer. De surcroît, on les considère comme des vendeuses, alors qu’aujourd’hui elles font un travail dans le domaine de la santé avec des responsabilités importantes, comme la vaccination.» 
Sandra, assistante en pharmacie, préfère s’exprimer sous son deuxième prénom: «Il ne faudrait pas que mon chef, qui n’aime pas les syndicats, sache que je suis ici. Plusieurs de mes collègues ne sont pas venus à cause de ça.» Elle relaie la pénibilité du travail: «Nous sommes toujours debout, même pour les nombreuses tâches administratives. Avec les nombreux départs, celles qui restent triment. J’aime mon métier et j’aime faire les choses bien, mais on me reproche que je suis trop lente. De la reconnaissance et du respect ne seraient pas de trop... Je suis très heureuse de cette table ronde, car j’ai l’impression que le dialogue s’intensifie.» Silvia, de nombreuses années de travail à son actif, ajoute: «Si nous voulons perpétuer notre passion du métier, la formation est vraiment essentielle.»
«Nos domaines d’action s’élargissent, comme délivrer des médicaments sans ordonnance. N’empêche que ce n’est pas toujours facile avec certains clients qui savent exactement ce qu’ils veulent, car ils s’informent sur internet, et ne nous écoutent même plus... relaie Christine, syndiquée de longue date. Déjà dans les années 1980, on parlait d’une CCT. En 2026, on n’a toujours rien. A mon âge, je suis ici pour les autres, pour les jeunes.» 

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