Aimer à en tuer

Cent dix-sept. A l’heure où j’écris, en France, 117 femmes sont mortes sous les coups de leur conjoint ou ex-conjoint en 2019. A ce rythme-là, elles seront plus de 150 d’ici à la fin de l’année. Depuis 2014, on recense dans l’Hexagone entre 121 et 134 féminicides par an. Sans oublier celles qui ne succombent pas aux violences physiques et sexuelles qu’on leur inflige, à savoir environ 220000 femmes. Emmanuel Macron avait annoncé vouloir faire de la lutte contre les violences faites aux femmes la grande cause nationale de son quinquennat, mais chaque semaine dans les médias, le décompte des victimes s’allonge. Il y a urgence. Raison pour laquelle un Grenelle des violences conjugales a enfin été ouvert le 3 septembre dernier. Les premiers résultats sont là, comme le vote très récent par l’Assemblée nationale de la mise en place de bracelets électroniques antirapprochement pour les conjoints violents. Un dispositif encourageant qui a su faire ses preuves, notamment en Espagne où le nombre de mortes a considérablement baissé ces dix dernières années. D’autres mesures ont été prises – on saluera d’ailleurs la quasi-unanimité des députés de tous bords pour cette cause – comme l’interdiction de posséder des armes lorsqu’on est visé par une ordonnance de protection, quand même utilisées pour tuer dans plus de 22% des cas depuis 2017 selon Libération.

Peut mieux faire. Les choses bougent, en tout cas sur le papier, mais le vrai problème, ce sont les moyens mis en place pour vraiment lutter contre ces violences et punir leurs auteurs. Car la mesure «urgente» d’éloignement du conjoint violent existe depuis 2010, mais est en moyenne appliquée 42 jours après le dépôt de plainte… De même, un bourreau, à moins qu’il ne soit pris en flagrant délit, ne sera convoqué par la justice qu’un an ou deux après les faits. Une éternité pour la victime qui reste plongée dans l’insécurité et soumise aux pressions de retirer sa plainte. Sans parler du manque de magistrats et de leur mauvaise formation sur ces questions. Pour marquer les esprits, il faut réagir rapidement et fermement.

Soif d’égalité. En France et ailleurs, les violences conjugales ne sont pas un «fléau». En réalité, elles sont le fruit d’une société inégalitaire dans laquelle nous sommes, inconsciemment et depuis tout-petits, conditionnés à écraser les femmes. D’un modèle patriarcal qui nous a fait intégrer que les femmes, plus fragiles et plus faibles, ont besoin d’être protégées et dominées par les hommes. Que leur parole compte moins que celle de leur homologue masculin. Du coup, certes, il est fondamental de légiférer pour éradiquer ces violences, mais il est aussi indispensable de mener une révolution sur le fond, en transmettant les valeurs d’égalité dès la petite enfance, en encourageant les carrières féminines, en mettant en place des congés parentaux équitables et en payant le même salaire aux femmes qu’aux hommes.