Aller au contenu principal
Menu

Thèmes

Rubriques

abonnement

Toute-puissance

La guerre en Ukraine, qui fait rage depuis maintenant plus de deux ans, a pris une telle place dans les médias, qu’on en oublierait presque les autres horreurs commises par la Russie. Pourtant, on célèbre tristement les 10 ans de l’annexion illégale de la Crimée par les Russes. Une décennie d’occupation qui laisse déjà des traces indélébiles. Dans un nouveau rapport, Amnesty International dénonce les exactions commises là-bas. «La Russie a systématiquement cherché à éradiquer les identités ukrainienne et tatare de Crimée, en perturbant, en restreignant ou en interdisant l’utilisation de leurs langues dans l’éducation, les médias, les célébrations nationales et d’autres domaines de la vie, et en battant en brèche les pratiques religieuses et culturelles qui ne sont pas conformes à celles approuvées par Moscou. La Russie a également procédé à des transferts forcés de populations hors de la Crimée et à des transferts de population civile russe vers celle-ci», accuse Patrick Thompson, spécialiste de l’Ukraine à Amnesty International. 

Le quotidien n’est plus le même en Crimée. La Russie a imposé son propre programme scolaire, visant à endoctriner dès le plus jeune âge. Tout enseignant ou parent visant à s’y opposer s’est, sans surprise, vu menacer de représailles. Le droit à la liberté d’expression et de réunion pacifique s’est envolé. Les journalistes ont été enlevés, les médias censurés et la propagande russe s’est imposée. Idem pour la liberté religieuse, qui n’est plus. La population musulmane (les Tatars) en a fait particulièrement les frais, à travers l’interruption des prières dans les mosquées et l’emprisonnement d’une centaine de personnes pour terrorisme, sans fondement… De la même manière, la Cour suprême russe a qualifié les témoins de Jéhovah d’«extrémistes» en 2017 et a interdit cette religion, qui comptait 8000 fidèles. Enfin, il ne reste aujourd’hui plus aucune des 46 paroisses de l’Eglise orthodoxe d’Ukraine...

Amnesty International exige de la Russie qu’elle mette immédiatement fin à toutes les violations du droit international humanitaire en Crimée, mais aussi dans les autres territoires ukrainiens qu’elle occupe. «Tous les responsables présumés de crimes doivent être traduits en justice dans le cadre de procès équitables, tandis que les victimes doivent pouvoir exercer pleinement leurs droits à la vérité, à la justice et à des réparations», écrit l’ONG. Cette dernière devra se montrer patiente: l’élan démocratique en Russie, ce n’est pas encore pour demain. Sans aucun suspense, Vladimir Poutine a été «réélu» à la tête du pays dès le premier tour avec pas moins de 87% des voix. Un résultat record, depuis 24 ans qu’il est au pouvoir… Une vaste supercherie surtout, qui ne laisse aucun doute sur le caractère bidon de cette élection. Comme pour tout le reste, personne ne pourra rien y changer, donc c’est reparti pour un tour, au moins jusqu’en 2030…