Aux petits soins de rescapés à poils et à plumes

Wendy Pichard et un cochon.
© Thierry Porchet

Wendy Pichard et un de ses protégés. La jeune femme a toujours eu un contact privilégié avec les animaux, «les confidents de son enfance».

Le refuge La Bouche qui rit à Martigny accueille quelque 90 animaux de rente rescapés de l’abattoir. Reportage tout sourire

C’est un havre animalier au cœur des vergers de Martigny. Un espace de quelque 7000 m2 que se partage une nonantaine d’animaux sauvés de maltraitances ou de la boucherie. Sous un soleil généreux atténuant la fraîcheur hivernale, Wendy Pichard, responsable de la Bouche qui rit, entreprend de présenter ses protégés évoluant tous en stabulation libre. La visite débute par une incursion sur le territoire des coqs et des cochons. Adolphe, élégant et unique volatile noir, approche, intrigué, suivi par ses congénères blancs répondant eux aussi tous à un prénom. «Ne vous inquiétez pas s’ils vous picorent les chevilles. Ils réclament seulement des câlins», prévient la jeune femme, gratifiant de quelques papouilles l’un d’entre eux particulièrement insistant. Et d’expliquer que ces 14 fiers oiseaux ont rejoint le refuge récemment. «Nous sommes régulièrement sollicités par le Service des affaires vétérinaires du Valais, et parfois aussi celui de Fribourg, pour accueillir des animaux victimes de maltraitance ou de négligence. Si on ne les prend pas, ils finissent à l’abattoir.» Le sanctuaire répond aussi à des demandes de particuliers, lors de divorces, d’hospitalisations, de départs dans des maisons de retraite...

«Parfois, on transpire...»

Curieux, les cochons s’approchent à leur tour. Trois d’entre eux sur les dix qu’abrite le sanctuaire viennent d’arriver à la suite de séquestres. «Le service compétent mène des contrôles inopinés ou intervient sur la base de dénonciation. En cas de problème, il demande des corrections. Si la situation se révèle catastrophique, il retirera les animaux à leur propriétaire», poursuit Wendy Pichard, glissant quelques friandises à Razor et à ses pairs à la queue en tire-bouchon, caresses en prime. «Ils sont très attachants et intelligents. Ils sont capables de reconnaître jusqu’à 99 voix et visages. Leur développement cognitif se révèle semblable à celui d’un enfant de 5 ans», affirme la gardienne confiant avoir un gros faible pour ces quadrupèdes. Les bêtes «placées» par le Service vétérinaire donnent lieu à des dédommagements symboliques: un unique versement de 75 francs par porc. S’il s’agit d’un poney, ce montant grimpe à 300 francs, et à 400 francs pour un cheval. Pas de quoi, évidemment faire tourner la Bouche qui rit. «Nos frais de nourriture, soins, matériel s’élèvent à 7000 francs par mois», chiffre la Valaisanne mère de trois jeunes enfants qui, avec l’aide de son époux et d’une poignée de bénévoles, ne tire aucun profit de cette activité. Le sanctuaire tourne grâce à la générosité de donateurs, la vente sporadique de gâteaux sur des stands, les parrainages, une subvention de la Ligue suisse contre la vivisection ou encore des journées portes ouvertes où les intéressés sont invités à faire un geste financier. «Des fois, on transpire», confie Wendy Pichard non sans souligner aussi les formidables élans de solidarité qui ont toujours, jusqu’à aujourd’hui, permis de parer au plus urgent.

Roulades et galop

Après un passage par l’enclos des lapins comptant une vingtaine de spécimens, museaux frémissants et oreilles alertes, la visite se poursuit dans l’espace réservé aux chevaux et à une partie des poneys. Plusieurs équidés, ignorant leurs vieux os, s’amusent à faire des roulades. Black, âgé de 27 ans dont 23 à trimer dans un manège, s’approche de Wendy Pichard en quête d’une friandise. Pour augmenter ses chances, il lève une patte, comme on a dû jadis lui apprendre. «Pas besoin», lui souffle l’amie des animaux, tout en satisfaisant son attente gourmande. Et de préciser qu’il a fallu du temps pour réveiller «la flamme dans les yeux éteints» du poney d’école. «Black était épuisé à son arrivée. On nous a suppliés de le prendre sinon il aurait fini à la boucherie.»

Dans le parc attenant peuplé de chèvres, de moutons, de poneys et de deux ânes, Cascabelle, une belle biquette au pelage beige, a sauté sur une table et observe de son promontoire, sûre de sa prestance, ses acolytes. A côté, la mangeoire regorgeant de foin retient plusieurs de ses congénères. Marchant au milieu de ses protégés, Wendy Pichard évoque le triste passé de plusieurs d’entre eux, la nécessité de recréer des liens de confiance, alors qu’une chèvre, espiègle, fouine dans une poche de sa veste, alléchée par l’idée d’un extra... Regain d’animation à l’arrivée de deux vétérinaires. Le duo est venu soigner un poney victime, dans son ancienne ferme, de négligence. A la vue du licol et des soigneurs qu’il a reconnus, le petit cheval malade se lance dans un galop effréné pour tenter de leur échapper. Et entraîne dans sa course d’autres occupants dans une joyeuse débandade. Il faudra toute la patience et la douceur de l’équipe pour l’intercepter.

Les grands oubliés...

Si la Bouche qui rit cherche à placer en adoption ses pensionnaires – non sans s’assurer qu’ils bénéficieront de bonnes conditions d’accueil – les cochons et les équidés trouvent difficilement preneurs. Les départs génèrent parfois aussi de gros crève-cœur. «J’essaie de garder de la distance. Mais pour ceux qu’on a biberonnés, c’est plus délicat. Tous me connaissent, me suivent...» note-t-elle, précisant que le refuge se limite à l’accueil d’animaux de rente, à l’exception de vaches qui nécessitent des infrastructures spécifiques. «La raison de ce choix? C’est notre dada, rigole Wendy Pichard. Disons plutôt que, pour les autres, il y a davantage de possibilités. Les animaux de rente sont souvent les grands oubliés, les laissés-pour-compte. Ils méritent pourtant de vivre.»

L’histoire du refuge remonte à novembre 2014 à la suite de la découverte d’une petite annonce mettant en vente deux poulains qui, sans acquéreur, finiront à la boucherie. Sensibilisés très jeunes à la cause animale, Wendy Pichard et son frère se démènent et trouvent un petit terrain qui permettra de recueillir les deux équidés puis leur maman. Première pierre de l’association.

Compréhension mutuelle

«Les animaux ont toujours été les confidents de mon enfance. Nous nous comprenons mutuellement. Ils m’apportent d’autre chose que les humains. Ils sont fiables, donnent de l’amour, n’attendent rien en retour. J’adore les regarder s’amuser, courir, etc. Et penser qu’ils ont été sauvés de la mort me touche particulièrement.» Reste que la charge se révèle lourde. Jamais plus de deux ou trois jours de vacances pour cette mère qui, au four et au moulin, gère de front sa famille et, avec des aides ponctuelles, les différentes activités inhérentes au refuge: bien-être des animaux, gestion des stocks alimentaires, des commandes, recherche de fonds, informations et suivi sur les réseaux sociaux, etc. Un sacré défi, alourdi par le souci permanent de pouvoir compter sur suffisamment de dons et, aujourd’hui de surcroît, celui de trouver un autre terrain en raison de la construction future d’une route qui traversera le sanctuaire... Plus qu’un plein-temps, et alors que la Valaisanne envisage encore de passer cette année le brevet de paysanne. Un CFC qui complétera les attestations de reconnaissance de vétérinaires dont elle dispose déjà. «Ma vision de l’avenir? J’espère que nous pourrons poursuivre l’aventure. Je suis consciente que la Bouche qui rit est une utopie aux possibilités limitées – depuis son ouverture nous avons sauvé plus de 600 animaux. Dans l’idéal, j’aimerais évidemment qu’il n’y ait plus besoin de refuge, plus d’abandon ni de maltraitance. Je me verrai bien alors, de mon côté, finir ma vie entourée de cochons», sourit la sensible jeune femme, donnant à l’expression «copains comme cochons», tout son sens...

Le refuge peut-être visité sur rendez-vous : tél. 079 157 54 60.

Plus d’informations sur: refugelabouchequirit.com

Dons: CH97 8057 2000 0135 7172 8, Banque Raiffeisen Sion et Région, Société coopérative, CB 80572.

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